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Comment Amazon Leo veut s’appuyer sur Ariane 6 pour rattraper son retard sur Starlink

Espace : Comment Amazon Leo veut s’appuyer sur Ariane 6 pour tenter de rattraper son retard sur Starlink

connexionLa fusée Ariane 6, qui décollait pour la première fois en version « puissante » avec quatre boosters, a placé en orbite le 12 février 32 satellites du futur réseau d’internet haut débit Amazon Leo
Ariane 6 : On a suivi son lancement en Guyane
A Kourou, Mickaël Bosredon

A Kourou, Mickaël Bosredon

L'essentiel

  • Le 12 février dernier, le projet Amazon Leo (anciennement Kuiper) a franchi une étape clé en faisant décoller pour la première fois 32 satellites depuis le Centre Spatial Guyanais à Kourou, à bord d’une fusée Ariane 6.
  • Ce lancement « lourd » est le premier d’une série de 18 lancements de satellites Amazon par Ariane 6, ce qui doit permettre à Amazon Leo de rattraper une partie du retard accumulé sur son concurrent, le réseau Starlink de Space X.
  • La couverture satellite d’Amazon, qui vise à fournir de l’internet haut débit, débutera par les États-Unis et le Canada, et, pour l’Europe, par l’Irlande, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la France, l’Allemagne et la Pologne.

L’Espace, nouveau champ de bataille industriel entre milliardaires. Avec le succès de sa mission « Leo Europe 1 » (LE-01), Amazon, le géant de l’e-commerce, accélère la cadence pour défier Starlink, le service de Space X qui domine actuellement le marché de l’internet par satellites.

Le 12 février dernier, le projet Amazon Leo a franchi une étape clé en faisant décoller pour la première fois 32 satellites depuis le Centre Spatial Guyanais à Kourou, à bord d’ Ariane 6. La fusée s’envolait elle-même pour la première fois en version « puissante », c’est-à-dire avec quatre boosters (A64), pour emporter les plus de vingt tonnes de charge utile placées sous sa coiffe.

Cap symbolique des 200 satellites

Ariane 6 a placé les 32 satellites à 465 km d’altitude avant qu’Amazon Leo ne prenne le relais depuis son centre d’opérations à Redmond (Washington) pour les élever à leur altitude assignée, entre 590 et 630 km, où ils ont rejoint le reste de la constellation. Le groupe de Jeff Bezos a non seulement réussi sa première mission avec Arianespace, mais a aussi franchi le cap symbolique des 200 satellites, avec 212 satellites en orbite désormais.

Ce lancement « lourd » est le premier d’une série de plus de 20 missions prévues pour cette année 2026 par Amazon. L’objectif est d’utiliser des lanceurs à forte capacité - comme Ariane 6 - pour déployer plus de satellites par lancement et tenter de rattraper une partie du retard accumulé sur Starlink. Au total, une centaine de lancements est prévue par Amazon avec quatre lanceurs différents - ULA, Blue Origin, Ariane 6 et même son rival Space X - pour placer un peu plus de 3.200 satellites en orbite.

Starlink, une avance considérable

Malgré ce coup de boost, le chemin reste long pour Amazon. Starlink, la constellation opérée par SpaceX, bénéficie d’une avance considérable. Le réseau d’Elon Musk a déjà envoyé plus de 10.000 satellites en orbite basse. Et lui aussi multiplie les lancements : Space X a effectué 165 lancements de sa fusée Falcon 9 en 2025, dont 120 consacrés au réseau Starlink.

Starlink a lancé ses premiers prototypes dès 2018 et ouvert ses services commerciaux en 2020. Le réseau de Space X revendique aujourd’hui 9 millions de clients résidentiels à travers le globe. Il dessert aussi des clients comme l’armée et l’aviation de ligne, notamment la compagnie Air France, qui déploie Internet à bord de ses avions.

« Notre objectif est de proposer un prix compétitif »

Si la bataille dans l’Espace sera difficile à remporter, Amazon veut faire la différence sur Terre et mise sur une approche centrée sur l’utilisateur. Lisa Scalpone, directrice de la clientèle internationale chez Amazon, souligne que la technologie d’Amazon repose sur la compacité et l’efficacité. « Notre terminal grand public est deux fois plus petit que celui de notre principal concurrent, tout en supportant jusqu’à 400 Mbit/s », explique-t-elle. Et d’insister : « Personne ne veut d’une antenne massive sur son toit. Et si le toit reste l’endroit idéal pour la placer, vous pouvez aussi la poser dans votre jardin, ou sur le côté de votre maison. » L’entreprise mise également sur un service client avec des agents « en direct », et sur sa base considérable d’abonnés, notamment à Amazon Prime.

La commercialisation du service Amazon Leo est prévue courant 2026. Si aucun tarif n’a encore été communiqué, les équipes d’Amazon assurent pourtant que le prix du service est aussi un atout dans leur manche. « Notre objectif est de proposer un prix compétitif, martèle Lisa Scalpone. Nous annoncerons les tarifs définitifs juste avant le lancement. »

« Solution de secours si votre connexion domestique tombe en panne »

L’objectif de ces services est de connecter les 2,6 milliards d’êtres humains qui n’ont toujours pas accès à une connexion internet fiable. La couverture satellite d’Amazon « débutera par les États-Unis et le Canada », explique Lisa Scalpone, et, pour l’Europe, « la première tranche couvrira l’Irlande, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la France, l’Allemagne et la Pologne ». Dans l’hémisphère sud, « l’Argentine et le Chili seront les premiers servis, suivis de l’Australie puis de l’Afrique du Sud ».

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Si la question de la pertinence de ces services dans des pays déjà très fibrés comme la France se pose, Lisa Scalpone reste confiante. « Notre priorité est d’offrir une connexion de qualité à ceux qui n’ont pas accès à Internet, qu’il s’agisse de la fibre ou du câble, mais il ne faut pas oublier l’aspect nomade du service, qui pourra être utilisé sur un bateau, dans une résidence secondaire, explique-t-elle. Il peut aussi servir de solution de secours si votre connexion domestique tombe en panne. Et même en France, tous les foyers ne sont pas parfaitement desservis, donc nous y proposerons bien notre offre de haut débit résidentiel ».

L’année 2026 s’annonce ainsi décisive pour l’avenir du service Amazon Leo. Et pour Ariane, qui a passé un contrat avec la société de Jeff Bezos portant sur 18 lancements en tout. Il s’agit du plus gros contrat commercial jamais signé pour Arianespace, qui a déjà annoncé que le prochain lancement d’Ariane 6 se fera à nouveau au profit d’Amazon Leo.