Espace : Cette fusée française réutilisable se veut « plus attractive » que SpaceX d’Elon Musk
aller plus haut•La start-up normande MaiaSpace, filiale d’ArianeGroup, prépare le premier lanceur réutilisable européen, avec un atterrissage à la verticale du premier étage sur une barge en merMickaël Bosredon
L'essentiel
- Le lanceur de MaiaSpace, dont le premier tir est espéré à la fin de cette année, vient d’être sélectionné pour envoyer en orbite basse une grande partie des 440 nouveaux satellites de la constellation OneWeb d’Eutelsat.
- L’entreprise installée à Vernon (Eure), à quelques encablures d’une des usines d’ArianeGroup, développe depuis 2022 le premier lanceur réutilisable d’Europe.
- « Nous allons chercher à abaisser le plus possible le coût au kilo déployé dans l’espace, grâce notamment à la récupération du premier étage, qui représente 50 % du coût total du lanceur », explique Raphaël Chevrier, porte-parole de MaiaSpace.
Un contrat qui donne « de la visibilité au niveau commercial » au projet MaiaSpace. Cette start-up, filiale d’ArianeGroup lancée en 2022 pour développer d’ici à la fin de l’année 2026 une fusée partiellement réutilisable, vient de signer un contrat structurant avec Eutelsat.
Le lanceur de MaiaSpace a en effet été sélectionné pour envoyer en orbite basse une grande partie des 440 nouveaux satellites qui vont venir remplacer pour certains, s’ajouter pour d’autres, à la constellation OneWeb de l’opérateur de communication par satellites. Ce contrat « vient remplir notre carnet de commandes à hauteur de plus de 50 %, pour les trois premières années d’existence du lanceur », explique à 20 Minutes Raphaël Chevrier, porte-parole de MaiaSpace.
Une vingtaine de lancements par an d’ici à 2032
L’entreprise installée à Vernon (Eure), à quelques encablures d’une des usines d’ArianeGroup, n’en est pas à son premier succès commercial. « C’est le troisième contrat que l’on signe, puisque nous avions déjà remporté le marché, en avril dernier, avec Exotrail, une start-up française qui déploie des spacevan [véhicules de transfert orbital], puis nous avons été sélectionnés en novembre par U-Space et l’Agence d’innovation de Défense, pour déployer les deux petits satellites de la future mission Toutatis. »
Toutatis (Test en orbite d’utilisation de techniques d’action contre les tentatives d’ingérences spatiales) est un projet développé par U-Space, en partenariat avec MBDA, « pour réaliser des scénarios d’opposition ou de coopération dans l’espace », explique le ministère des Armées.
Plus structurant, le contrat avec Eutelsat va représenter « une dizaine de lancements en tout » pour la future fusée, dont le tir inaugural depuis Kourou est espéré fin 2026. Maia ambitionne ensuite « de monter en cadence pour atteindre d’ici 2032 une vingtaine de lancements par an ». Avec un lanceur réutilisable, à la manière de ce que fait déjà SpaceX, mais loin de la cadence du géant américain, qui a réalisé en 2025… 167 lancements.
Le moteur Prometheus pourra être réutilisé cinq fois
Il s’agira du premier lanceur réutilisable européen (Ariane 6 ne l’est pas encore), avec un atterrissage à la verticale du premier étage sur une barge en mer. Pour cela, Maia utilisera le moteur Prometheus, développé par ArianeGroup pour le compte de l’Agence Spatiale Européenne (ESA). « Sur le papier, ce moteur peut être réutilisé cinq fois, mais je pense que nous pourrons aller au-delà », avance Raphaël Chevrier.
Précisément, la fusée existera en version réutilisable, et en version « consommable », permettant d’emporter des charges plus lourdes. « A ce stade, nous considérons que pour cinq lancements, nous ferons quatre lancements avec lanceur réutilisable et un lancement consommable. Mais si demain cette répartition évoluait, pour s’adapter au marché, nous n’aurions aucun mal à faire davantage de lancements réutilisables avant de basculer sur un lancement consommable », poursuit le porte-parole de l’entreprise.
La fusée, d’une hauteur de 55 mètres pour 300 tonnes, est considérée comme un lanceur de taille moyenne, entre le micro-lanceur et le lanceur lourd type Ariane 6. Il pourra lancer jusqu’à 4 tonnes de satellites, avec un diamètre sous coiffe de 3,5 mètres. Il sera ainsi « pertinent sur le marché des constellations en orbite basse, car nous sommes capables d’emporter plusieurs satellites, sur celui des satellites d’observation de la Terre, de quelques tonnes, et même les tout petits satellites », assure Raphaël Chevrier.
« Des tarifs autant voire plus attractifs que ceux de SpaceX »
Et à des prix que l’entreprise française va tenter de tirer vers le bas. « Nous allons chercher à abaisser le plus possible le coût au kilo déployé dans l’espace, grâce notamment à la récupération du premier étage, qui représente 50 % du coût total du lanceur. » Grâce aussi aux process de la start-up, qui espère donc sortir d’usine son lanceur moins de cinq ans après le début de son développement. « L’équation économique est au cœur du projet, et nous serons compétitifs parce que nous déployons des méthodes rapides et agiles, inspirées du secteur du numérique », explique Raphaël Chevrier.
Si le porte-parole refuse de donner une idée du tarif proposé aux clients de Maia, le prix de 6.000 euros le kilo a été avancé. « Le prix dépend de beaucoup de paramètres, mais pour certaines orbites, nous proposerons des tarifs autant voire plus attractifs que ceux de SpaceX, qui effectue des lancements partagés, via des sortes de bus spatiaux pour satellites. Nous, ce sera la course de taxi au prix du ticket de bus. »
Une fusée qui « préfigure la future famille de lanceurs lourds européens »
Maia est aussi un lanceur qui « préfigure la future famille de lanceurs lourds européens, qui sera réutilisable » annonce Raphaël Chevrier. « Le projet Maia s’inscrit dans une stratégie de long terme, et a été pensé pour intégrer des technologies, notamment la réutilisation, qui peuvent passer rapidement à l’échelle sans avoir à réinvestir massivement. »
Mais, pour le moment, « nous sommes totalement focalisés sur le développement de notre propre lanceur », via notamment par la construction d’une nouvelle usine, capable de soutenir une vingtaine de lancements par an.


















