01:25
Egypte : « La fille du bus » qui avait dénoncé son harceleur sur TikTok, menacée de mort en ligne
RESEAUX SOCIAUX•Les images devenues virales ont, au-delà de quelques mots de soutien, surtout engendré une avalanche de commentaires vindicatifsH. B. avec AFP
Depuis qu’elle a publié le visage de son harceleur sur les réseaux sociaux, Mariam Shawky essuie une vague de menaces de mort, reflet d’une société égyptienne où les victimes de harcèlement de rue se heurtent souvent à l’hostilité collective.
La comédienne, âgée d’une vingtaine d’années, avait diffusé lundi une vidéo tournée dans un bus bondé du Caire, pour dénoncer un homme qu’elle accuse de l’avoir traquée et harcelée plusieurs fois près de son lieu de travail.
« C’est quoi ces vêtements que tu portes ? »
« Cette fois, il est monté derrière moi dans le bus […] et s’est permis des propos déplacés », avait dit sur son compte TikTok celle que les médias ont surnommée « la fille du bus ». Elle avait espéré un instant être soutenue par les passagers… « mais les gens se sont rangés de son côté ».
Ses images montrent des hommes au fond du bus la toiser tandis qu’elle interpelle son harceleur. Lui, sourire en coin, la traite de « poubelle » et raille sa tenue : « C’est quoi ces vêtements que tu portes ? », avant de s’approcher et d’esquisser un geste violent. Mariam Shawky crie, mais personne n’intervient. Un passager, chapelet à la main, lui ordonne même de s’asseoir et de se taire. Un autre finit par enlacer l’homme pour le faire asseoir.
« Je serai le premier à te tuer »
Les images devenues virales ont, au-delà de quelques mots de soutien, surtout engendré une avalanche de commentaires vindicatifs encouragés par certaines personnalités publiques. « Elle porte un piercing […] c’est évident ce qu’elle cherche », lance le chanteur Hassan Shakosh. « Je serai le premier à te tuer », promet un internaute. « Si on t’éliminait, personne ne te pleurerait », assène un autre.
Au lendemain de la publication de Mariam Shawky, « l’individu apparaissant dans les vidéos a pu être identifié et interpellé », a annoncé le ministère de l’Intérieur. « Confronté aux faits », il « a nié avoir commis l’infraction ou avoir rencontré auparavant la victime ». Selon la presse locale, il a été relâché sous caution de 1.000 livres égyptiennes (environ 17 euros), avant d’être détenu à nouveau pour une affaire antérieure de détournement de fonds.
Une loi punissant le harcèlement de rue
La séquence a ravivé une question qui tourmente la société égyptienne depuis des années. Dans une étude de l’ONU en 2013, 99,3 % des Egyptiennes disaient avoir enduré au moins une forme de harcèlement, plus de 80 % être régulièrement importunées dans les transports.
En 2014, une loi punissant le harcèlement de rue a été adoptée. Mais depuis, les changements sont peu visibles. L’application de la loi de 2014 reste opaque, et les autorités n’ont jamais donné de chiffres de condamnations.



















