Tour de France 2013: «Si je revenais aujourd'hui, je ne m'y retrouverais pas», affirme Poulidor

Romain Baheux

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Raymond Poulidor suit son 51e Tour en 2013.
Raymond Poulidor suit son 51e Tour en 2013. — PASCAL PAVANI / AFP

De notre envoyé spécial à Marseille (Bouches-du-Rhône),

Depuis 1962, il n’en a raté qu’un, celui de 1987. «Je devais le faire pour Radio Nostalgie mais ça s’est annulé peu de temps avant.» A 77 ans, Raymond Poulidor participe à son cinquante-et-unième Tour de France, dont quatorze disputés comme coureur. Pour la centième édition de l’épreuve, il détaille les évolutions de la Grande Boucle et des coureurs.

Quel est votre premier souvenir du Tour de France?
Ça remonte à mon enfance. Je travaillais à la ferme avec mes parents. Le Tour de France, c’était pendant les fenaisons. On se levait à 5 heures, on se couchait à 23 heures. On suivait ça à la TSF. Il y en avait un qui quittait le champ pour aller écouter le nom du vainqueur et qui revenait l’annoncer aux autres.
 
Depuis 1962, en quoi le Tour a-t-il évolué?
Le changement est énorme. J’ai assisté pas à pas à son évolution. Par contre, si je m’étais absenté pendant trente ans et que je revenais aujourd’hui, je ne m’y retrouverais absolument pas. Les équipes se sont professionnalisées. La façon de courir a énormément changé. Les distances sont plus courtes, on veut un maximum d’animation. Quand je vois la moyenne sur certaines étapes de plat, je trouve ça effarant.
 
Il y a aussi eu l’internationalisation de la course…
On nous dit les Français n’ont plus de résultat mais il faut voir les choses en face, la concurrence s’est intensifiée. A mon époque, plus de la moitié des coureurs du peloton étaient français. C’était la vieille Europe qui venait sur la Grande Boucle. Personne n’imaginait un Australien, un Américain ou un Anglais gagner le Tour de France. Si on revenait aux équipes nationales, ces pays seraient très difficiles à battre.
 
L’organisation a elle aussi évolué…
C’est devenu professionnel. Nous, on était beaucoup plus dans l’artisanal. L’organisation de maintenant laisse beaucoup moins de choses au hasard.
 
Qu’est-ce qui n’a pas changé?
Le public est toujours aussi fervent. Ma grande hantise au départ de ce Tour, c’était qu’il n’y ait pas beaucoup de monde pour le départ à Porto-Vecchio. Finalement, je trouve qu’on n’a pas été déçus et qu’il y avait quand même du monde. Le témoin, c’est le public. Le Tour, il a encore pour pas mal d’années devant lui. Les villes continuent à se battre pour l’avoir. Ça reste quelque chose que les gens veulent absolument voir passer chez eux.
 
On parle également davantage de dopage…
Je ne comprends pas pourquoi on remonte à des années lumières pour déterminer la culpabilité d’un coureur. Il faut repartir à zéro. Avant, tout le monde était au même point et le meilleur gagnait toujours. Dans le peloton, on se soignait de la même manière. Maintenant, un coureur ne peut quasiment plus rien prendre avec les analyses que l’on fait. A mon époque, il n’y avait pas de suspicion et il n’y avait pas lieu d’en avoir.