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Qu’est-ce que le rasoir d’Ockham (ou d’Occam) ?

Qu’est-ce que le rasoir d’Ockham (ou d’Occam) ?

Moins, c’est plusLe rasoir d’Ockham est un principe philosophique utile en science comme en théorie de l’information. Voici pourquoi
Frédéric Henry pour 20 Minutes

Frédéric Henry pour 20 Minutes

L'essentiel

  • La théorie du « rasoir d’Ockham » a été énoncé au XIVe siècle par le philosophe Guillaume d’Ockham.
  • Ce principe appelle à privilégier, en logique ou en science, les hypothèses les moins complexes.
  • L’objectif est de gagner du temps et, surtout, d’éviter les erreurs de raisonnement.

Méconnu du grand public, le rasoir d’Ockham n’est pas un concurrent des rasoirs Bic, mais un principe philosophique qui a marqué l’histoire des sciences. Si vous en avez entendu parler, c’était probablement lors des débats houleux qui ont accompagné la crise du Covid ou au sujet d’une théorie du complot, et pour cause : cette lame tranchante est souvent employée pour démonter les argumentaires pseudoscientifiques ou conspirationnistes. Explications.

Qui était Ockham ?

Guillaume d’Ockham (ou d’Occam) est la francisation du nom d’un philosophe anglais, William of Ockham, qui vécut de 1285 à 1347. Sa logique implacable, qui remettait en cause certains postulats théologiques, le fit soupçonner d’hérésie par les autorités religieuses de son temps.

Qu’est-ce qu’un rasoir philosophique ?

Ce terme désigne un principe qui permet de « raser », autrement dit d’éliminer les hypothèses improbables pour comprendre un phénomène. Ces outils visent à se concentrer en priorité sur les données les plus vraisemblables et, in fine, les plus facilement vérifiables.

Que propose le rasoir d’Ockham ?

Dans ce souci d’économie, le rasoir d’Ockham propose que « les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité », parfois réinterprété en « les entités ne doivent pas être multipliées plus que nécessaire ».

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Ça veut dire que l’hypothèse la plus simple est probablement la bonne, du moins qu’elle doit être étudiée en premier. Attention : il ne s’agit pas de dire que l’hypothèse la plus simple est systématiquement la bonne, mais de se pencher sur elle en priorité. Si cela ne mène nulle part, il sera toujours temps d’en tester d’autres, plus complexes.

À quoi ça sert ?

Lorsque l’on souhaite démontrer ou comprendre un phénomène, certaines hypothèses comportent davantage d’« entités » (d’éléments) que d’autres. Plus une explication est compliquée, plus ses données sont difficiles à vérifier. Il s’agit donc de gagner du temps, mais aussi de ne pas multiplier inutilement les risques d’erreurs.

Un exemple simple

Des bruits nocturnes vous dérangent dans votre sommeil ? Les hypothèses « économes » sont qu’il s’agit de courants d’air, de boiseries qui gonflent ou de rongeurs plutôt que de fantômes. Pourquoi ? Parce que ces phénomènes sont avérés, bien compris et facilement identifiables. Postuler qu’il s’agit de fantômes implique de démontrer et d’expliquer l’existence de ceux-ci, donc de la vie après la mort, donc de l’âme, puis de comprendre comment les fantômes s’y prennent pour interagir avec le monde matériel et, si l’on est parvenu à tout ça, de développer une méthode efficace pour les chasser de chez soi. Vous aurez probablement plus vite réglé votre problème de bruit en cherchant une cause dont l’existence est déjà établie.

Pourquoi ça s’applique aux théories du complot et aux pseudosciences ?

Parce que celles-ci dépendent souvent de raisonnements tarabiscotés. Leur vraisemblance repose généralement sur des mille-feuilles argumentatifs composés d’éléments invérifiés, voire invérifiables.

Pour prendre un exemple simple (et peu polémique), postuler l’existence d’une Terre plate implique un nombre de complications… astronomiques. D’une part, expliquer les mouvements des astres, les cycles de la Lune et l’alternance jour-nuit devient un véritable casse-tête chinois. D’autre part, il faut expliquer comment une conspiration connue de centaines de milliers, voire de millions d’individus demeure secrète, comment il se fait que nul – y compris les « platistes », qui y auraient pourtant tout intérêt – ne soit parvenu à se rendre au bord de la Terre et à en ramener des images, etc.

Même (et surtout) si l’on n’a aucune compétence en physique, se fier au consensus scientifique est… plus « économe ».