Vendée Globe: Les skippeurs, ces dormeurs de haut niveau

VOILE Les concurrents de la course autour du monde doivent apprendre à maximiser leur temps de sommeil...

Julien Laloye

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Jean-Pierre Dick au départ du vendée Globe, le 10 novembre 2012 aux Sable d'Olonne.
Jean-Pierre Dick au départ du vendée Globe, le 10 novembre 2012 aux Sable d'Olonne. — Chesnot/SIPA

Une expression toute faite a l’habitude de marteler que pour gagner le Vendée, il faut respecter les trois commandements suivants: «Un bon bateau, un bon skippeur et une bonne couchette.» Manière de dire que sur une course de trois mois, les quelques heures de sommeil grappillées par-ci par-là sont aussi importantes que les qualités de marin. Mode d’emploi en  quatre étapes avec le Docteur Duforez (European Sleep center), qui travaille avec Jean-Pierre Dick depuis 2001.

Connaître sa cartographie du sommeil

Plusieurs mois avant la course, Jean-Pierre Dick se fait enregistrer – à terre- dans son sommeil à l’aide d’électrodes placées sur le cerveau. Le but: «Identifier les cycles où Jean-Pierre dort profondément et savoir quand s’ouvrent ses portes de sommeil, le moment où il va s’endormir sans effort», explique François Duforez. Le même test est organisé sur une sortie d’entraînement en mer afin de pouvoir organiser les temps de repos du skippeur sur le Vendée, à hauteur de 5h de sommeil par jour. «En-dessous, il  y a un risque pour l’organisme.»

Privilégier le repos qualitatif

Pendant la course, Jean-Pierre Dick veut être capable de «rester en veille l’essentiel du temps» afin d’éviter les soucis. L’objectif est donc de l’entraîner à avoir un sommeil efficace, profond plutôt que paradoxal (qui agit seulement sur la mémoire et la prise de décision), raconte le docteur Duforez: «Sur une nuit de 8h, une personne normale n’aura un sommeil vraiment réparateur que 2 heures en moyenne, soit 25% du temps. Chez Jean-Pierre, la proportion peut monter à 55%.» Et un sommeil profond d’1h47 sans pause, un exploit pour le commun des mortels.

Bien choisir son lit

Longtemps, les banettes sommaires fixées à un cadre métallique ont fait office de lit pour les skippeurs. Trop inconfortables. Aujourd’hui, la plupart optent pour le pouf rempli de microbilles qui épousent la forme du corps. Jean-Pierre Dick, lui, préfère un matelas au prototype spécialement conçu pour la course, avec un creux au milieu: «Il voulait ne pas sentir les chocs et être calé à la fois à babord et à tribord pour s’adapter au gite permanent détaille François Duforez. Ce matelas, qui a fait trois tours du monde, lui permet presque de s’endormir sur commande.»

Prendre des vacances

Si le corps est capable d’obéir à une restriction officielle de sommeil pendant trois mois, il se retrouve très fragilisé à l’arrivée. D’où la nécessité de prendre un temps de repos incompressible après la course: «Les études montrent qu’il faut de trois à six mois pour se remettre du Vendée confirme le docteur Duforez. Le système immunitaire est tellement affaibli dans la foulée, qu’un rhume peut facilement se transformer en pneumonie.» Certains peuvent même risquer la dépression, un comble quand on vient de retrouver sa famille après 90 jours de solitude forcée.