Plus d’amende, pas de perte de points… Gare à cette arnaque sur Snapchat qui promet de faire sauter vos PV

ESCROQUERIE Moyennant une cinquantaine d’euros, des comptes Snapchat promettent de vous faire sauter vos PV. Certains conducteurs verbalisés, qui se sont laissés tenter par cette combine, risquent aujourd’hui bien plus gros

Hakima Bounemoura
Illustration du réseau Snapchat.
Illustration du réseau Snapchat. — S. Banerjee / Pixabay
  • Depuis quelques mois, des annonces vous promettant de faire sauter vos PV (amende et points) ont fleuri sur les réseaux sociaux.
  • L’astuce consiste en fait pour le « prestataire » en ligne à désigner comme auteur des infractions, à votre place, une personne titulaire d’un permis de conduire étranger.
  • « Des conducteurs, qui se sont laissés tenter par cette combine, se retrouvent aujourd’hui convoqués devant la justice pour dénonciation calomnieuse et fournitures de faux renseignements », explique Me Etienne Lejeune, avocat spécialisé en droit routier.

Après l’arnaque au compte personnel de formation, une nouvelle escroquerie est en pleine recrudescence sur Internet. Depuis quelques mois, des annonces vous promettant de faire sauter vos PV ont fleuri sur les réseaux sociaux, notamment sur Snapchat. Des comptes anonymes, avec une présentation qui inspire confiance, se vantent de pouvoir faire sauter vos avis de contravention sans interception, c’est à dire les PV sur lesquels n’est mentionnée que la plaque d’immatriculation (et pas l’identité du conducteur).

La procédure est simple : il suffit d’envoyer l’avis de contravention, et le « prestataire » en ligne s’occupe de tout. Vous n’aurez plus d’amende à payer, et surtout pas de perte de points. En contrepartie, l’automobiliste verbalisé s’engage à verser la moitié du prix de la contravention au prestataire, soit en général 45 €. « De toute évidence, l’offre est alléchante pour certains conducteurs verbalisés pour de petites infractions de vitesse. Le discours en ligne est bien rodé. J’ai eu l’occasion de voir ce genre d’annonce, et très honnêtement, c’est hyper bien fait. Vous avez un beau flyer avec de jolies voitures, il y a une vraie com’… », explique à 20 Minutes Me Etienne Lejeune, avocat spécialisé dans le droit routier, qui défend plusieurs conducteurs qui se sont laissés tenter par cette combine, qui est en fait une véritable escroquerie.

« La même identité utilisée plus de 14.000 fois »

Plusieurs mois après, certains conducteurs - qui pensaient avoir esquivé les PV - ont reçu une drôle de convocation. « Certaines personnes, des clients que je défends aujourd’hui, ont reçu des convocations devant le tribunal de police, dans lesquelles ils étaient accusés d’usurpation d’identité, avec menaces de poursuites pour dénonciation calomnieuse et fournitures de faux renseignements », explique l’avocat spécialisé dans le droit routier.

« Sur l’un des courriers, il était même indiqué que l’identité communiquée à l’administration pour contester le PV avait été utilisée plus de 14.000 fois ! Car l’astuce consistait en fait pour le « prestataire » à désigner comme auteur des infractions, à votre place, une personne titulaire d’un permis de conduire étranger, qui ne peut pas être verbalisée sur le territoire français. Sauf que le suivi des contestations des PV sans interception est centralisé au Centre national de traitement de Rennes. Qui, évidemment a commencé à tiquer quand il a reçu plusieurs centaines de désignations au nom du même individu ! », précise Me Etienne Lejeune.

Jusqu’à trois ans de prison et de 45.000 euros d’amende

Résultat, de très nombreux conducteurs se retrouvent délestés de l’argent versé au « prestataire » sur Snapchat​, avec en prime une convocation pour des faits bien plus graves. « Je défends actuellement un chauffeur-routier de Béthune (Pas-de-Calais) qui risque également de perdre son travail », ajoute l’avocat basé au Havre, qui s’est déjà occupé d’une dizaine de clients victimes de cette arnaque. D’autres avocats, un peu partout en France, ont également déjà alerté sur la recrudescence de ce type d’arnaques sur les réseaux sociaux.

Quatre personnes ont ainsi fait l’objet en 2022 d’une convocation au tribunal judiciaire de Nîmes (Gard) pour complicité de faux et usage de faux ainsi que pour l’excès de vitesse, objet de l’avis de contravention initial. Elles encourent une peine maximale de trois ans d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende.