Faut-il taxer Internet pour financer la création artistique?

POLEMIQUE Mardi, la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) a proposé de taxer la publicité sur le Net et les moteurs de recherche...

Sandrine Cochard

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Les tentatives de la Chine pour censurer et contrôler internet lui valent de figurer sur une liste noire des pays "non libres" en ligne, selon le rapport d'une organisation de défense des droits de l'homme, publié mercredi.
Les tentatives de la Chine pour censurer et contrôler internet lui valent de figurer sur une liste noire des pays "non libres" en ligne, selon le rapport d'une organisation de défense des droits de l'homme, publié mercredi. — Liu Jin AFP/archives

Et si l’on taxait les moteurs de recherche sur le Net (Orange, MSN, Yahoo, Google...) pour financer la création artistique? C’est ce qu’a proposé, mardi, la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), qui représente 47.000 auteurs de l'audiovisuel et du spectacle vivant. Elle veut ainsi constituer un fonds de soutien à la création artistique, pour pallier la perte de revenus des acteurs du monde culturel. Ceux-ci ont certes obtenu la loi Hadopi, dont l’objectif est de lutter contre le téléchargement illégal, mais cette loi ne leur permet pas aux artistes de gagner plus d’argent.

Le retour de la taxe

Pour l’ASIC (l'association des services Internet communautaires), cette proposition est inacceptable. «Elle a pour effet de créer une taxation de tous les acteurs de l’Internet et pas seulement des “moteurs de recherche”», explique le collectif dans un communiqué. Or «taxer la publicité en ligne, quel que soit son périmètre, c'est faire de la France un enfer fiscal pour l'économie numérique. Cela relève d'une vision tournée définitivement vers le passé», a réagi mercredi Pierre Kosciusko-Morizet, co-président de l'Asic, cité dans le communiqué. Et d’insister: «Il convient de rappeler que toute taxation de ce type d'activité rendrait le territoire français hostile aux investissements des acteurs internationaux du numérique et pénaliserait lourdement le développement des acteurs français.»
 
En janvier dernier, la Sacem proposait, elle, de taxer les fournisseurs d’accès à Internet (FAI). «Internet est toujours la cible, explique Giuseppe De Martino, directeur juridique de Dailymotion et co-président de l’Asic. On a voulu nous taxer pour financer la fin de la publicité sur France Télévisions, maintenant c’est pour soutenir l’industrie culturelle… Nous avons l’impression qu’on cherche encore à nous mettre des bâtons dans les roues pour nous empêcher de nous développer.»
 
Offre légale
 
D’autant que des accords bilatéraux existent déjà entre professionnels de l’Internet et professionnels de la culture. Ainsi Dailymotion et la Sacem ont conclu, en décembre dernier, un accord qui prévoit que le site de partage de vidéos verse à la Sacem des droits sur les clips et extraits de films mis en ligne, reversés à ceux dont les œuvres ont été diffusées ou reproduites. Avantage de ce système: il est sans «douleur» pour le portefeuille des internautes. En revanche, il ne permet pas d’assurer le retour des «pirates» aux caisses des magasins de disques et DVD.
 
Alors comment construire une offre légale sur Internet? Le débat n’est pas nouveau et de nombreux outils permettent déjà de consommer de la culture légalement, que ce soit grâce aux sites de téléchargement légal ou aux sites de VOD. «Il est temps que l’industrie du disque prenne conscience qu’Internet est un tremplin et non un ennemi», reprend Giuseppe De Martino. Les artistes qui l’ont compris, comme les groupes Radiohead et Nine Inch Nails, sont aujourd’hui des acteurs majeurs du Net, et s’y retrouvent financièrement.  
 
Et si la piste d’Internet n’est, dans l’immédiat, pas la plus rentable, d’autres existent. Au moins pour les gros poissons. Si l’on en croit la stratégie de Madonna, la scène aurait de l’avenir. La star a été l’artiste musicale la mieux payée en 2008, et semble bien partie pour faire de même en 2009, grâce à sa grande tournée mondiale. Les concerts étaient d’ailleurs une des pistes explorées lors du Midem 2009. A trop tâtonner sur le Net, l’industrie culturelle ne devrait-elle pas se concentrer sur ce qu’elle maîtrise?

Qu'en pensez-vous? Faut-il taxer internet pour financer la création?