Coupe de France: Ces brillants amateurs qui ne deviennent jamais pros
FOOTBALL – Très peu ont réussi à passer de l'autre côté de la barrière...Romain Baheux
Des années que ce scénario se répète en Coupe de France. Une frappe sèche sous la barre qui envoie son honnête équipe de CFA en huitième de finale et l’avant-centre vedette fait la une des journaux. Une séance de tirs au but avec trois tentatives de l’équipe adverse arrêtées et le gardien, électricien dans le civil, attire les regards des spécialistes du poste. Mais pour des dizaines d’exploits, combien d’amateurs qui ont brillé le temps d’une ou plusieurs rencontres ont rejoint les professionnels? Pour un Matthieu Chalmé ou un Wesley Lautoa, combien de joueurs ont vainement attendu une promotion à l’échelon supérieur? «On me dit souvent que j’aurais mérité mieux mais je ne le prends pas comme ça, explique Aissa Yahia-Bey, attaquant révélé avec Chambéry (CFA2), qui s’était hissé en quart de finale de l’épreuve après avoir éliminé trois équipes de Ligue 1 en 2011. Je retiens surtout la superbe expérience que ce parcours a constituée.»
«Des centaines d’agents t’appellent»
Premier écueil, l’âge. Recalés des centres de formation des écuries de Ligue 1 ou de Ligue 2, certains joueurs doivent attendre plusieurs années avant de se voir offrir une nouvelle fenêtre de visibilité médiatique. Trop âgés, ils ne sont pas jugés crédibles sur le long terme par les recruteurs des clubs professionnels. Dans certains cas, le refus peut également venir du joueur, qui rechigne à se lancer dans une nouvelle vie. Contacté par Strasbourg après l’épopée de Calais, le gardien Cédric Schille avait préféré rester dans le Pas-de-Calais. «Ce sont des choix de vie, il faut les respecter, explique Réginald Becque, capitaine de l’équipe calaisienne finaliste de l’épreuve en 2000. Se lancer à 27 ans dans une carrière pro alors que vous avez un boulot fixe en plus de votre club amateur, ce n’est pas forcément une bonne idée.» «J’étais jeune, je ne me suis pas posé de questions, raconte Nicolas Pallois, latéral gauche de Quevilly, demi-finaliste en 2010, passé depuis par Valenciennes, Laval et maintenant Niort. Je peux comprendre que pour des personnes plus âgées, ce soit hasardeux.»
Pour les plus volontaires, il faut ensuite éviter les embûches d’un monde professionnel qu’ils n’ont pas l’habitude de fréquenter; après l’exploit, les meilleurs amateurs sont très sollicités. «J’ai reçu des centaines de coup de fil d’agents, poursuit Pallois. J’ai suivi les conseils de Régis Brouard [l’entraîneur de Quevilly], qui m’en a conseillé un.» Un peu naïfs, certains acceptent n’importe quel challenge. Grand espoir de l’équipe calaisienne de 2000, Emmanuel Vasseur s’est ainsi retrouvé à accepter une pige de six mois à Leyton Orient, en quatrième division anglaise. «On te propose tout et n’importe quoi, décrit Aissa Yahia-Bey. Certains se font passer pour des agents et proposent le Qatar. Si tu es jeune et vulnérable, ça peut vite te monter à la tête.» Opposés à Bordeaux et Nancy ce mercredi, Raon-l’Etape et Vénissieux-Minguettes abritent peut-être le héros qui les qualifiera pour les quarts de finale de la Coupe de France. L’expérience a montré qu’il ne faudrait sans doute pas en attendre plus.


















