Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Polémique, défi, vocation… L’ascension de l’Everest par Inoxtag fait débat

Inoxtag sur l’Everest : Défi, « vidéo YouTube », vocation… L’ascension de l’influenceur crée des polémiques et des débats

BONNE OU MAUVAISE IDÉE ?Le youtubeur Inoxtag s’apprête à gravir l’Everest, plus haut sommet de l’Himalaya, de 8.800 m d’altitude, courant avril
Elise Martin

Elise Martin

L'essentiel

  • Malgré les critiques que son annonce a suscitées, le 10 avril, le youtubeur Inès Benazzouz, connu sous le pseudo Inoxtag, s’envolera pour aller gravir le mont Everest.
  • Ce créateur de contenus de 22 ans s’est lancé dans cette aventure il y a un an, sans aucune expérience de l’alpinisme.
  • Mathis Dumas, alpiniste et guide de haute montagne qui l’accompagne dans ce projet, assure « qu’il est prêt ».

«Que ce soit un échec ou une réussite, quoi qu’il arrive, rendez-vous en 2024, au pied du mont Everest. » Le 24 février 2023, Inoxtag – Inès Benazzouz de son vrai nom – avait annoncé à ses près de 7,5 millions d’abonnés sur YouTube qu’il souhaitait réaliser « quelque chose dont [il] se sentait incapable » et dont il « rêvait depuis longtemps ».

Ce 10 avril, le jeune de 22 ans qui ne connaissait donc rien à l’alpinisme, s’apprête à s’envoler pour le Népal et gravir « le toit du monde », 8.848 m de haut, avec une préparation de « seulement » un an. Il reconnaît lui-même que ce défi représente « l’entraînement de toute une vie » et qu’il peut paraître « inconscient ».

Son projet a effectivement « divisé » le monde de la montagne, entre les polémiques autour de l’écologie, de la sécurité, et de cette « lubie » des créateurs de contenus à vouloir « toujours plus ». Malgré les critiques, le gamer est « prêt », selon Mathis Dumas, alpiniste et guide de haute montagne, qui l’accompagne depuis le début de cette aventure.

« "Youtubeur + Everest" ? Mauvaise idée »

« A l’origine, je n’étais pas du favorable à cette proposition, confie le professionnel. Je me suis dit "youtubeur + Everest", c’est une mauvaise idée. Puis, je l’ai rencontré et j’ai vu qu’il avait surtout envie de découvrir la montagne et pas seulement faire sa vidéo en train de "grimper". C’était alors aussi un challenge pour moi. »

Car pour Mathis Dumas, l’Everest n’était pas « un objectif à titre personnel ou professionnel » et pour plusieurs raisons. « Déjà, parce qu’il faut un sacré budget pour se le permettre [rien que le permis coûte 15.000 dollars – Inoxtag a confié que son projet coûtait entre 600.000 et 1,2 million d’euros] mais aussi parce que ce n’est pas l’ascension la plus éthique », avoue-t-il.

Ils redescendront avec leurs excréments

Depuis plusieurs années, l’Everest souffre d’une popularité grandissante et d’une pollution affolante. Pendant un an, le guide a alors proposé au youtubeur un programme spécial, en privilégiant le « local », avec des expéditions dans les Alpes, au lieu « d’aller cramer la planète ». L’alpiniste précise que les embouteillages médiatisés en 2019 correspondent à une mauvaise météo sur plusieurs jours qui entraînent un « stand-by ». « Comme pour le périph à 8 heures du matin pour se rendre au travail, tout le monde s’est lancé en même temps vers le même but », dit-il.

Concernant les déchets, il assure qu’ils n’en généreront que très peu et qu’ils « repartiront forcément avec ». Même chose pour les excréments. « Comme on mange et boit très peu, nous n’en produirons pas énormément mais ils redescendront évidemment avec nous », confirme-t-il. Il explique que cette règle n’est pas propre à l’Everest. « Depuis plusieurs années déjà, toutes les montagnes, et notamment celles où il y a des glaciers, font appliquer cette règle car ça pollue. »

Et les dangers ?

