Ligue des champions: Comment le Bayern Munich et le Borussia Dortmund ont bluffé l’Europe

Romain Scotto

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Les joueurs du Borussia Dortmund, lors de leur victoire contre le Real Madrid en demi-finale aller de la Ligue des champions, le 25 avril 2013.
Les joueurs du Borussia Dortmund, lors de leur victoire contre le Real Madrid en demi-finale aller de la Ligue des champions, le 25 avril 2013. — K.Pfaffenbach/REUTERS

Deux clubs allemands en finale de Ligue des champions? L’idée aurait fait pouffer toute l’Europe il y a encore quelques mois. Mais après les demi-finales aller, les clubs allemands ne font plus rire grand-monde. Le Barça et le Real Madrid surtout, corrigés l’un après l’autre par le Bayern (4-0) et le Borussia Dortmund (4-1). Pour Valérien Ismaël, présent en Allemagne depuis dix ans, ces résultats sont le fruit d’un travail entamé il y a plusieurs années. L’investissement placé dans les centres de formation serait en train de payer. «Quand on voit l’évolution de Götze, Reus, Hummels, Gündogan, Kroos, Müller, ils sortent tous de centres allemands. Ça montre que les clubs ont investi au bon moment», glisse l’ancien défenseur du Bayern.

Sans parler d’une nouvelle ère, l’actuel entraîneur de la réserve de Hanovre voit bien les clubs allemands prendre un abonnement longue durée dans le dernier carré de la compétition. «Pour quatre ou cinq ans», puisque les deux géants s’appuient sur des jeunes qui n’ont pas atteint leur maturité. Aujourd’hui, rien ne les pousse à quitter la Bundesliga pour l’étranger. «Les stades sont modernes, pleins. Les infrastructures sont exceptionnelles en première, deuxième et même en troisième division. Forcément, un jeune joueur envisage toute sa carrière ici.» Côté finances, les deux demi-finalistes européens sont des exemples de gestion, pas effrayés par les règles du fair-play financier.

Zeidler: «L’état d’esprit a changé»

Portés constamment sur l’offensive et les remontées de balles express, le Bayern comme le Borussia ont aussi prouvé qu’il était possible de faire déjouer les plus grands en produisant du jeu. «C’est l’illustration d’un football où on ne joue pas pour un 0-0. On pense au business que représente le foot. Les gens viennent pour voir du spectacle», analyse Ismaël. «L’état d’esprit a changé, confirme Peter Zeidler, ancien coach adjoint de Hoffenheim, actuellement à la tête de la réserve de Salzbourg. «C’est la façon dont les deux équipes récupèrent le ballon qui crée la différence. C’est la philosophie de Klopp notamment. Le Bayern a copié le style de Dortmund. On récupère tout de suite et ça va vite vers l’avant avec des individualités.»

Pour Zeidler, un seul risque guette les Allemands après cette éventuelle finale 100% Bundesliga: penser être arrivé au sommet, comme ce fut le cas en 1990 après le titre mondial de l’Allemagne réunifiée. «Le Kaiser [Franz Beckenbauer] disait qu’on ne pouvait plus nous battre parce qu’on avait les Allemands de l’Est avec nous. Cette prétention, il faut l’éviter», assure l’ancien coach de Tours. Sous peine de subir le sort de la France post-98 et 2000.