Coupe du monde 2022: Pourquoi aime-t-on autant détester le Qatar

Antoine Maes

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Sepp Blatter, président de la Fifa, à côté de l'Emir Sheikh Hamad bin Khalifa al-Thani et de sa femme, le 11 décembre 2012, à Doha.
Sepp Blatter, président de la Fifa, à côté de l'Emir Sheikh Hamad bin Khalifa al-Thani et de sa femme, le 11 décembre 2012, à Doha. — REUTERS/Fadi Al-Assaad

«Qatargate». C’est sous ce titre que France Football révèle mardi les dessous de l’obtention du mondial 2022 par le Qatar. Entre corruption, lobbying et conflits d’intérêt, Doha n’aurait pas lésiné sur les moyens pour décrocher sa Coupe du monde. La diplomatie par le sport de l’état gazier a peut être dépassé les limites.

Problème: ce n’est pas la première fois qu’un scandale éclabousse les conditions d’attributions d’un évènement sportif planétaire (Mondial 2006 en Allemagne, Jo d'hiver de Salt Lake City...). «Les Qataris n’ont fait qu’appliquer des méthodes historiques dans ce milieu. Je ne dis pas que je cautionne, mais si l’on critique cette décision, qu’on élargisse le débat et qu’on ne cible pas sans cesse le Qatar», explique à France Football Luc Dayan, président du RC Lens et fin connaisseur des milieux qataris. 

«Le pays des fainéants qui s’est fait tout seul avec l’argent»

Nabil Ennasri, chercheur et auteur de «L’Enigme Qatar» (sortie le 6 mars), se pose un peu la même question: «Pourquoi ça sort maintenant? Si le Qatar a corrompu, c’est d’abord parce que la Fifa est corruptible». Car si les faits reprochés à l’Emirat son évidemment graves, ils prennent encore plus de résonnance avec le profil du coupable. «Si c’était le fait d’un état occidental, je ne sais pas si on aurait eu la même charge symbolique, poursuit Ennasri. Le Qatar devient cristallisant et clivant dans la société française, parce qu’on a toujours du mal à parler de manière sereine avec tout ce qui se rapporte à l’Islam ou au monde musulman.» 

Et c’est encore plus vrai avec cette pétromonarchie perçue comme «le pays des fainéants qui s’est fait tout seul avec l’argent». Une image dont les dirigeants locaux ont très peu conscience. A moins qu’ils n’en aient pas grand-chose à faire. «Certains ne le supporte plus, parce que le Qatar casse les codes. J’ai l’impression que les Qataris commencent à prendre la mesure de ces campagnes de dénigrement. Mais pas au point de leur faire changer de politique», assure Nabil Ennasri.