« Ovni(s)», un objet télévisuel non identifié en hommage à « X-Files » et à l'âge d'or de l'ufologie

DÉCALÉ Canal+ lance ce lundi « Ovni(s) », une comédie de science-fiction singulière portée par Melvil Poupaud

Anne Demoulin

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Daphné Patakia, Michel Vuillermoz, Melvil Poupaud, Quentin Dolmaire dans la série « Ovni(s) ».
Daphné Patakia, Michel Vuillermoz, Melvil Poupaud, Quentin Dolmaire dans la série « Ovni(s) ». — Nicolas Velte/Montebello Productions/Canal+
  • Ovni(s) est la nouvelle création originale de Canal+.
  • Dans la France de la fin des années 1970, cette comédie suit les balbutiements d’un bureau d’enquête spécialisé dans les ovnis, géré par une équipe qui donne effectivement l’impression de vivre sur une autre planète.
  • Ovni(s) explore ainsi le folklore du paranormal pour le faire résonner avec les trajectoires de ces personnages… tous plus décalés les uns que les autres.

Imaginez un X-Files, en mode comédie, dans la France de Valéry Giscard d’Estaing ! Ovni(s), nouvelle création originale de Canal+ diffusée ce lundi à 21h05, suit les mésaventures de Didier Mathure ( Melvil Poupaud), brillant ingénieur spatial, qui voit son rêve partir en fumée lorsque sa fusée explose au décollage. A la suite de sa déconvenue, il est muté à la tête d’un bureau d’enquête spécialisé sur les ovnis, géré par une équipe qui donne effectivement l’impression de vivre sur une autre planète. Pourquoi Ovni(s) est un objet télévisuel non identifié ?

« Ovni(s) », l’œuvre de deux étudiants

La série Ovni(s) a été créée par Clémence Dargent et Martin Douaire, alors qu’ils étaient encore étudiants. « Avec Martin, nous nous sommes rencontrés à la Femis dans le département de séries télé qui venait de s’ouvrir. On était dans la seconde promotion. En fait, Ovni(s), c’est notre travail de fin d’études », explique Clémence Dargent.

Un projet de fin d’études devenu 12 épisodes de 30 minutes, quatre ans plus tard. « C’est extrêmement rare d’avoir une proposition aussi aboutie venant d’auteurs qui démarrent », félicite Fabrice de La Patellière, directeur de la fiction de Canal+.

« Ovni(s) », une idée qui a germé dans un taxi

Ovni(s) s’inspire des débuts du Gepan ( Geipan sous sa forme actuelle, pour Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés), un véritable service du Centre national d’études spatiales (Cnes) lancé à la fin des années 1970, dont Martin Douaire a entendu parler pour la première fois au détour d’une conversation avec un chauffeur de taxi. « Ce sont les aventuriers d’une nouvelle science », estime Martin Douaire.

Durant leurs études, les deux jeunes auteurs ont rencontré à Toulouse Xavier Passot, l’actuel responsable du Geipan, qui les a mis en contact avec les pionniers du service « Nous n’avons pas rencontré le créateur du Geipan, Claude Poher, mais nous avons beaucoup échangé avec Alain Esterle (nommé second directeur du Gepan en 1978) et François Louange, l’informaticien du Gepan, qui a un peu inspiré le personnage de Remy », raconte Martin Douaire.

« Ovni(s) », un mélange des genres particulier

« Il y avait envie d’un univers fort, une envie de trouver un sujet qui nous permettrait de partir à la recherche d’un genre et d’un ton qui n’existait pas, de pouvoir mélanger les genres », explique Martin Douaire. Entre comédie de bureau, fantastique, burlesque et SF, Ovni(s) offre un cocktail assez inédit.

« Evidemment, X-Files est une inspiration. Didier Mathure, c’est un peu Scully qui deviendrait Mulder », assume Clémence Dargent. Et de poursuivre : « Mais on a essayé de ne pas rejouer les grands motifs des séries américaines sur les ovnis. » « Là où X-Files est sur la paranoïa, nous, on fait une série sur l’enthousiasme et la passion », ajoute Martin Douaire.

« Ovni(s) », « une sorte de métaphore de la crise du phallus »

Ovni(s) raconte « l’âge d’or de l’Ufologie », selon Clémence Dargent, à la fin des années 1970. « On avait envie d’explorer le monde que l’on n’a pas connu, celui dans lequel nos parents ont grandi, cette France crépusculaire des Trente Glorieuses où les choses commençaient à changer et où les certitudes commençaient à vaciller et où il y avait un enthousiasme général », détaille Martin Douaire. « On a essayé d’être fidèle à cette époque sans être parodique », ajoute François Ivernel de Montebello Productions.

« Le thème central de la série est le conflit entre le rationnel et l’irrationnel en chacun de nous. On ne voulait pas plonger complètement dans le fantastique, ni dans le sceptique. Et c’est tout le trajet que va faire Didier Mathure. C’est quelque chose qui parle beaucoup de notre époque », souligne Clémence Dargent.

Ovni(s) débute par un plan sur une fusée qui explose au décollage. « Une sorte de métaphore de la crise du phallus », analyse le réalisateur Anthony Cordier. « Cette série raconte les origines de notre monde à nous, et les origines de la crise du masculin, des hommes, de la redéfinition de la figure du père et de la famille », explique-t-il.

« Ovni(s) », une série sur des personnages décalés

Ovni(s) regarde les « gens qui se plantent, qui sont sur des combats un peu perdus d’avance, ou qui sont des loosers, mais sans moquer, avec une générosité et une bienveillance dans le regard », présente Martin Douaire.

Le héros Didier Mathure est « un père qui n’a pas ressenti ce qu’on est supposé ressentir vis-à-vis de ces enfants. Il s’est toujours senti un peu extraterrestre face à eux », poursuit-il. Après le fiasco de son projet spatial, Didier, sera mis face au désastre de sa vie personnelle et familiale par Elise (Géraldine Pailhas) et à des questions existentielles au contact de ses nouveaux collègues, Rémy (Quentin Dolmaire), Marcel (Michel Vuillermoz) et Véra (Daphné Patakia) et ovnis en tous genres.

« Tout le monde pense que Rémy, Véra et Marcel sont des extraterrestres parce qu’ils sont tous perchés et dans leurs délires, mais effectivement, tout est une question de contexte et il suffit d’être le plus sérieux dans un monde de fous pour avoir l’air du fou. La série joue sur c’est qui le fou de l’histoire », commente Melvil Poupaud. Ovni(s) explore ainsi le folklore du paranormal pour le faire résonner avec les trajectoires de ces personnages. Un pari singulier qui a séduit Canal+ au point que, chose inhabituelle pour une série pas encore diffusée, « on a déjà donné d’ores et déjà le feu vert pour la production de la saison 2 », annonce Fabrice de La Patellière.