Intelligence artificielle : Après trois ans d’hégémonie, OpenAI (ChatGPT) est peu à peu rattrapé par la concurrence
DÉGRINGOL (IA) DE•Son patron Sam Altman a prévenu ses équipes que le groupe pourrait connaître « un contexte chahuté »O.M.
Le secteur de l’intelligence artificielle (IA) est loin d’être figé. Ainsi, après trois ans au sommet – et si ChatGPT l’a catapultée comme aucune start-up avant elle –, OpenAI est rattrapé par la concurrence, suscitant critiques – et doutes – dans le milieu de la tech et chez les investisseurs.
Une stratégie trop ambitieuse ?
« OpenAI est le prochain Netscape, condamné et en pleine hémorragie de cash », a ainsi écrit sur X, début décembre 2025, l’investisseur Michael Burry, rendu célèbre par le film The Big Short. Il faisait référence au portail qui contrôlait, début 1996, près de 90 % du marché des navigateurs internet… mais plus que 1 % neuf ans plus tard.
« C’était écrit », a surenchéri Gary Marcus, chercheur connu pour son scepticisme à l’égard de la façon dont se structure l’écosystème autour de l’intelligence artificielle (IA). « OpenAI a perdu son avance et a voulu beaucoup trop en faire ».
Google se rapproche de jour en jour
La jeune entreprise de San Francisco restera, à jamais, le génie qui a fait sortir l’IA générative de sa bouteille. Son désormais célèbre chatbot ChatGPT a battu, haut la main, tous les records de croissance pour un produit grand public, passé de rien en novembre 2022 à plus de 800 millions d’utilisateurs par semaine actuellement.
Côté pile, sa valorisation atteint 500 milliards de dollars, un montant de très loin inédit avant que SpaceX ne la détrône, il y a quelques jours. Mais côté face, OpenAI va finir l’année sur une perte de plusieurs milliards de dollars et ne prévoit pas d’être rentable avant 2029.
La même entreprise s’est engagée à payer plus de 1.400 milliards de dollars à des fabricants de puces et bâtisseurs de centres de données pour démultiplier ses capacités de calcul, cruciales pour le développement de l’IA. Mais sa trajectoire financière pose question, d’autant que Google revendique désormais 650 millions d’utilisateurs mensuels de son interface d’IA Gemini.
« Alerte rouge » chez OpenAI
Commercial hors pair, charmeur, le patron d’OpenAI, Sam Altman, a montré, pour la première fois, des signes d’agacement en réponse à une question sur ces contrats à plus de mille milliards début novembre 2025.
Quelques jours plus tard, il a prévenu, en interne, que le groupe risquait de connaître « un contexte chahuté » et un « environnement économique défavorable », mentionnant les avancées de Google. Il a ensuite lancé une « alerte rouge », enjoignant à ses équipes de concentrer leurs efforts sur ChatGPT.
Des investissements aussi massifs qu’hasardeux
Jeudi 11 décembre 2025, OpenAI a dévoilé un nouveau modèle d’IA, GPT-5.2, dont les performances se situent aux premiers rangs dans beaucoup d’évaluations, annonçant, le même jour, un partenariat d’ampleur avec Disney.
« OpenAI investit de très très grosses sommes d’argent dans la mise au point de ses modèles, mais quant à savoir comment cela va se traduire économiquement, ce n’est pas clair », estime Ashu Garg, associé au sein de la société de capital-investissement Foundation Capital.
Une chute, mais pas d’implosion
« Je m’attends depuis longtemps à ce que la valorisation d’OpenAI baisse parce que la concurrence se rapproche et que sa structure capitalistique n’est vraiment pas adaptée, mais elle continue à monter », observe Espen Robak, spécialiste reconnu de la valorisation d’actifs non cotés au sein du cabinet Pluris Valuation Advisors.
Selon les avis, cette période plus inconfortable pourrait amener OpenAI à repousser son entrée en Bourse… ou, au contraire, à l’accélérer pour en appeler aux petits épargnants, dont plusieurs millions restent fascinés.
Certains reprochent aussi au petit prince de l’IA de s’être trop diversifié, des infrastructures au réseau social vidéo Sora, en passant par la conception d’un appareil connecté. Mais en dehors de quelques commentateurs radicaux, très rares sont ceux qui voient OpenAI imploser.
Un « gâteau » de plus en plus convoité
« Il n’y aura pas de vainqueur » dans la course à l’IA, prédit Angelo Zino, analyste de CFRA, « mais il faudra plusieurs fournisseurs de modèles de qualité », parmi lesquels OpenAI, qui peut réussir sans rester numéro un, selon lui.
Notre dossier « Intelligence artificielle (IA) »En cette période plus agitée, la présence au capital d’un actionnaire de référence comme Microsoft (27 % du capital) est précieuse, d’autant que le partenariat étroit avec le créateur de Windows lui assure des revenus récurrents et considérables. « Toutes ces entreprises auront leur part du gâteau », insiste Angelo Zino, « et le gâteau va devenir beaucoup plus gros ».


















