Paris Games Week : Doucement, le jeu vidéo avance sur le chemin de l’accessibilité
pas des PNJ (2/5)•Depuis une dizaine d’années, le secteur se mobilise pour permettre un accès à ce loisir au plus grand nombreQuentin Meunier
L'essentiel
- A l'occasion de la Paris Games Week, du 23 au 27 octobre 2024 à Paris Expo, dont 20 Minutes est partenaire, nous explorons la place des jeux vidéo dans nos vies de tous les jours.
- Depuis la fin des années 2010, des associations de joueurs, mais aussi les studios de développement des jeux vidéo, travaillent à sur l’accessibilité.
- Si les manettes et périphériques adaptés sont de plus en plus nombreux, et que les concepteurs de jeu prennent de plus en plus en compte les contraintes du handicap, il reste encore du travail à faire sur la labélisation et l’information.
Pour un gamer, rien de plus instinctif que l’usage d’une manette. Pourtant, son usage par les personnes handicapées est loin d’être acquis. Le jeu vidéo prend conscience, depuis tout juste une dizaine d’années des enjeux autour de l’accessibilité. Pourtant, selon une statistique de Microsoft, 400 millions de joueurs et de joueuses dans le monde connaissent une forme de handicap. Pour répondre à leurs problématiques, les acteurs multiplient désormais les initiatives.
Pour l’association CapGames, l’année charnière se trouve en 2017. « Avant, on criait un peu dans le désert. Beaucoup de personnes s’interdisaient de jouer, souffle Stéphane Laurent, secrétaire et chef du projet "Testing" de l’organisation. Mais la situation évolue avec le temps, selon les besoins. » Créée en 2013, CapGames s’occupe d’une multitude de tâches au croisement du jeu vidéo et du handicap, en passant en revue les sorties récentes, conseillant les joueurs sur le matériel adapté, ou encore en accompagnant d’une part des professionnels de santé et, d’autre part, les studios de jeu vidéo qui ont besoin d’aide.
Sensibilisation et tests
« En 2017, on reçoit un coup de fil d’Ubisoft : "On s’intéresse à l’accessibilité et vous êtes les seuls à en parler.", se souvient Stéphane Laurent. Après, on a rencontré le Sell (syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs) et le SNJV (syndicat national du jeu vidéo. » Aujourd’hui, CapGames sensibilise les équipes de développement en amont, mais aide aussi à identifier les mécaniques de jeu qui risquent de bloquer les personnes en situation de handicap ainsi que les solutions possibles. « On réalise des phases de test à plusieurs moments, avec des profils de handicaps très spécifiques », explique le secrétaire. Il raconte que l’association a ainsi accompagné des sorties récentes d’Ubisoft, comme Prince of Persia, The Lost Crown.
L’éditeur français semble faire partie des studios à avoir compris les enjeux. L’entreprise publie sur Internet des « Ubisoft Accessibility Spotlight », sorte d’interviews des équipes de développement des jeux à paraître, autour de ces questions. Et l’idée essaime un peu partout. Depuis 2020, la cérémonie des Game Awards, qui récompense les meilleurs jeux de l’année, a même créé une catégorie spécifique pour récompenser les meilleures innovations en matière d'accessibilité côté logiciel. En plus de The Last of Us part II et God of War Ragnarök, deux épisodes de la série de jeux de courses Forza, développés par Microsoft, ont notamment été récompensés. Forza Motorsports propose par exemple une multitude d’options personnalisables, de la présence d’audiodescriptions à une aide à la conduite et une possibilité d’ajuster finement la difficulté des courses.
Des manettes innovantes
Côté matériel, la manette Xbox Adaptive de Microsoft reste la figure de référence depuis sa sortie en 2018. Il s’agit en fait d’une base sur laquelle peuvent se brancher tout un tas de modules, permettant aux personnes en situation de handicap d’adapter le périphérique à leurs contraintes. Six ans après, la marque s’apprête à compléter son offre l’Adaptive Joystick, conçu pour les joueurs à mobilité réduite. Sony a emboîté le pas en proposant fin 2023 sa propre manette accessible et modulable, le Playstation Access. Une habitude issue de l’origine des manettes adaptées, souvent faite sur mesure avec de l’impression 3D et un peu de bricolage. Mais, dans ce domaine, bidouille n’est pas contraire d’innovation. En 2023, Valentin Squirelo a obtenu une médaille d’or du concours Lépine grâce à playAbility, une clé USB compatible avec les consoles et les PC, permettant de contrôler le jeu grâce aux commandes d’un fauteuil roulant ou même la reconnaissance faciale.
Encore faut-il communiquer auprès des joueurs sur ces avancées. L’association CapGames publie des tests accessibilité avec des notes spécifiques, « en avant-première ou le plus tôt possible après la sortie, car c’est une information importante pour le joueur », détaille Stéphane Laurent. Mais avec quelques autres blogs ou chaînes YouTube, souvent anglophones comme Can I play that ?, ils ne sont qu’une poignée. « C’est une des raisons, complète le responsable du projet au sein de l’association. D’autant qu’on sait que ces articles sont aussi lus par les développeurs. »
Après les associations, les studios et les constructeurs, la balle est dans le camp des distributeurs et des institutions. « On essaye de pousser la création d’une certification ou une labélisation, avance par exemple Stéphane Laurent. On a pris contact avec des organismes comme PEGI (Pan European Game Information, le système d’information européen du jeu vidéo sur les restrictions d’âge), mais comme c’est au niveau européen tout est très long. » Malgré les progrès, il reste encore des points à marquer.



















