Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Les « game jam », ou le développement des jeux vidéo en un temps record

Dans les « game jam », des passionnés développent des jeux vidéo en un temps record

SpeedrunChaque année, des développeurs amateurs relèvent le défi de la Global Gam Jam : développer un jeu vidéo en quarante-huit heures
Quentin Meunier

Quentin Meunier

L'essentiel

  • La « Global Game Jam » est un événement international de création de jeux vidéo en quarante-huit heures, organisé cette année par le Cercle de l’orbite galactique dans une salle de la Gare expérimentale à Paris.
  • A la Gare expérimentale, à Paris, 35 personnes ont participé par l’événement organisé l’association le Cercle de l’orbite galactique.
  • Tout le monde travaille dans une ambiance bonne enfant, malgré les difficultés que représentent un tel défi en matière d'organisation.

Dans une des salles de la Gare expérimentale, porte de Pantin, ça travaille dur, ce samedi. Ça papote sur fond de musique électro et de bande-son de jeux vidéo, à la salle lumière des écrans d’ordinateur ou presque. Ça tourne au café et à la chouquette. Objectif : avoir une démo de jeu vidéo jouable avant la fin de week-end.

Dans ce tiers-lieu, 35 personnes réparties en cinq groupes participent à la Global Game Jam. Comme 35.000 autres participants inscrits dans le monde, ils tentent de réaliser un jeu vidéo en seulement quarante-huit heures. Cet événement international existe depuis quinze ans, et propose à des développeurs de toute la planète de relever ce genre de défi sur une période similaire, traditionnellement le dernier week-end de janvier.

Le week-end a commencé vendredi à 18 heures par une « rencontre créative », avec des discussions et des exercices « inspirés du yoga du rire ». De quoi surtout briser la glace, trouver des premières idées sur le thème de la Global Game Jam 2024 (« Fais moi rire ») et constituer des groupes, car la majorité des participants ne se connaît pas avant. Après, c’est parti pour deux jours de rush. Personne n’est pris en otage et rentrer chez soi est autorisé, mais une salle de sieste est même mise à disposition.

Un art ludique

Il s’agit de la deuxième année où le Cercle de l’orbite galactique (COG) organise une game jam. Le groupe se décrit comme une « association d’art ludique et numérique ». « Je suis passionné de code sans en avoir fait jusqu’ici, et surtout, d’art numérique, explique Maxime Richard, son trésorier et organisateur de l’événement. Dans le monde du jeu vidéo, on développe ces intentions. »

Selon ses propres dires, sa vision d’assistant-réalisateur - il a aussi participé une dizaine de fois au 48 Hour Film Project, le même événement pour les courts-métrages - l’a préparé à son rôle de pilote lors de cette game jam. « Mon jeu à moi, c’est d’organiser la partie, comme un maître du jeu, glisse-t-il. J’ai aussi prévu la création d’un petit jeu sur papier pour m’occuper pendant les temps morts. »

Se défoncer sans pression

Un peu avant 16 heures, des volontaires du COG passent parmi les groupes pour tester des premiers segments de jeu jouables. Histoire de s’assurer qu’il n’y a pas de dérapage en vue avant de rendre quelque chose de jouable le lendemain à 19 heures. « Vendredi, c’est une ambiance de hippie. Samedi, on voit les premières tensions apparaître », constate Maxime Richard.

« Les obstacles ça peut être un gars bourré, une canette de bière… » « Tu vois le film avec JCVD et Dennis Rodman ? » A une des tables, on est en pleine séance de brainstorming. Une équipe de six développe Zinzinbyrinthe, une collection de mini-jeux loufoques. « On est plutôt bien, estime Gabriel, dev diplômé depuis deux ans. C’est quarante-huit heures à se défoncer sans pression. » Plusieurs participants ont des rôles en lien avec leur vrai métier, mais il y a aussi de purs amateurs. « L’an dernier, on a eu un collaborateur parlementaire qui était passionné de jeu vidéo », assure par exemple Maxime Richard.

« C’est la gestion de projet qui est intense »

La game jam organisée par le COG est aussi ouverte aux jeux de société et aux jeux hybrides. Les groupes les plus courageux sont libres de créer leur propre manette ou des bornes d’arcade. L’un des groupes, composé d’un collectif de jeux forains et d’une recyclerie de bornes d’arcade profite justement de l’atelier de la Gare expérimentale pour mettre au point une histoire interactive utilisant divers leviers et boutons. A l’étage, Etienne modélise une tortue, à côté d’une salle de sieste. « On est fatigués, angoissés, mais ça va », sourit-il. Pour lui, le plus grand défi n’est pas technique. « Il y a des problématiques de temps et d’organisation qu’on avait essayé d’anticiper, mais qu’on se mange quand même, décrit-il. Avec les contraintes, c’est plutôt la gestion de projet que le développement qui est intense. » Son groupe doit par exemple communiquer avec un musicien à distance.

Dimanche soir, c’est l’heure du rendu et du test des jeux. Les projets sont d’ailleurs tous jouables sur le site de la Global Game Jam. Au-delà des projets amateurs et funs, les game jam sont aussi devenus un exercice relativement répandu dans les écoles de jeu vidéo ou les incubateurs d’entreprise. Quelques succès commerciaux ont même vu le jour dans ce genre d’événement, comme Celeste en 2018. Mais c’est surtout une occasion de s’éclater pendant quarante-huit heures autour d’une passion commune. « Avant d’être une compétition de techniciens, c’est une aventure humaine », résume Maxime Richard.