Equipe de France: De l’AS Hellemmes au Real Madrid, le roman de Raphaël Varane

François Launay et Romain Baheux

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Raphaël Varane, le défenseur français du Real Madrid, lors d'un stage de l'équipe de France, en août 2012, à Clairefontaine.
Raphaël Varane, le défenseur français du Real Madrid, lors d'un stage de l'équipe de France, en août 2012, à Clairefontaine. — BERTRAND GUAY / AFP

A son âge, son éventuelle sélection ne fait même plus de doute. Du haut de ses 19 ans, Raphaël Varane devrait retenu chez les Bleus par Didier Deschamps jeudi. La vraie question, c’est de savoir si le Madrilène va prendre les clés de la défense tricolore française dès maintenant. L’occasion de revenir sur le parcours du phénomène, en compagnie de témoins clés de son éclosion.

Benoît Hubaut, son premier entraîneur à Hellemmes   

«A 6-7 ans, Raphaël avait déjà une ou deux têtes de plus que les autres gamins de son âge, avec un toucher de balle différent des autres. A cet âge-là, d’habitude, les gamins viennent d’abord pour s’amuser alors que lui, il était vraiment intéressé par le foot, il venait pour apprendre. Son père, son oncle et son frère ont joué au foot. Il a fait un entraînement avec les débutants avant d’être surclassé en poussins. Il a toujours été très bien entouré avec sa mère prof d’anglais à Lille et son père qui travaille au centre hospitalier de Lille. Il a la tête sur les épaules et a toujours eu un comportement irréprochable. C’était un garçon bien élevé, qui respectait l’adversaire et les éducateurs. Il était très timide mais sur un terrain, c’était un autre joueur. Lille et Lens sont venus le voir jouer et au final, c’est Lens qui a remporté la mise.» 

Georges Tournay, ancien directeur du centre de formation du RC Lens 

«Il est arrivé à 11 ans chez nous pour faire sa pré-formation. Il est venu nous voir avec sa maman, qui était très attentive au suivi scolaire mis en place au RC Lens. D’ailleurs, au début, elle l’emmenait aux entraînements, et elle l’attendait tout en corrigeant ses copies avant de le ramener. Il est resté deux ans en pré-formation, il a rejoint le pôle espoirs de Liévin, avant d’intégrer le centre de formation à 15 ans. On ne s’est jamais dit qu’on avait un phénomène chez nous car Raphaël est allé à son rythme. Après chaque match, on faisait des bilans en retenant les deux meilleurs et les deux plus mauvais de la rencontre; Raphaël était très souvent dans les meilleurs, mais il n’était pas au-dessus du lot. D’ailleurs, il n’a jamais été sélectionné en équipe de France des jeunes que ce soit en 16, 17 ou 18 ans. Mais il était vraiment comme un poison dans l’eau à La Gaillette, où il a d’ailleurs obtenu un bac ES, ce qui n’est pas rien. On l’a laissé grandir et on ne l’a jamais mis dans le dur. Et à 17 ans, au moment où on l’a essayé en équipe réserve, il a progressé à la vitesse grand V. En CFA, le physique ne suffit pas, il faut savoir s’étalonner par rapport à des joueurs plus âgés. D’ailleurs, Il n’a fait que 5-6 matchs de CFA avant d’intégrer l’effectif pro.»  

Jean-Guy Wallemme, ancien entraîneur du RC Lens, qui l’a lancé en L1 

«En tant que coach de l’équipe première, j’allais voir les matchs de la réserve. J’avais déjà vu Raphaël chez les jeunes et il avait montré beaucoup de maturité pour en arriver là. A un moment, je l’ai pris à l’entraînement, et Raphaël a su saisir sa chance. Comme il reproduisait à l’entraînement ce qu’il faisait à l’étage inférieur, c’est naturellement que j’ai décidé de le titulariser en L1 contre Montpellier et un certain Olivier Giroud, en novembre 2010. Il fallait prendre le risque de faire débuter un gamin de 17 ans! Ça avait surpris beaucoup de monde à l’époque. Pour ce match à Bollaert devant 40.000 personnes, j’avais décidé de lui associer un joueur d’expérience en la personne d’Eric Chelle. Et il a vite montré qu’il voulait s’imposer car il a répondu présent. Il m’a surpris car il a eu une progression très rapide. Mais c’est un garçon intelligent, il est arrivé là grâce à sa maturité et à sa simplicité. Quand il est parti à Madrid, ça ne m’a pas étonné car si un mec comme Mourinho dépense dix millions d’euros sur un joueur, c’est qu’il a bien vu toutes ses qualités.» 

Pablo Polo, journaliste en charge du Real Madrid pour Marca 

«Je suis allé à Lens quand le transfert de Raphaël Varane a été officiel en 2011 pour rencontrer sa  famille, ses proches. On a été un peu surpris de sa venue, même si Manchester le voulait aussi. C’est rare que le Real prenne de si jeunes joueurs et mette dix millions d’euros. Maintenant, on peut dire que c’est un bon transfert vu sa mentalité et sa qualité. Les jeunes du Real qui évoluent à son poste n’ont pas ses qualités ni son talent. Dès sa première année, il a montré qu’il avait des qualités. Ça n’était pas facile, il a eu quelques difficultés à s’adapter mais c’était normal. Il était jeune, il devait s’habituer à José Mourinho, à la vie madrilène, à la langue… La saison dernière, j’ai essayé de lui parler deux ou trois fois, il ne voulait rien savoir. Il avait peur de la presse, il la voyait comme un ennemi. Mourinho lui avait sans doute demandé de ne pas trop parler aux médias. Cette année, il s’ouvre un peu plus, il est plus sympa et plus ouvert. Il a donné une conférence de presse en espagnol, il parle mieux qu’Özil, qui est là depuis 2010. A Madrid, il ne vit pas dans le même quartier que les autres joueurs. Mais il n’est en tout cas pas du genre à aller faire la fête en boîte de nuit. Les piliers du vestiaire le voient comme un joueur qui aura un futur extraordinaire. Il fait de grands matchs depuis plusieurs mois. Il a mis Pepe, un joueur très confirmé, sur le banc. Et les supporters l’apprécient de plus en plus.»