Addicts aux nouvelles technologies, qui êtes-vous?

SANTE Certains ne peuvent se passer de leurs téléphones, d'autres de leurs ordinateurs... Mais pourquoi?

Oriane Raffin

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  — POUZET / SIPA

Vous savez en permanence où est votre téléphone portable, ne passez pas un jour sans consulter vos e-mails ou jouer à votre jeu vidéo favori? Vous faites peut-être partie de ces nouveaux «cyber-dépendants». Mais attention, passer du temps sur un ordinateur ne fait pas de vous un drogué de la technologie. Les médecins estiment qu’il y a addiction à partir du moment où une personne voulant réduire sa consommation n’y parvient pas. Mais qui sont ces «cyber-dépendants»? Petit aperçu...
 
Jeux vidéo: la vie par procuration
 
Isolement, repli sur soi: l’addiction aux jeux vidéos peut avoir des conséquences terribles sur la vie sociale des personnes concernées. Le Centre médical Marmottan, à Paris, accueille chaque année des patients «cyber-dépendants». «En 2008, 65 patients sont venus pour addiction aux jeux vidéos. Ce sont généralement des hommes (96%), de moins de 25 ans (70%), célibataires (83%) et vivant chez leurs parents (73%)», détaille Aurélie Wellenstein, documentaliste au Centre.
 
Pour eux, l’écran est vécu comme un désinhibateur. Le joueur vit dans un monde virtuel. «Ça clashe souvent sévèrement avec les parents», explique Aurélie Wellenstein, «et plus largement, il y a un désintérêt vis-à-vis des autres sphères».
 
Jeux sur le téléphone portable: un canalisateur pour femmes stressées
 
Sur les téléphones portables, tout le monde a accès à des petits jeux gratuits, comme le solitaire ou le serpent. Du coup, ce ne sera pas du tout le même public qui sera concerné par l’addiction. «Tout le monde, en s’ennuyant, a déjà bidoullé sur son téléphone. La dépendance concerne principalement les femmes. Le jeu leur procure un exutoire», explique la sociologue Catherine Lejealle, sociologue à Telecom Paris Tech, qui compare cette addiction à la cigarette, au chocolat ou au café.
 
«Quand elles sont en train d’attendre, par exemple, elles ont besoin d’évacuer les tensions. Le jeu canalise ainsi la violence. Souvent, elles ne comprennent pas comment le jeu fonctionne et s’énervent contre la machine au lieu de s’en prendre à la personne qu’elles attendent».
 
La télévision sur téléphone portable: le coffre à jouets des adultes en mal d’occupation

 
Avec le développement de la technologie mobile, pour 5 ou 7 euros par mois suivant l’opérateur, chaque client peut avoir accès illimité à la télévision. Pour les accros à la télé sur téléphone, «il s’agit souvent d’un prolongement de la dépendance à la télévision», note Catherine Lejealle.
 
Cette dépendance touche principalement les personnes issues des catégories socio-professionnelles inférieures. «Spontanément, quand elles s’ennuient, elles n’iront pas ouvrir un livre par exemple.» Le téléphone portable devient alors un «coffre à jouets», explique la sociologue, dans lequel on va «puiser des choses pour s’occuper». Dans des lieux où on ne peut pas appeler (salles d’attente, travail, etc.), ce «doudou régressif» propose notamment de visionner la télévision.
 
La télévision sur mobile joue également un rôle dans la socialisation, dans son usage collectif. «On voit ainsi des secrétaires, pendant la pause déjeuner, se réunir pour regarder les Feux de l’amour et en parler.» Le problème, c’est que certains ne peuvent plus se passer de cette béquille pour communiquer avec autrui.
 
Internet sur téléphone: tout, tout de suite
 
A l’image des chaînes d’infos en continu, Internet permet de tout savoir, en temps réel. «Ce besoin d’immédiateté touche tout le monde. Lors d’une réunion, par exemple, on s’arrêtera pour aller consulter sur un iPhone les résultats des tirages au sort pour connaître l’adversaire de son équipe de foot au prochain match», explique Catherine Lejealle.
 
«Cela entraîne des problèmes d’attention, avec la multi-activité», souligne la sociologue. Tout savoir, n’importe quand, n’importe où. Au point de se sentir mal sans cette connexion.
 
Les SMS et les réseaux sociaux: une autre identité pour les ados

 
Le premier portable est devenu quasi un rite de passage aujourd’hui. Dès 12 ans, certains adolescents sont déjà complètement accros aux SMS. «Ils ne s’appellent pas, ils préfèrent ce ping-pong qui désinhibe», analyse Catherine Lejealle. Ces ados se cachent derrière leurs appareils et évitent ainsi la relation de face ou le dialogue oral.
 
Avec les forfaits illimités, on assiste à une «excitation d’être toujours connecté», poursuit la sociologue. Les adolescents existent par leurs téléphones. «Cet été, le téléphone portable de mon fils s’est cassé. Sa réaction a été de dire “je suis mort”». Sur les réseaux sociaux comme Facebook, la logique est la même: se créer une vitrine avec un maximum d’amis, définir son image.
 
Résultat: les jeunes se sentent plus libres. «Dans les cours de récré, il y a le contrôle des pairs, explique la sociologue. Après l’école, sur Internet, les ados retrouvent les mêmes copains, mais avec moins d’inhibitions. On peut par exemple draguer plus facilement, dans des chats.»
 
Le site de rencontres: la quête infinie
 
Enfin, Meetic ou Adopte un mec peuvent aussi devenir source d’addiction. «Sur ces sites, on n’arrête jamais la rencontre. Certaines personnes n’arrivent pas à bâtir une vraie relation et continuent ces rencontres. Cela devient une quête infinie», déplore Catherine Lejealle.
 
Pour certains accros, qui enchaînent les «coups d’un soir», cette industrialisation de la rencontre peut devenir une drogue. Là, il s’agit rarement de jeunes. Ce sont généralement des personnes en couple ou dans des relations multiples, âgées de plus de 28 ans.

Et vous, êtes-vous accro aux nouvelles technologies? A quoi vous sert votre téléphone portable?


Catherine Lejealle est l’auteur de La télévision mobile: Usages, contenus et nomadisme (éd. L’Harmattan, 2009) et de Les usages du jeu sur le téléphone portable: Une mobilisation dynamique des formes de sociabilité (éd. L’Harmattan, 2008).