FC Nantes: «On s’engueule parfois, comme tout père et fils», explique Franck Kita

A Nantes, David Phelippeau
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Le president du FCN Valdemar Kita et son fils Franck Kita le 17 mai 2013 à Nantes.
Le president du FCN Valdemar Kita et son fils Franck Kita le 17 mai 2013 à Nantes. — FABRICE ELSNER / 20 MINUTES

A 31 ans, Franck Kita n’est pas président du FC Nantes mais c’est tout comme. Alors que son père (Waldemar Kita) gère le club depuis Paris, Franck, lui, passe une grande partie de sa semaine à la Jonelière. Nous avons rencontré le directeur général délégué pendant une quarantaine de minutes. Son portable, qu’il avait pris soin de mettre en vibreur avant l’entretien, n’a cessé de frissonner. Il a répondu à nos questions, avec la mesure qui le caractérise. Interview.

Dans quel état êtes-vous après cette saison ponctuée d’une montée en L1?

Je suis éprouvé par quatre ans de L2. C’est fatigant. J’ai vécu des semaines, des nuits difficiles. Dans ma situation, tu n’apprécies jamais une victoire car tu te projettes déjà au match d’après. Quand on perd, t’as le cerveau à l’envers. C’est peu de plaisir pour beaucoup d’emmerdes. La soirée de vendredi (de la montée) est passée très vite. Samedi et dimanche, j’étais sur un nuage mais, dès lundi, je me suis remis au boulot.

Est-ce que ce n’était pas l’année ou jamais pour le FCN?

Oui, on se disait que si on ne montait pas là, on ne monterait jamais car tout était réuni. On avait un staff qui bosse bien, un entraîneur très professionnel et groupe de qualité et sain…

Personnellement, vous étiez attendu au tournant?

Depuis que je suis petit, j’ai besoin de prouver aux autres, de bosser plus. Mais je suis un compétiteur. Ça me rend dingue de perdre. Quand tu es fils de…, tu dois placer l’exigence beaucoup plus haute, mais de toute façon, c’est dans ma nature d’être comme ça.

Vous vous voyez président bientôt?

Je n’y pense pas. Je ne me prends pas la tête avec ça. Je m’en fous même car j’ai les mains libres.

Qui a le dernier mot entre vous et votre père?

Si on veut avancer, il faut de la contradiction. On est père et fils, on écoute les arguments de l’un et de l’autre. Puis on assume tous les deux. Et on s’engueule parfois comme tout père et fils. Je suis chiant, je suis têtu, je ne lâche rien. Quand je ne suis pas d’accord avec ce qu’il a dit, je lui dis. C’est plus facile car je serai toujours son fils et il sera toujours mon père. Pour les gens c’est le président. Pour moi, c’est mon père. Si je ne peux pas, moi, lui dire les choses, personne ne le fera. Tous les deux, on a compris beaucoup de choses et retenu de nos erreurs.

Vous ne vous dites pas que toutes ces années sont un vrai gâchis?

Oui mais on peut se dire que si on n’avait pas fait toutes ces erreurs, on n’aurait pas appris autant.  Là, on a réussi à assainir le club à tous points de vue. Il faut rester comme on est aujourd’hui, tout en haussant le niveau d’exigence, et nous les premiers. Il faut être prudent et humble. Le maintien va être hyper dur, et ce pendant deux ou trois ans. Moi, je ne veux pas revivre ce qu’on a vécu.

>> Retrouvez le diaporama de la montée de Nantes en Ligue 1

Vous vous enflammez moins que votre père?

J’ai appris pendant ces six années de galère. Ce n’est pas une montée qui va faire que je vais m’enflammer. Pour moi, c’est le début de l’aventure ou plutôt la suite. Moi, j’ai 31 ans. Je veux construire. Avec les six ans de merde qu’on a passés, si on n’a pas compris, on ne comprendra jamais. Répondre aux médias, il faut le faire mais si je n’ai pas ma tête tous les jours dans les journaux, je m’en fous. Je ne veux pas être une star.

Vous semblez marqué par toutes ces années de galère?

Tout ce qu’on a vécu m’a rendu fou, ça m’a traumatisé. Je ne veux pas qu’on reproduise ça. Je vais donc être hyper exigeant. Tu montes enfin en L1, ce n’est pas pour tout gâcher maintenant. Quand on monte en 2008, on s’emballe trop. On prend des mecs bling-bling, on n’avait pas le droit. T’as beau t’appeler Nantes, quand tu montes en L1, tu restes un petit club sur le plan financier.

Vous allez travailler sur le mercato sans cellule de recrutement. Ce n’est pas très sérieux?

C’est un truc que je veux installer l’année prochaine. On bosse comme ça car on n’arrive plus à faire confiance. Tous les mecs qu’on a mis en place avec nous, à un moment donné, ça s’est mal passé. Bosser avec le coach et les agents, ça va suffire cette année, mais, à l’avenir, on aura des superviseurs. En attendant, moi, je fais confiance les yeux fermés au coach et à mon père. Basta.