Mais alors, comment préparer un amateur en si peu de temps ? Comme 20 Minutes le rappelait en juin 2023, la saison de l’ascension de l’Everest avait été la plus meurtrière pour les étrangers en raison de plus en plus de monde, avec de moins en moins d’expérience.

« J’ai conscience que j’ai sa vie entre mes mains, lance Mathis Dumas. Mais je l’ai préparé comme si j’avais préparé n’importe quel client sauf qu’on s’est vus beaucoup plus. » Ainsi, en un an, ils ont fait des expéditions de plusieurs jours chaque mois, gravi le Mont-Blanc, deux sommets de l’Himalaya pour « savoir si son corps était capable de supporter l’altitude et les conditions des montagnes d’Asie », souligne le professionnel. Mais aussi parce que le permis pour l’Everest n’est délivré qu’à condition d’avoir fait un sommet de plus de 7.000 m d’altitude.

Inoxtag (à gauche) et Mathis Dumas.
Inoxtag (à gauche) et Mathis Dumas. - Capture d'écran vidéo YouTube d'Inoxtag

« Inès se connaît désormais, indique le guide. Aujourd’hui, je peux dire qu’il est prêt. Il m’a vraiment surpris dans sa préparation. Le plus dur maintenant, c’est de bien se reposer, de ne pas tomber malade avant l’expédition et d’avoir un peu de chance sur la météo. »

Plus « anecdotique » qu’un « défi sportif »

« Inoxtag peut réussir, oui. Il est bien accompagné, avec quelqu’un qui s’y connaît. Evidemment, ça reste la montagne, ça reste dangereux et il existe évidemment des risques, affirme Charles Dubouloz, alpiniste et habitué des grands exploits. La voie normale de l’Everest, dans ces conditions [bien entouré, en suivant les cordages et avec de l’oxygène], c’est effectivement plus anecdotique que ce qu’on considère comme un exploit sportif. On parle de défi lorsqu’il faut s’entraîner chaque minute de son quotidien, quand les alpinistes y mettent leur vie depuis vingt ans et qu’ils risquent de mourir dans chacune des ascensions. La plupart des gens ne font pas la différence alors que ce n’est absolument pas la même chose. » Pour lui, la montagne est « un voyage » constant qui ne peut pas se résumer à « une vidéo YouTube ».

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

Il reconnaît néanmoins que son projet va permettre à des jeunes de voir des images de montagne. « Plutôt que de voir des vidéos de jeux ou de divertissements, son audience va découvrir un tout autre domaine et être sensibilisée à ses enjeux. Car l’écologie, ça commence par prendre conscience de son milieu. Et des personnes comme moi, qui passe plutôt par l’écrit, on a justement du mal à capter l’attention de ce public sur ces sujets. C’est intéressant sur ce point car, qui sait, peut-être qu’il va faire rêver et faire naître des vocations de guide de haute montagne grâce à son projet ? ! »

Faire passer des messages

C’est exactement pour cette raison que Mathis Dumas a accepté de l’accompagner. Il a vu dans la proposition d’Inès Benazzouz, l’opportunité de « toucher énormément de personnes de milieux différents » en montrant une belle image de la montagne. « En un an, je l’ai vraiment vu mûrir. Il a été sensibilisé tout en étant un vecteur d’apprentissage envers sa communauté. C’était un joueur bloqué derrière les écrans avec une vie à 100 à l’heure à Paris, rappelle son coach. Avant toute chose, il fallait le reconnecter à la nature et l’emmener vers l’émerveillement qu’elle peut produire. Le premier grand défi pour lui, ça a été de tout couper, ne plus penser aux projets futurs et vivre le moment présent. »

Mathis Dumas, devenu en quelque sorte « un confident » après cette année d’aventures, assure qu’Inoxtag aura ainsi, « dans tous les cas, réussi ». Il ajoute : « Qu’il y arrive ou non, qu’il y ait un bad buzz ou non, son projet permet de passer des messages forts et on a fait en sorte que ce soit fait dans les règles de l’art avec une belle démarche derrière. » Il conclut : « La morale de toute cette histoire, c’est : "Même si ça te semble inatteignable, le principal c’est de faire un pas vers ton rêve." »