MySpace, grandeur et déchéance

RESEAU SOCIAL Suppressions d'emploi, changement de dirigeants, concurrents innovants... MySpace peut-il rebondir?

Philippe Berry

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Le logo du réseau social MySpace
Le logo du réseau social MySpace — DR
De notre correspondant à Los Angeles

 

C'était le 18 juillet 2005. Twitter n'existait pas. Facebook n'était qu'un phénomène étudiant. YouTube, un embryon. Le roi s'appelait MySpace. Et après une longue bataille avec Viacom/MTV, le magnat australien des médias, Ruppert Murdoch, annonçait l'acquisition du réseau social pour «seulement» 580 millions de dollars. Quatre ans après, ce qui semblait être le coup du siècle est devenu un boulet à trainer.

 

Mardi, MySpace a annoncé la suppression à venir de deux tiers de ses emplois à l'étranger (de 450 à 150 postes). Un recentrage aura lieu sur Londres, Berlin et Sydney. Les autres bureaux (dont Paris) feront l'objet d'une évaluation et plusieurs seront fermés –nos confrères d'Ecran.fr se demandent si «MySpace France passera l'été». L'annonce intervient huit jours après celle de la coupe d'un tiers des effectifs américains (ramenés à 1.000 employés), et quelques semaines après le remplacement du directeur général et cofondateur Chris DeWolf par Owen Van Natta, un ancien de Facebook.

 

Le virage raté

 

Comment passe-t-on de la position de leader, du site américain le plus visité (devant Google, Yahoo ou MSN, en 2006), d'un emblème sociétal et de la pop culture (une «génération MySpace» est née dira Business Week en 2005) à une image has-been, moquée sur le net comme un FAIL (un échec), tout juste bon pour les groupies musicaux et les amateurs de photos trash de Miss America?

 

«Le plus grand raté de MySpace, c'est de ne pas avoir su s'adapter à l'innovation technologique et sociale», analyse pour 20minutes.fr Julia Angwin, journaliste spécialiste des nouvelles technologies au «Wall Street Journal» et auteur du livre «Stealing MySpace», sur les luttes de pouvoir pour le contrôle du site –de sa création sur les cendres d'un réseau de spam au rachat par Murdoch. Quelle évolution? «Celle des flux (feeds), notamment. Sur Facebook ou Twitter, les messages et les liens et les photos fusent à toute vitesse. MySpace, même s'il a essayé de rattraper son retard, reste plus statique, avec une interface personnalisable lourde». Paul Ackerman, responsable éditorial de la communauté sur 20minutes.fr confirme. «Plus de temps à perdre sur MySpace pour animer la communauté des lecteurs. Il n'y a plus aucun échange, juste des musiciens en manque de promo et des actrices porno louches.»

 

De l'espoir?

 

Ce décrochage, certains l'attribuent au rachat par News Corp. Julia Angwin acquiesce. «Tout à coup, MySpace s'est retrouvé intégré à un conglomérat, et des dissension sur qui mettre à sa tête ont éclaté.» Au lieu d'écouter ses membres, comme il le faisait à ses débuts, MySpace veut grandir. Trop vite. A partir de 2006, des bureaux sont ouverts en Europe et en Australie, avec une hiérarchie lourde. Puis vient «MySpace Music», lancé au printemps 2008, avec les quatre majors à bord et l'ambition insolente de concurrencer iTunes (lire «MySpace Music, what went wrong», sur Wired).

 

Pourtant, tout n'est pas à jeter. Certes, quand Facebook affiche une croissance insolente et fonce vers les 300 millions de membres, MySpace stagne –et s'est même fait doubler en membres sur son dernier bastion des Etats-Unis. Mais une base de 125 millions d'utilisateurs (contrairement à l'idée reçue, à la démographie assez proche de celle de Facebook, avec un segment roi des 18-34 ans), qui passent plus longtemps sur le site que sur celui des concurrents, garde un potentiel certain, «surtout en se recentrant sur la musique», estime Julia Angwin.

 

Des espoirs, d'autant plus que MySpace a jusqu'ici été plus agressif que Facebook sur la publicité. Reste que l'accord avec Google, qui fournissait environ un tiers de ses revenus à MySpace, avec 300 millions de dollars par an, devrait fondre après 2010 –ce qui explique sans doute une partie des restructurations actuelles. Peut-être l'inspiration viendra-t-elle d'Asie, où les réseaux sociaux, en diversifiant leurs sources de revenus, semblent avoir trouvé la recette pour gagner de l'argent.

Utilisez-vous encore MySpace? Le site peut-il rebondir, selon vous?