Tour de France 2013: Pour Antoine Vayer, «Christopher Froome a presque développé une puissance de mutant à Ax 3 Domaines»

Romain Baheux

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Le leader de la Sky Christopher Froome lors de la montée vers Ax 3 Domaines sur le Tour de France 2013.
Le leader de la Sky Christopher Froome lors de la montée vers Ax 3 Domaines sur le Tour de France 2013. — PASCAL GUYOT / AFP

De notre envoyé spécial à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées),

Pour lui, les ascensions des différents coureurs du Tour de France se résument à une série de chiffres. Ancien préparateur de l’équipe Festina, Antoine Vayer analyse les puissances développées par les coureurs dans les cols et a récemment publié La Preuve par 21, qui étudie les performances des vainqueurs de la Grande Boucle depuis 1983. Et n’a pas manqué de suivre attentivement la première étape de haute montagne du Tour 2013 samedi dans les Pyrénées où Christopher Froome a réalisé le troisième meilleurs temps d’ascension d’Ax-3-Domaines de l’histoire.
 
Comment peut-on analyser la première étape de haute montagne samedi?
On a mis en place un système de radars, qui permet de définir le niveau de performance des coureurs en fonction de la puissance développée dans les cols. Christopher Froome a développé une puissance de 446 watts dans la dernière ascension vers Ax 3 Domaines. A partir de 450, on entre dans la zone rouge, il a donc presque réalisé une performance de mutant. Dans cette catégorie, on a eu Jan Ullrich, Lance Armstrong, Marco Pantani… Son équipier Richie Porte a lui réalisé une performance que l’on qualifie de miraculeuse (entre 430 et 450 watts) et Alejandro Valverde, Bauke Mollema, Laurens ten Dam et Mikel Nieve ont été dans la zone suspecte (entre 410 et 430 watts).
 
A quoi pourrait-on comparer la performance de Froome?
Si on souhaitait utiliser une image, c’est comme si un individu lambda roulait à 10 km/h dans une pente à 10%, soit le début de la montée de l’Alpe d’Huez, avec cent kilos de bagages accrochés à son vélo.
 
Qu’avez-vous observé de notable dans l’ascension du Port de Pailhères, le col de hors catégorie emprunté samedi?
Le premier grand col nous permet de prendre une photographie de l’état sanitaire global du peloton. Cette année, Nairo Quintana est passé en tête en développant 390 watts dans l’ascension tandis que le peloton constitué d’environ vingt-cinq coureurs a franchi le col en développant 372 watts. Il y a dix ans, dans les «grandes années», on aurait eu un peloton d’une cinquantaine de coureurs qui serait passé en 390 watts.
 
Il y a donc une amélioration?
Oui, on a même un groupe d’une quinzaine de coureurs, composé notamment d’Alberto Contador et d’Andy Schleck, qui ont réalisé des performances inférieures de 10 à 15% à ce qu’ils ont été capables de réaliser par le passé. C’est comme si sur un 100 mètres en athlétisme, des sprinteurs qui couraient en 9’80 n’arrivaient plus à descendre sous la barre des dix secondes. A côté de ça, c’est comme si certains finissaient leur course en 9’07 (l’actuel record du monde est détenu par Usain Bolt en 9’58).
 
Votre système de calcul tient-il compte des spécificités de chaque individu?
Il est parfaitement adapté pour étudier les performances du peloton. On croise plusieurs données comme la taille, le poids du coureur, celui de son vélo… C’est un calcul assez simple, un bon élève de terminale scientifique pourrait s’en servir.
 
Que faut-il déduire de ces données?
Je peux donner un conseil aux coureurs du peloton qui se plaignent que l’on parle trop de dopage dans ce Tour de France. Il faudrait qu’ils laissent partir une heure avant un groupe d’une dizaines de coureurs, dont la puissance développée interpelle particulièrement, et qu’ils fassent leur propre course dans leur coin. Ca donnerait un résultat sportif un peu plus valable.