TikTok ou un épisode de plus de la « guerre froide technologique »
tensions•Le gouvernement américain, le Parlement danois… Des institutions bannissent TikTok, évoquant des risques de cybersécuritéOctave Odola
L'essentiel
- Les Etats-Unis, le Danemark et le Canada ont banni TikTok dans certaines institutions de leurs pays, par crainte d’exploitation de données personnelles.
- Le réseau social chinois, très populaire chez les jeunes du monde entier, est sous le feu des critiques. Il a admis il y a quelques semaines que des employés s’étaient servis de données pour traquer des journalistes.
- Aujourd’hui, le risque d’un bannissement du réseau étendu à toute la population semble très faible, mais les tensions témoignent d’un combat technologique entre Chine et Occident.
La liste commence à s’allonger. Quelques heures après Washington, qui a ordonné mardi à ses agences fédérales de bannir TikTok de leurs appareils sous trente jours, le Danemark a imité le géant américain. Mettant en avant « un risque d’espionnage », les parlementaires et l’ensemble du personnel du Parlement ont dû supprimer le réseau social chinois de leurs appareils. Le Canada et la Commission européenne s’étaient aussi délestés de l’application mobile de partage de vidéos, très en vogue chez les adolescents du monde entier.
Ces interdictions, qui ne touchent pour l’heure que des institutions, doivent-elles inquiéter le milliard d’utilisateurs actifs de la plateforme ? Pas vraiment, à en croire Stéphanie Laporte, dirigeante de l’agence social media OTTA et directrice de master en communication digitale à l’Inseec. « Ce serait compliqué de bannir TikTok, c’est vraiment rentré dans les usages. Ça reviendrait aussi à reproduire ce qu’on reproche nous-même aux Chinois, qui interdisent les réseaux sociaux occidentaux dans leur pays. En revanche, les interdictions pourraient se poursuivre côté institutions, notamment dans les secteurs sensibles comme le nucléaire. »
Les tensions du moment opposant le réseau social chinois aux Occidentaux se sont nouées autour d’un problème central : la fuite de données. « Quand vous installez TikTok, vous autorisez l’accès à beaucoup de droits. C’est une grosse fuite potentielle d’informations, qui pourront être exploitées par le pouvoir chinois », précise Corinne Hénin, spécialiste indépendante en cybersécurité.
Espionnage, traçage, etc. Les risques cyber sont « très identifiés ». « TikTok a été épinglé en octobre 2022 pour avoir intégré un pixel de tracking qui permet de localiser les internautes, y compris ceux qui n’ont pas installé l’application. Ces pixels étaient présents sur des sites (.org, .gouv, .educ) et parfois sur des sujets sensibles comme le planning familial, des sujets religieux, etc., souligne Stéphanie Laporte, avant de relever une certaine incohérence occidentale. Ces pratiques, elles sont en vigueur chez les Gafam et particulièrement Facebook depuis quinze ans. »
TikTok admet avoir traqué des journalistes
Pour notre experte, les tensions autour de TikTok ne sont qu’un épisode de plus dans la « guerre froide technologique » à laquelle se livrent l’Occident et la Chine, avec l’enjeu « du contrôle de la donnée et des cyber espaces. » En 2020, Donald Trump avait déjà essayé d’interdire le réseau chinois, avant que Joe Biden ne fasse marche arrière, dans un premier temps, à son arrivée au pouvoir.
Les craintes des Occidentaux ont en partie été justifiées. TikTok avait reconnu en novembre que certains employés en Chine pouvaient accéder aux données d’utilisateurs européens, et avait admis en décembre que des employés avaient utilisé ces données pour traquer des journalistes. L’entreprise ByteDance, maison mère du groupe, avait alors nié toute collusion avec le pouvoir chinois.
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« Ce qui préoccupe aussi les Occidentaux, c’est le développement par TikTok d’un point de vue idéologique lors de l’utilisation de l’application », note Corinne Hénin. En Chine, le gouvernement encadre strictement l’utilisation de la plateforme en limitant le temps d’écran des plus jeunes ; en Occident, l’algorithme développé par TikTok va avoir tendance à aspirer l’attention du public.
Données personnelles, cybersécurité, bataille d’influences, etc. Pour couper court au débat, l’Inde a opté, en 2020, pour un choix radical : interdire TikTok pour lancer Josh, son propre réseau social, financé notamment par… Google et Microsoft.



















