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Une journée avec seulement deux heures d’écran, ça ressemblerait à quoi ?

Une journée entière avec seulement deux heures d’écran, ça ressemblerait à quoi ? On vous raconte

Sobriété numérique« 20 Minutes » s’est amusé à imaginer à quoi pouvait ressembler une journée avec un temps d’écran hyper restreint, sur le modèle qu’expérimente une ville japonaise
Quentin Meunier

Quentin Meunier

L'essentiel

  • La ville japonaise de Toyoake a adopté un arrêté limitant le temps d’écran à deux heures par jour pour sensibiliser les habitants, sans contrôle ni sanctions. En France, 72 % des gens dépassent cette limite quotidiennement.
  • Quand on s’imagine une journée presque sans écran, on voit vite à quel point ils sont omniprésents : en allant au boulot, pour travailler, se divertir et même aux toilettes.
  • L’expérience paraît possible sur une journée mais sur le long terme, elle pousse à s’interroger sur notre mode de vie.

Au Japon, la ville de Toyoake a pris un arrêté original : limiter le temps d’écran des habitants à deux heures par jour. Cette décision ne va mener à aucun contrôle ou contravention - la police ne débarquera pas chez les gens à la 121e minute passée sur TikTok. Symbolique, elle vise à sensibiliser les habitants au temps passé sur les écrans et à les encourager à redécouvrir les interactions sociales. Mais concrètement, à quoi ressemblerait une journée si on avait vraiment une telle limite ? Imaginez un peu :

8h00 : Deux heures restantes

Première étape : le matin. Une fois que le réveil de Fabien* a sonné, il range tout de suite son téléphone. Tant pis pour la radio ou son petit shot de dopamine. Dès le début de la journée, il sait qu’il va devoir jouer défensif. Selon une étude de l’Arcep parue en mars, 72 % des Français passent plus de deux heures par jour sur les écrans, et 25 % plus de cinq heures.

Fabien se retrouve donc à petit-déjeuner sans écran. Il boit son café en regardant la pluie tomber sur ses fenêtres, tel un poète. Dans le silence matinal de son appartement, il redécouvre des bruits oubliés : ça fait longtemps que la machine Nespresso grince comme ça ? Et depuis quand il y a une cour d’école en bas de chez lui ? Il note : acheter une radio à pile, quand même.

8h30 : Une heure quarante restante

Grand moment de solitude dans le métro. Fabien a pris un livre, mais son cerveau habitué à la surstimulation des vidéos verticales ne tient pas plus de cinq pages. Il faut dire que Guerre et Paix, c’était peut-être pas le meilleur choix pour une remise en jambes.

Quand il lève les yeux, Fabien se rend compte que tout le monde ou presque a les yeux rivés sur son smartphone. Les quelques autres dorment, écoutent de la musique. Quelques-uns grugent en zyeutant la série de leur voisin. On n’est clairement pas sur un projet de redécouverte du lien social oublié.

Allez, Fabien s’autorise quand même dix-quinze minutes d’écran, histoire de checker ses mails et de consulter l’actu (et de vérifier si le gouvernement Lecornu II est encore là où il l’a laissé hier soir). Mais il a mis le doigt dans l’engrenage. Et s’il en profitait pour s’acheter la paire de baskets qu’il a vue hier sur Internet ? Ou pour aller voir les storys de Pierre, son ami du collège qu’il n’a pas vu depuis quinze ans mais dont il suit toutes les vacances sur les réseaux sociaux ? Heureusement, l’arrêt du métro le ramène à la réalité.

9h30-12h30 : Une heure quinze restante

L’écran pour le boulot, ça ne compte pas, sinon Fabien aurait clairement explosé le compteur. A Toyoake aussi, l’arrêté exclut le temps de travail et d’étude. En sortant vapoter devant l’immeuble, notre cobaye redécouvre le quartier (ce restaurant japonais, ça fait longtemps qu’il est là ?).

Pause déjeuner ! Fabien limite le scroll sur LinkedIn et découvre les déjeuners les yeux dans les yeux avec ses collègues à la cantine. C’est la première fois qu’il discute avec Manon, qui travaille pourtant en face de lui depuis huit ans. Ils rendent compte qu’ils ont été dans le même lycée du fin fond de l’Eure, c’est fou !

Cette belle rencontre est malheureusement interrompue : « Il a dépassé ses deux heures ! », hurle quelqu’un à la table d’à-côté en désignant son collègue meurtri. Le coupable sort sous les huées de la cantine.

14h-18h30 : Quarante minutes restantes

Malgré toute sa bonne volonté, Fabien finit forcément par sortir son téléphone : entre deux tâches professionnelles, pour montrer ses photos de vacances à la pause-café ou même sur les toilettes (d’après une étude d’Elabe de 2019 pour Axa, un peu moins d’un Français sur deux emmène son téléphone au petit coin). Entre ça et une petite visite sur les réseaux sociaux pendant le trajet retour, c’est presque une heure supplémentaire d’écran qui file.

Sur la route du retour, il croise un homme encapuchonné. C’est un dealer, qui lui propose de lui revendre un téléphone d’occasion avec trente minutes d’écran supplémentaire. Il hésite, puis refuse.

21h : Cinq minutes restantes

Faut-il compter la musique que l’on met dans ses oreilles comme du temps d’écran ? Certes, on n’est pas connecté avec le monde qui nous entoure, mais les effets sur l’attention, les yeux, la fatigue ne sont pas les mêmes. Le téléphone catégorise cela comme de l'« usage en arrière-plan », et Fabien décide donc que ça passe. Il peut aller faire une petite séance de sport tranquillement en écoutant sa playlist.

En revanche, après le dîner, il dérape. Voyant qu’il a encore de la marge, il s’autorise à ouvrir TikTok. Le drame. Une vidéo laisse place à une autre et ainsi de suite : le chat, le sketch débile, cet influenceur qui présente des chaussures et qui lui rappelle qu’il n’a toujours pas acheté sa paire de baskets… Résultat : il crame presque tout ce qu’il lui reste de budget. Le trentenaire en est à se demander s’il n’aurait pas dû configurer une alerte ou une limite, comme le permettent de plus en plus de téléphones et d’applis, même pour les adultes.

22h : Temps écoulé

Défait, Fabien dit adieu à l’idée de regarder une vidéo YouTube ou une série sur Netflix avant d’aller dormir. Il ressort sans conviction Guerre et Paix. S’occupe comme il peut. Et décide finalement de se coucher tôt. Sa dernière pensée sur l’oreiller ? A moins de changer de vie et de partir méditer à la montagne, il n’est pas près de se passer des écrans.

* Un personnage fictif, vous l’aurez sûrement deviné