Open de France: Pourquoi tant de joueurs de tennis s'essaient au golf
GOLF – Simple passe-temps ou sport de reconversion, ils sont de plus en plus nombreux à arpenter les greens…Romain Scotto
Entre la balle jaune et la balle blanche, le coup droit et le swing, la terre battue et les greens, certains ont longtemps hésité. Qu’ils s’appellent Ievgeni Kafelnikov, Tim Henman, Ivan Lendl, Petr Korda, Nathalie Tauziat ou Amélie Mauresmo, tous ont trouvé dans le golf un sport de substitution après une carrière de tennisman pro. Dans le genre, le roi de la reconversion se nomme Scott Draper, l’un des rares sportifs ayant atteint le niveau professionnel dans deux disciplines. Sur le circuit actuel, Rafael Nadal ou Novak Djokovic taquinent également les 18 trous entre deux tournois. A l’Open de France qui débute jeudi, le tennisman Olivier Patience (33 ans) a même pris part aux qualifications, confirmant les liens étroits qui rapprochent les deux milieux. Explications.
Un sport reposant. Quand il se lance sur un parcours, le tennisman cherche avant tout à se «relaxer, s’aérer», indique Olivier Patience, qui n’est finalement pas parvenu à s’immiscer dans le tournoi principal. Encore loin du niveau des cadors, l’ex-86e mondial apprécie de passer «quatre heures à marcher avec des copains dans un super cadre.» Un cadre où les joueurs mettent aussi à l’épreuve leur esprit de compétition. Mentalement, le golf exige globalement les mêmes qualités qu’au tennis. Calme, concentration, patience, abnégation. «Au tennis on rate beaucoup de coups, donc au golf, on prend un peu mieux l’échec. Les tennismen ont beaucoup de recul là-dessus.» Certains apprécient aussi de se battre contre eux-mêmes quand ils délaissent les raquettes. «On n’a plus d’adversaire direct comme en tennis. On est face à soi-même ou face à un parcours. Ça change un peu», reconnaît Patience.
Un sport moins traumatisant. En termes de coordination et de gestuelle, les deux sports possèdent quelques similitudes. La différence est avant tout physique. Pour des joueurs aux genoux et chevilles meurtries par des heures de tennis, un petit swing de temps à autre n’a rien d’effrayant. Le golf est bien l’un des rares passe-temps sportifs où les joueurs de tennis ont peu de chance de malmener leur corps: «On ne prend pas beaucoup de risques au niveau de l’intégrité physique, enchaîne Olivier Patience, qui joue depuis un an avec une déchirure du tendon du coude. Beaucoup de joueurs de tennis sont passionnés de foot mais ne jouent pas par peur de se blesser.» Au golf, Rafael Nadal n’a donc aucune angoisse concernant ses tendons. Dans son autobiographie, il affirme même avoir songé à une reconversion en 2005 lorsqu’on lui a diagnostiqué un problème congénital au pied.
Un sport de réseaux. En passant au golf, les joueurs ont peu de chances d’être désorientés puisqu’ils retrouvent toutes les composantes du tennis de haut niveau: un circuit pro, des circuits mineurs, des systèmes de qualifications, un classement mondial, des «prize money», des structures fédérales ou individuelles. Certains agents travaillent également sur les deux circuits, IMG étant la société la mieux représentée. Pour Jean-Charles Cambon, organisateur du France Pro Golf Tour, un tennisman retraité peut aussi nouer quelques contacts judicieux à travers le golf. «C’est l’endroit parfait pour faire du réseau. Il n’y a pas mieux que de marcher avec quelqu’un pour discuter. On dit que beaucoup de contrats se signent sur les greens.» Et parfois, cela débouche même sur des histoires de coeur. Les couples Greg Norman - Chris Evert et Rory Mc illroy - Caroline Wozniacki en sont la preuve.


















