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Non Vladimir Poutine, devenir « immortel » ne va pas être possible tout de suite

Pourquoi Vladimir Poutine délire (quand même) en parlant de vivre éternellement

fantaisieLe chef de l’Etat russe évoquait avec le président chinois des avancées scientifiques qui permettraient de « rajeunir en vieillissant » voire de « devenir immortel »
20 Minutes avec AFP

20 Minutes avec AFP

Vladimir Poutine, 72 ans, a-t-il peur de la mort ? Mercredi, une conversation autour de la possibilité de vivre éternellement a été captée entre Xi Jinping, et le président russe, en marge d’un défilé militaire organisé à Pékin. Alors que le président chinois évoque le fait d’être « encore un enfant à 70 ans », son homologue russe lui répond : « Avec le développement de la biotechnologie, les organes humains peuvent être transplantés continuellement, les gens peuvent rajeunir en vieillissant, et pourraient même devenir immortels ».

Et d’ajouter : « Certains prédisent que pendant le siècle en cours, il pourrait être possible de vivre jusqu’à 150 ans ». Mais Poutine raconte-t-il n’importe quoi ? Des recherches sérieuses existent pour interrompre certains aspects de notre vieillissement. Faisons le point.

La vie humaine a-t-elle une limite ?

Actuellement, aucune donnée scientifique n’appuie la possibilité de vivre pour toujours. Il n’existe même pas de consensus sur l’existence d’une limite biologique indépassable à la vie humaine.

« Le débat n’est pas tranché », résume auprès de l’AFP la professeure Ilaria Bellantuono, spécialiste de la biologie du vieillissement à l’université de Sheffield, en Angleterre.

Certains scientifiques constatent que, malgré de grands progrès mondiaux sur la santé et les modes de vie, les records de longévité stagnent, notamment depuis la mort à 122 ans de la française Jeanne Calment à la fin des années 1990.

Mais des démographes contestent cette lecture. Publiée en 2018 dans la revue Science, une étude montrait ainsi qu’au-delà d’un très grand âge, le taux de mortalité reste stable. Autrement dit, nous n’aurions pas plus de risque de mourir à 115 qu’à 105 ans.

Peut-on changer d’organes pour rajeunir ?

Le chef d’Etat russe parle de techniques qui permettraient de renouveler en permanence notre organisme pour le rajeunir éternellement. En particulier, le « remplacement d’organes ». « C’est du grand délire », tranche auprès de l’AFP le biologiste du vieillissement Eric Boulanger, chercheur au CHU de Lille (France).

Il liste tout ce qui ne va pas sur le plan éthique ou médical : il faudrait trouver en permanence des organes neufs, les interventions chirurgicales à répétition ne sont pas neutres pour notre organisme… Surtout, celui-ci ne se limite pas aux organes, il est aussi fait de tissus graisseux, d’os… Tous ces éléments jouent sur notre vieillissement, d’une manière complexe et interconnectée qui rend irréaliste l’idée d’agir en remplaçant un organe puis l’autre.

Des recherches sont-elles en cours ?

À travers le monde, d’importants financements sont accordés à des recherches autour de la notion de régénérescence du corps humain et de prolongation de l’espérance de vie. La « médecine régénérative » fait d’ailleurs partie d’un programme de recherche lancé en 2024 par le Kremlin et financé à hauteur 38 milliards de roubles (environ 400 millions d’euros).

Le sujet est aussi au cœur des préoccupations du mouvement transhumaniste, auquel adhèrent notamment plusieurs figures de la Silicon Valley comme le milliardaire Peter Thiel, soutien de Donald Trump.

Mais les pistes suivies, tels que des techniques d’immunothérapie pour éliminer les cellules vieillissantes, ne convainquent pas la grande majorité du monde scientifique, qui les juge trop simplistes et spéculatives.

Certaines recherches sont-elles prometteuses ?

Les chercheurs interrogés par l’AFP abordent notamment un moyen d’action prometteur : l’épigénétique. Celle-ci désigne la manière dont nos gènes se traduisent concrètement en mécanismes biologiques. Or, au fil du temps, notre matériel génétique tend à s’exprimer de moins en moins bien, un processus central dans le vieillissement.

Publiée dans la revue Aging Cell début 2025, une méta analyse, qui compile plusieurs études préalables, montre ainsi qu’une molécule connue pour jouer sur ces mécanismes, la rapamycine, aide à prolonger la vie de certains animaux.

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Mais rien ne dit encore que la molécule fonctionnera chez l’humain, et un message revient chez les chercheurs : au lieu d’hypothétiques moyens d’accroître notre espérance de vie, mieux vaut réfléchir à comment bien vivre le plus longtemps possible.