Blessure: Auteurs de tacles «assassins», ils souffrent en silence
FOOTBALL – Valentin Eysseric vit très mal le fait d’avoir blessé Jérémy Clément samedi soir sur un tacle incontrôlé…Romain Scotto
Impossible d’oublier l’image de cette cheville en accordéon, les cris de Jérémy Clément, la détresse d’un joueur au tibia-péroné réduit en miettes par un tacle d’une rare violence. Plusieurs jours après l’accident du match Saint-Etienne – Nice (4-0), Valentin Eysseric est toujours «hanté» par la scène d’effroi dont il est responsable. Dans ce genre d’histoires, le joueur blessé n’est pas uniquement celui qui débarque à l’hôpital et entame une rééducation de plusieurs mois. Le rôle de «bourreau» n’est pas toujours le plus simple à assumer, quand à 20 ans, on se rend coupable d’un geste maladroit ou incontrôlé sur lequel la commission de discipline de la Ligue se penchera jeudi.
Les images du week-end dernier ont ainsi rappelé quelques souvenirs à Nicolas Gillet, l’homme qui avait brisé le genou de Cédric Mionnet, lors d’un Nantes – Sedan de 2001. L’attaquant sedanais ne s’en est jamais vraiment remis physiquement. Mais cette blessure a aussi changé la carrière de Gillet, traumatisé par son geste. «Pour moi, il y a eu un avant et un après au niveau psychologique. J’ai perdu l’insouciance qui m’a fait aller si haut.» International et champion de France avec Nantes cette année-là, le défenseur n’a plus jamais tutoyé ce niveau. «Sur le terrain, tout ce que je faisais était calculé, réfléchi. Une fois que c’est arrivé, je n’ai plus défendu pareil. J’étais toujours à 80%.»
Une étiquette de «boucher»
Douze ans après, le joueur de 36 ans (sans club) assure que le sentiment de culpabilité ne s’est pas dissipé. «J’y pense encore. Je l’ai mal vécu. Les gens ne pensent pas que ça te traumatise. T’as que le mauvais rôle, aucune circonstance atténuante.» Ce sentiment, Patrick Blondeau l’a aussi bien connu. Ancien défenseur de l’OM, il avait blessé grièvement le Nantais Yves Deroff sur un autre tacle mal maîtrisé. «La preuve que je culpabilisais, c’est que je n’ai pas fait appel de ma suspension. C’est normal quand tu sais qu’une personne passe six mois sans s’entraîner. On se pose la question, est-ce qu’on n’aurait pas pu éviter cet incident? J’ai souvent pensé à lui», confie Blondeau qui s’était excusé auprès de Deroff, sans le joindre de vive voix.
Une fois «l’attentat» commis, l’étiquette est pourtant collée à vie. Selon les repentis, Eysseric devra assumer le fait d’être montré du doigt, hué, traité de «boucher» et d’«assassin» dans tous les stades. Nicolas Gillet se souvient de l’époque où sa boîte aux lettres débordait de courriers incendiaires. «On m’a traité de tous les noms. Après, toi tu ne sais plus qui tu es vraiment. C’est très difficile.» Le joueur fautif sait aussi qu’il n’a plus jamais droit à l’erreur. Quelques mois après l’incident, le Lillois Djezon Boutoille s’était blessé seul à la cheville sur un contact. Manque de chance, Gillet était dans les parages. «On m’a tout mis sur le dos.»
Dans un tel contexte, les excuses comptent toujours. Mais n’effacent rien. «Sans ses excuses, il (Eysseric) aurait eu du mal dans les semaines à venir. Peut-être que des gens vont lui dire: bon tu l’as fait, ça va être dur, mais tu es un bon garçon. On le sent, il ne triche pas», assure Blondeau, qui ne voudrait pas non plus se tromper de victime. Même en cas de lourde suspension, le «bourreau» a toujours l’assurance de rejouer au plus haut niveau. Ce qui n’est forcément évident quand on a une cheville ou un genou en charpie.


















