Le salut du cyclisme passe-t-il par un grand déballage et une amnistie générale?
DOPAGE – L’UCI propose la mise en place d’une commission «Vérité et Réconciliation», sur le modèle de celle qui a géré l’après-apartheid en Afrique du Sud…Julien Laloye et Antoine Maes
Armstrong, Padoue, Puerto, Rabobank… Ces derniers mois, l’actualité du cyclisme se décline au rythme des scandales de dopage, des aveux, des enquêtes et des procès. Pour «nettoyer l’air» comme le dit lui-même Pat Mc Quaid, l’UCI (en partenariat avec l’AMA) a proposé de mettre en place une commission Vérité et réconciliation. Le principe est simple: en échange d’aveux complets, une amnistie partielle ou totale. Une grande première, puisque ce genre «d’audit» est d’habitude réservé aux années post-dictature ou guerre civile, comme en Afrique du Sud ou au Pérou. Une initiative qui divise le peloton.
Roger Legeay, président du Mouvement pour un Cyclisme Crédible (MPCC): «Il ne doit pas y avoir de coup d’éponge»
«Ce qui est important, c’est d’aller au fond de l’aveu, s’il y a un médecin, un manager… Ce qui est vraiment efficace c’est d’aller plus loin que ce qui se passe aujourd’hui: un garçon est positif, il est sanctionné, point barre, au suivant. Les aveux d’Armstrong, ils ne vont pas loin, ça ne suffit pas. Que les garçons disent voilà ce que j’ai pris, où est-ce que je vais l’acheter, qui me l’a proposé. Et pas seulement avec les trois ou quatre qui ont déjà été pris par la patrouille. En dessous de ça, ça ne marcherait pas. Une amnistie générale? Il ne doit pas y avoir de coup d’éponge. Pour ceux qui ont fait leur métier sérieusement, pour les sponsors qui ont investi de l’argent, pour le public qui attend un sport loyal, ça ne serait pas bien. Qu’on atténue les sanctions, pourquoi pas. Surtout, il faut que tout le monde joue le jeu et ça c’est pas gagné. A chaque fois, c’est dans les retranchements, après des années de recours et de procédure, que les coureurs craquent.»
Didier Rous, directeur sportif chez Cofidis, ancien coureur à Festina: «J’aurai souhaité y participer»
«C’est une solution, peut-être pas la meilleure, mais c’en est une, à condition que les mecs qui témoignent racontent tout. Après il ne faut pas que ce soit un moyen pour l’UCI de se sauver les miches en disant on va blanchir tout le monde et ça repart. Parce que cette commission, l’UCI aurait pu la mettre en place bien avant. En 98, quand on s’est fait prendre dans l’affaire festina, l’UCI a décidé que cela ne concernait que nous et on a mangé pour tout le monde. Moi, on m’a juste demandé d’avouer que je m’étais dopé, jamais comment je faisais ou pourquoi ça fonctionnait. Je me suis auto-suspendu six mois et je suis revenu comme si de rien n’était. Si une commission vérité et réconciliation avait existé à l’époque, j’aurais souhaité y participer.»
Jimmy Engoulvent, coureur chez Sojasun: «Pourquoi dénoncer un système qui les fait vivre de A à Z?»
«Je ne suis pas persuadé que cette commission règle beaucoup de choses. Il y a trop de personnes qui sont encore actives dans le vélo et qui réussissent leur carrière, puis leur reconversion, grâce au dopage. Pourquoi iraient-elles tout avouer d’un coup et dénoncer un système qui les fait vivre de A à Z? La possibilité d’être amnistiés et de pouvoir recourir? Depuis le début de ma carrière je suis habitué à courir à côté de gens qui ont été suspendus un an, deux ans, et qui reviennent dans le peloton au même niveau, alors je fais avec. Et puis franchement, quel crédit on peut donner à la parole d’un coureur qui a menti pendant des années? Même s’il balançait tout le monde, j’aurai toujours des doutes sur sa version. Le dopage, c’est comme le trafic de drogue, c’est hyper-compliqué de faire tomber les têtes de réseau.»


















