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Pourquoi la voracité de l’IA va faire flamber les prix de la high-tech

« On a des tarifs qui ont pris 400 % »… Pourquoi la voracité de l’IA fait flamber les prix de la high-tech

ça ramEn un mois, le prix du giga octet de mémoire vive pour les PC (DRAM) a explosé en raison de facteurs liés à l’intelligence artificielle. Et la hausse devrait se poursuivre, pénalisant le marché des PC, mais aussi des smartphones, des voitures…
Mikaël Libert

Mikaël Libert

L'essentiel

  • Le prix de la mémoire vive (DRAM) flambe à cause de la forte demande des géants de l’IA et d’une production qui n’augmente pas de manière exponentielle.
  • Micron, l’un des trois seuls fabricants mondiaux de puces DRAM avec Samsung et SK Hynix, a annoncé se retirer du marché grand public en arrêtant sa marque Crucial pour privilégier les clients stratégiques de l’intelligence artificielle, créant ainsi une pénurie sur le marché grand public.
  • Les professionnels anticipent une hausse massive des prix des ordinateurs grand public, entre 20 à 30 % aujourd’hui, et de l’ordre de + 50 à + 60 % pour les PC d’ici avril prochain, sans perspective de baisse avant 2028.

Pas besoin d’être un geek pour savoir qu’un ordinateur possède de la mémoire, sous la forme d’un disque dur pour stocker le système d’exploitation, les applications et les photos du chien, et sous la forme de mémoire vive. Pour cette dernière, appelée RAM (Random Access Memory), il en existe aussi deux types, la SRAM, liée au processeur, et la DRAM, sorte de mémoire tampon dont on peut augmenter la capacité à l’aide de barrettes additionnelles. Et c’est justement le prix de la DRAM qui est en train de flamber à cause de l’IA et fait, mécaniquement, flamber le prix des ordinateurs, mais pas que.

Mercredi 3 décembre, Micron, l’un des plus gros acteurs mondiaux de la fabrication de mémoire pour les ordinateurs, a annoncé se « retirer du marché grand public » en arrêtant sa marque Crucial. Sous cette marque, les particuliers pouvaient se procurer à prix raisonnables des disques durs SSD et, surtout, de la DRAM pour booster leurs PC. Cette décision n’a rien à voir avec une éventuelle perte de vitesse du marché grand public, mais plutôt à la croissance phénoménale d’un autre marché, celui de l’intelligence artificielle, très gourmand en mémoire et en stockage. L’idée pour Micron est ainsi « d’améliorer l’approvisionnement et le support pour ses clients stratégiques les plus importants dans les segments à forte croissance », a déclaré Sumit Sadana, vice-président exécutif de l’entreprise.

Une hausse anticipée déjà répercutée sur les consommateurs

Seuls trois fabricants de semi-conducteurs au monde sont capables de fabriquer les puces DRAM : Micron, Samsung et SK Hynix. Et, à l’instar de Micron, les deux autres se font aussi vampiriser par les géants de l’IA, tels qu’OpenAI, dont la demande en DRAM pour leurs data centers explose. Du coup, comme la demande en modules DRAM augmente mais que la capacité de production, elle, reste stable, ce sont les prix qui en pâtissent. « Les produits que l’on achetait 80 dollars il y a trois mois, on les achète aujourd’hui 400 dollars », reconnaît Philippe Haneuse, patron du grossiste en matériel informatique 1Foteam. Même constat chez un petit revendeur lillois. « On a des tarifs qui ont pris 400 % en quelques mois seulement », déplore Jérôme Hoarau, co-gérant de Ma boutique micro.

La mécanique est horriblement simple. La demande croissante étant tout bénéf pour eux, les producteurs de modules DRAM refusent désormais les contrats stabilisant les prix sur une certaine durée. Et derrière, c’est toute une chaîne qui est dans l’incertitude. Les fabricants de barrettes de mémoire, « mais aussi tous les fabricants de matériels électroniques embarquant des modules de DRAM, comme les cartes graphiques, les téléphones, les téléviseurs, les voitures… », liste Philippe Haneuse. Ne sachant pas à quelle sauce ils vont être mangés, ils anticipent les hausses des prix de leurs fournisseurs et les répercutent sur les prix publics de leurs produits.

La pénurie ne va rien arranger

Le détaillant et le grossiste n’ont pas eu d’autre choix que de suivre, même s’ils ont tous deux tenté d’anticiper en constituant des stocks. « Encore fallait-il avoir la trésorerie et qu’il y ait de la disponibilité auprès de nos fournisseurs », explique le patron de Ma boutique micro. « Faire des stocks, oui, mais à quel prix ? Le tout étant de savoir à quel prix le consommateur va arrêter d’acheter », ajoute Philippe Haneuse.

Parce qu’outre les prix désormais faramineux, revendeurs et distributeurs se heurtent à une pénurie qui ne risque pas d’améliorer la politique tarifaire. Selon le patron de chez 1Foteam, Samsung n’a aucune intention d’augmenter sa production de modules DRAM. « Ils ont eu le coup à la période du Covid et s’étaient retrouvés avec des stocks à écouler en cassant les prix », affirme-t-il. Au contraire, le géant sud-coréen veut maintenir « une rentabilité à long terme » comme il l’a expliqué dans une conférence investisseurs selon Frandroid. D’autant que l’engouement des géants de l’IA pour le hardware pourrait bien cesser brutalement si la fameuse « bulle de l’IA » venait à exploser.

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Concrètement, les professionnels reconnaissent donc que les tarifs grand public des ordinateurs sont déjà et seront encore « extrêmement impactés ». Dans une moindre mesure d’abord, « entre 20 à 30 % aujourd’hui », estime Jérôme Hoarau. « Mais ce sera davantage de l’ordre de + 50 à + 60 % pour les PC d’ici avril prochain », renchérit Philippe Haneuse. Et il n’y a aucune perspective de baisse à court terme, « du moins pas avant 2028 », ajoute-t-il.