Affaire Castro: Quand les arbitres sont menacés de mort

R.A

— 

Thiago Silva reçoit un carton rouge de la part de M. Castro, le 5 mai 2013
Thiago Silva reçoit un carton rouge de la part de M. Castro, le 5 mai 2013 — PDN/SIPA

Qui veut la peau de Monsieur l’arbitre? Pour les supporters s’estimant lésés par ce dernier, cela leur semble tout à fait normal de faire planer une épée de Damoclès sur la tête des maîtres du jeu. Alexandre Castro, l’homme qui a eu le malheur d’expulser Thiago Silva lors de PSG–Valenciennes (1-1, le 6 mai), a déposé une plainte samedi à Lyon après avoir reçu des menaces de mort sur son téléphone portable. Si c’est une première en France, quelques arbitres européens en ont déjà fait l’amère expérience. Flash-back.

Cüneyt Cakir, après Manchester United-Real Madrid (1-2, 5 mars 2013)

Huitième de finale retour de Ligue des Champions, à Old Trafford. Le match aller avait accouché d’un score de 1-1. Les Red Devils menaient 1-0 et contenaient parfaitement les Madrilènes, jusqu’à ce que l’arbitre turc décide d’expulser Nani à la 56e minute. Carton rouge considéré comme sévère pour la plupart des observateurs et des supporters, ceux de Man United en tête. Le match tourne à 180 degrés, moins d’un quart d’heure plus tard, le Real Madrid mène 2-1 et se qualifie. Les cyber-menaces en provenance du nord de l’Angleterre dégringolent sur Monsieur Cakir (« Je monte dans un avion et je viens m’occuper de toi »), elles s’intensifient lorsque le Daily Mail découvre que Cakir suit le Real Madrid et Cristiano Ronaldo sur Twitter. L’homme a été escorté par la police à l’aéroport de Manchester.

Tom Henning Ovrebo, après (et bien au-delà) Chelsea–Barcelone (1-1, 6 mai 2009)

Demi-finales retour de C1, 0-0 à l’aller. A Londres, les Anglais mènent au score tout le match avant qu’Andrés Iniesta égalise dans les arrêts de jeu. Une déception infinie envahit le camp des Blues, surtout lorsque l’arbitre norvégien décide de ne pas siffler une main barcelonaise dans la surface, dans la minute qui suit l’égalisation. Un torrent de menaces se déverse sur le pauvre arbitre…pendant trois ans. En effet, l’année dernière, Monsieur Ovrebo confessait au Times qu’il «recevait encore des menaces de mort par la poste» et précise «qu’elle finisse directement à la poubelle». Il avoue qu’un «fan» désirait s’en prendre également à sa famille. Elle est là, la fucking disgrace.

Howard Webb, après Autriche–Pologne (1-1, 12 juin 2008)

Phase de poules de l’Euro austro-suisse. La Pologne, à l’extérieur, mène 1-0 jusqu’à ce que l’Anglais accorde un penalty aux Autrichiens à la 93e. Sentence transformée, la suite est tout en délicatesse. Protection policière…puis le Premier ministre polonais reconnaît avoir eu «une envie de tuer»… Puis des menaces téléphoniques, électroniques, des photos-montages de l’arbitre mutilé: couteau planté dans le crâne, Monsieur Webb placé au cœur d’une cible. Enfin, un jackpot de 50.000 dollars est promis à celui ou celle qui l’attrapera «mort au vif».

Urs Meier, après Portugal – Angleterre (2-2, tab 6-5, 24 juin 2004)

Quart de finale du championnat d’Europe portugais. L’Angleterre, elle aussi à l’extérieur, croit arracher son billet pour les demi-finales grâce à une tête de Sol Campbell dans les arrêts de jeu. C’était sans compter sur l’arbitre suisse qui estima que John Terry a gêné Ricardo, le gardien lusitanien. La suite, on la connait. David Beckham se prend pour Johnny Wilkinson, et la Perfide Albion rentre une énième fois à la maison avant le dernier carré. De quoi foutre en rogne un pays qui n’a rien palpé depuis alors 38 ans, série en cours. S’en suit le combo classique du menaçant : e-mails et coups de téléphone intimidants, y compris envers les proches, et même les employés du magasin dont il était propriétaire. En gros, t’es étudiant, tu décroches ton CDD temps partiel avec les dents, et parce que ton boss a refusé un pion, t’as chaud aux fesses le restant de ton contrat. Bon.