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Clapper, le nouvel Eldorado sans limite des « exilés » de TikTok ?

Pour les « exilés » de TikTok, l’application Clapper est-elle un nouvel Eldorado sans limite ?

copie non conformeJugé trop restrictif, peu rémunérateur et opaque dans son mode de fonctionnement, TikTok a vu de nombreux utilisateurs migrer vers son clone américain, l’application Clapper
Mikaël Libert

Mikaël Libert

L'essentiel

  • En 2020, un entrepreneur américain a lancé un réseau social baptisé Clapper, une sorte de clone de TikTok mais avec pour cible les adultes de 30 ans et plus.
  • Ce réseau social, qui revendique 10 millions d’utilisateurs mensuels, prône la liberté d’expression et fait preuve d’une modération plus souple malgré des conditions d’utilisation strictes.
  • Une souplesse qui permet certaines dérives, comme la tenue de propos complotistes ou la mise en ligne de contenus sexuellement explicites.

On ne sait pas exactement combien TikTok compte d’utilisateurs à travers le monde. L’agence Reuters, citant la plateforme, mentionnait quelque 200 millions d’accros à ce réseau social en 2025 en Europe. Certaines sources plus ou moins fiables évoquent près d’1,6 milliard d’utilisateurs de ce réseau social dans le monde. Une hégémonie légèrement égratignée depuis quelques années avec l’arrivée de Clapper, le TikTok made in USA.

Si les mauvaises langues se plaisent à dire que les Chinois sont des as de la copie, cette fois, la palme revient aux Américains. Parce que l’application Clapper n’est rien d’autre qu’un clone de l’application TikTok. L’interface est la même, la disposition des éléments à l’écran est identique, ainsi que les fonctionnalités. On retrouve les « pour toi » et même la possibilité de faire des lives. Certes, l’outil de création de vidéos intégré à TikTok est plus développé et plus performant, mais Clapper propose quand même la base.

« Dix millions d’utilisateurs actifs mensuels »

Cette application est née à Dallas, au Texas, en 2020. Dans le Dallas Observer, son créateur, un certain Edison Chen, entendait surfer sur le succès de TikTok mais en adaptant le concept aux adultes. Et si Chen assume viser les trentenaires et plus, on peine à déterminer comment cela se traduit concrètement dans son appli. Pour autant, Clapper fait son chemin et revendiquait, dans un communiqué publié en janvier dernier, « dix millions d’utilisateurs actifs mensuels ».

Parmi eux, beaucoup s’identifient sous le hashtag « TikTok refugee », notamment des créateurs de contenus français de plus en plus nombreux. « En France, l’engouement pour Clapper semble avoir connu une intensité particulière en novembre avant de s’amenuiser par la suite », confirme à 20 Minutes David Dubois, professeur de marketing digital et spécialiste des réseaux sociaux à l’INSEAD.

« Trois ans de boulot pour rien », déplore Tiibox, dont les deux comptes TikTok ont été « ban pour rien ». Passée elle aussi sur Clapper sans pour autant supprimer son compte sur l’app chinoise, Marie déplore n’avoir « jamais pu obtenir de certification sur TikTok malgré [ses] 100.000 abonnés ». « A peine ouvert un live je reçois une restriction parce que je ne présente pas de produits de TikTok shop », s’énerve Damien, un autre réfugié.

« Une version ''Black Mirror'' de TikTok »

Parmi tous ces Français passés sur l’app américaine, on remarque qu’ils sont un grand nombre à avoir des trucs à vendre : « Beaucoup de créateurs voient en Clapper une voie plus directe pour convertir l’engagement en revenus, sans attendre les programmes publicitaires », analyse David Dubois. En effet, la plateforme propose plein de solutions pour faire des sous : « pourboires, abonnements Clapper Fam, livestream payants et boutique intégrée », liste le spécialiste. Une « pression constante aux cadeaux monétaires » qui a fait fuir Aurélien : « J’ai vraiment eu l’impression de découvrir une version ''Black Mirror'' de TikTok », assure-t-il à 20 Minutes.

Mais il y a une autre motivation que l’argent, comme l’explique Zouzou : « Clapper c’est pareil que TikTok, mais sans aucune restriction ». C’est donc ça le truc, on pourrait y faire ce que l’on veut sans risquer de sanctions, notamment parce que Clapper est censé être réservé aux personnes de plus de 18 ans. « Clapper se présente comme plus favorable à l’expression ''authentique'', avec une modération moins centralisée que sur d’autres grandes plateformes, ce qui attire des créateurs qui estiment être sanctionnés ailleurs », reconnaît le spécialiste de l’INSEAD.

Certes, Clapper a des règles de communauté et des conditions d’utilisation qui interdisent de publier, entre autres, des contenus illégaux, à caractère sexuel ou violents. Mais dans les faits, l’application de ces règles est plus nuancée. Encourager ses utilisateurs à exercer leur liberté d’expression en s’opposant « à la censure et au shadowbanning » occasionne des dérapages incontrôlés. En janvier 2021, après avoir été bannie des autres plateformes, la mouvance complotiste pro Trump QAnon avait trouvé refuge sur Clapper, et ses contenus avaient été largement diffusés dans les « pour toi » des utilisateurs, selon The Verge. Idem pour des comptes véhiculant de la propagande antivax.

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Alors d’accord, ces contenus ont finalement été supprimés à force de signalements. Mais il y en a d’autres tout aussi problématiques, qualifiés de « olé olé » par les Français qui débarquent. Pour tomber dessus, pas besoin de chercher, il suffit de scroller les lives. Si la plupart des directs coquins sont diffusés en mode « ne pas déranger », accessibles uniquement aux abonnés, certains sont en clair. On peut notamment échouer sur une caméra filmant un mouvement très suggestif sous une couverture. Outre le sexe, d’autres thématiques bannies des réseaux plus populaires passent crème sur Clapper. Au choix, des vidéos de personnes manipulant des armes ou montrant un gars se préparer un bang au calme.