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Comment le Geipan enquête pour expliquer les cas d’ovnis en France

« Une démarche scientifique »… Comment les enquêteurs du Geipan tentent d’expliquer les cas d’ovnis en France

la vérité est ailleursBasé à Toulouse et rattaché à l’agence spatiale française, le Geipan enquête sur un millier de cas d’ovnis par an - observés par des citoyens - pour tenter de les expliquer de manière rationnelle
Une étrange spirale bleue apparaît dans le ciel en France et au Royaume-Uni ?
Manon Minaca

Manon Minaca

L'essentiel

  • Le Geipan, service rattaché au Cnes, collecte et étudie les ovnis signalés par des citoyens français, afin de les expliquer de manière rationnelle grâce à une méthodologie scientifique.
  • Sur le millier de signalements reçus chaque année, 80 à 120 cas nécessitent des enquêtes approfondies mobilisant un vaste réseau d’experts et d’enquêteurs bénévoles formés, qui mènent des investigations sur le terrain.
  • Depuis 1977, 66,5 % des 3.320 phénomènes ayant fait l’objet d’une enquête approfondie ont été parfaitement ou probablement identifiés, la plupart étant en réalité des aéronefs, des phénomènes astronomiques, des ballons ou des lanternes.

Quand on pense ovnis, on pense souvent Etats-Unis. De Roswell à la Zone 51, la société et la culture américaines sont imprégnées de récits d’engins volants pas toujours identifiés, sources de nombreux fantasmes. La France n’est évidemment pas épargnée par ces phénomènes. Ce que l’on sait moins, c’est qu’ils sont pris très au sérieux et font l’objet d’enquêtes rigoureuses, qui débouchent dans la majorité des cas sur une explication… tout à fait rationnelle. Derrière ces enquêtes, on trouve un service rattaché au Cnes, l’agence spatiale française : le Geipan, pour Groupe d’études et d’information sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés, basé à Toulouse.

Constitué de trois salariés et douze bénévoles – répartis sur tout le territoire –, celui-ci a un rôle essentiel : « Collecter, étudier et enquêter sur des cas d’observation qui semblent étranges aux citoyens dans le but de tenter d’apporter une réponse à ce qu’ils ont vu en s’appuyant sur une démarche technique et scientifique », résume Frédéric Courtade, responsable du Geipan.

Tout part des signalements de témoins de phénomènes curieux. Parmi eux, on retrouve des lumières étranges dans le ciel, des triangles orangés qui se déplacent, des formes blanches qui s’estompent progressivement, des objets à la trajectoire ou la démarche inhabituelle… Ces observations sont signalées via des formulaires remplis directement sur le site du service ou de courriers, mais aussi des dépositions prises par les gendarmeries selon certaines dispositions préétablies ou des remontées de la Direction générale de l'aviation civile, qui permettent aux pilotes et personnes du secteur aéronautique de témoigner d’un événement qu’ils ne s’expliquent pas.

Environ une centaine d’enquêtes approfondies par an

Une fois le signalement reçu, place à l’enquête. Et celle-ci est on ne plus sérieuse : il n’est pas question de prouver une quelconque présence extraterrestre mais d’essayer d’expliquer, de manière rationnelle et selon « une méthodologie parfaitement procédurée », ce qu’a pu voir le témoin. Tous les cas ne nécessitent pas une enquête approfondie car certains sont évidents ou récurrents. Sur le millier de signalements que reçoit le Geipan chaque année, seuls 80 à 120 nécessitent des investigations plus poussées, estime son responsable. Pour ces cas plus complexes, dont le résultat et le dossier complet sont publiés sur la base de données du service une fois l’enquête terminée, la même méthodologie est déployée à chaque fois.

Celle-ci implique un vaste réseau : le centre opérationnel de surveillance de l’espace du Cnes, qui permet de situer les satellites ou les lanceurs dans l’Espace ; un service de l’armée de l’air qui surveille le trafic aérien ; Météo-France, qui fournit des données sur la situation météo et les phénomènes exceptionnels ; le CNRS et le corps des astronomes pour les situations célestes anormales ou exceptionnelles… Mais aussi l’université de Toulouse pour le volet psychologie scientifique, avec des experts qui participent à l’analyse des témoignages et aux entretiens cognitifs menés pour démêler les vrais souvenirs des faux.

Des phénomènes très souvent expliqués

Les investigations se font aussi sur le terrain, à l’aide d’un groupe d’enquêteurs bénévoles. « De confiance et très investis », ils sont soigneusement choisis et formés aux méthodes du Geipan, pour lequel ils conduisent les enquêtes et des entretiens et échafaudent des hypothèses. Leur rôle est très encadré : les volontaires reçoivent systématiquement une lettre de mission, tamponnée Geipan/Cnes, qu’ils peuvent présentent aux témoins et aux autorités.

A l’issue de l’enquête, les cas sont classés en plusieurs catégories : A quand le phénomène observé a été parfaitement identifié ; B quand il l’a probablement été (lorsqu’il a été établi, par exemple, qu’il s’agissait d’un ballon mais qu’on ne sait pas d’où il a été lâché) ; C quand il n’a pas été identifié par manque de données ; et D quand sa nature est toujours inconnue après enquête. Au 3 mars, sur les 3.320 phénomènes suivis d’une enquête approfondie depuis 1977, 66,5 % ont été parfaitement ou probablement identifiés par le Geipan. Il s’agit, dans plus de la moitié des cas, de ballons, lanternes, aéronefs (hors drones) ou de phénomènes astronomiques.

Les phénomènes non identifiés, un « semi-échec »

Si Frédéric Courtade ne voit pas de cas emblématique du Geipan, certaines affaires occupent tout de même une place un peu particulière pour les enquêteurs. Il s’agit par exemple des phénomènes observés avant la création du Geipan, en 1977, classés comme non identifiés après enquête. Le plus vieux disponible sur la base de données remonte à 1951, dans le Vaucluse, où deux pilotes ont rapporté avoir vu « un phénomène très brillant stationnaire puis en déplacement dans le ciel ».

Pour le responsable du Geipan, « les cas emblématiques sont surtout ceux qu’on a réussi à résoudre », évoquant la difficulté d’enquêter « à partir d’un questionnaire d’une dizaine de questions, avec des réponses plus ou moins lapidaires des témoins, sans photos ou autre élément ». A l’inverse, les phénomènes classés D, non identifiés après enquête, sont perçus comme « un semi-échec » par ses équipes.

D’autant que ces affaires font l’objet de nombreux fantasmes d’une partie du grand public : « Les gens mettent beaucoup de choses derrière les ovnis, explique Frédéric Courtade. Il y a les extraterrestres, bien sûr, mais aussi l’idée qu’on nous ment, qu’on nous espionne… » D’où l’importance de la mission du Geipan. Et bonne nouvelle pour ceux qui souhaiteraient en faire partie : le Geipan recrute actuellement quatre bénévoles, afin de porter son équipe de volontaires à 16 personnes. Amoureux du domaine spatial ou passionnés d’enquête, à vos CV !