Yoshinori Ono: «Je voulais que Super Street Fighter IV soit accessible»

JEUX VIDEO Le producteur du nouvel opus du jeu de combat le plus connu de la planète livre ses secrets de fabrication...

Propos recueillis par Joël Metreau
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Yoshinori Ono, producteur de «Super Street Fighter IV».
Yoshinori Ono, producteur de «Super Street Fighter IV». — Vincent Sannier

Pouvez-vous vous présenter?

Je suis le producteur complet de «Street Fighter IV», je m’occupe de tous les aspects: marketing, publicité…  Je m’occupe même de recruter des gens célèbres pour les faire jouer. Par rapport à la série, j’ai commencé à travailler avec les «Street Fighter Alpha», où j’étais responsable des musiques. Quelques années plus tard, je m’occupais du son en général sur «Street Fighter III». Dix ans plus tard, «Street Fighter IV» a été entièrement produit par mes soins.

Pourquoi un «Super Street Fighter IV»?

Au départ, on voulait faire un «Street Fighter IV» version  4.9. Plutôt que de l’appeler «Street Fighter V», car les règles n’ont pas changé, nous avons préféré renvoyer à ce jeu qui est connu de tous: « Street Fighter II». Ce dernier a connu plusieurs évolutions au cours de sa carrière avant de finalement s’intituler «Super Street Fighter II»  Quand j’ai commencé la production de «Street Fighter IV», je le voulais aussi comme une suite directe de «Street Fighter II». Car même si «Street Fighter III» était formidable, il était beaucoup trop difficile et s’adressait aux pros du jeu de combat. Je voulais un jeu plus accessible.

Comment avez-vous décidé de créer la Coréenne Juri...

Quand on a présenté «Street Fighter IV» en Corée du Sud, nombre de joueurs ont rempli des questionnaires de satisfaction en disant: «Ça fait une dizaine d’années qu’on attend un combattant coréen. Combien de temps encore va-t-on devoir attendre?» Le patron de Capcom Corée est venu avec tous ces bulletins en s’écriant: «Je vous en prie, faites un personnage coréen!» Et la création de Juri a commencé ainsi.

Elle a un côté femme fatale, non?

Plus qu’une femme fatale, elle est vraiment mauvaise. Mais c’est calculé. Comme ce personnage était très demandé, nous voulions qu’il soit marqué et puisse servir dans d’hypothétiques suites. De toutes les  femmes de «Street Fighter», c’est vraiment la plus méchante.

Et où êtes-vous allé chercher ce lutteur turc Hakan?

Ce qui fait le charme de «Street Fighter», ce sont aussi ses personnages un peu étranges et décalés. Par exemple, Dhalsim qui vous tabasse en criant «Yoga! Yoga!» ou Blanka qui fait de l’électricité. On a donc regardé des vidéos sur YouTube et on a découvert la lutte turque. On s’est dit qu’il y avait peut-être moyen de créer un personnage qui resterait dans les mémoires.

Pour les nuls, quels personnages conseillez-vous de jouer?

Ryu, parce qu’il est bon partout. Sinon, Juri, qu’on a réglée pour qu’elle soit jouable pour les débutants. Elle est très facile à prendre à main.

De «Street Fighter IV» au «Super Street Fighter IV», vous avez rééquilibré certains personnages. Pourquoi ne l’avez-vous pas fait dès le départ?

Quand on crée un jeu de combat, c’est comme si on créait un livre de règles. Il faut comparer «Street Fighter IV» et «Super Street Fighter IV»  aux jeux d’échecs ou de shogi, qui ont deux mille ans d’histoire. Même si certaines pièces s’utilisent mieux que d’autres, ils ont été réglés pendant des années et des années pour obtenir les jeux classiques d’aujourd’hui. Le jeu vidéo n’a pas la même ancienneté.

Pour chaque personnage, on donne des points forts et des points faibles. Sur le papier, ils sont tous égaux. Mais les joueurs sont très malins, ils détournent les règles. Le problème aujourd’hui, c’est qu’avec YouTube, si l’un trouve la faille avec un personnage, tout le monde va l’exploiter. Nous corrigeons donc cela et retouchons les personnages. A l’époque de «Street Fighter I et II», il n’y avait pas encore Internet, donc tout fonctionnait par le bouche à oreille. Les personnages étaient très mal équilibrés. Mais on mettait du temps à le découvrir. Il va falloir revoir notre manière d’équilibrer les jeux à l’avenir.

Des nouveautés surtout pour le mode en ligne

Sorti sur Xbox 360 et PS3, «Super Street Fighter IV» (40€) se présente comme un remake de «Street  Fighter IV ». Outre l’apparition des personnages de Juri et Harkan, ont été ajoutés des personnages phare de la série comme Adon et Makoto, portant le jeu à 35 combattants au total. Mais les principales nouveautés concernent le mode en ligne, avec notamment des salons accueillant jusqu'à huit joueurs. Et pendant que le combat se déroule, les autres joueurs peuvent désormais le regarder et le commenter en direct.