Chevaux mutilés et tués : Un groupe Facebook baptisé « Justice pour nos chevaux » répertorie toutes les affaires

ENQUETE Une vingtaine de juments, étalons, poneys et ânes ont été tués ou mutilés ces derniers mois en France. Des propriétaires ont décidé de s’organiser pour faire face à ces attaques

Hakima Bounemoura

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Des chevaux dans leurs box. Illustration.
Des chevaux dans leurs box. Illustration. — F. Scheiber / 20 Minutes
  • Plusieurs chevaux ont été retrouvés morts ces derniers mois, sauvagement mutilés, avec à chaque fois l’oreille coupée.
  • Près d’une vingtaine de cas ont été recensés par les gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp) de Pontoise.
  • Pauline Sarrazin, propriétaire d’une jument tuée près de Dieppe, a créé le groupe Facebook « Justice pour nos chevaux » pour « regrouper les propriétaires victimes et inviter le milieu équin à la vigilance ».

Oreilles coupées, œil arraché, organes sexuels sectionnés… Ce pourrait être la trame d’un polar ou d’un film d’épouvante, mais l’étrange série de morts violentes de chevaux, retrouvés mutilés dans plusieurs départements, n’a rien de fictive. Cette semaine encore, un pur-sang a été retrouvé égorgé par ses propriétaires près de Lannion (Côtes-d’Armor). Depuis plusieurs mois, des équidés (juments, étalons, poneys et ânes) ont également été tués et/ou mutilés en Vendée, dans le Jura, la Somme, le Rhône, la Loire, le Puy-de-Dôme. Des cas ont aussi été recensés en Normandie et dans le Sud-Ouest. Au total, près d’une vingtaine d’affaires ont été répertoriées par les gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp) de Pontoise.

Face à ces attaques, l’inquiétude grandit chez les professionnels. « Après cette série d’actes de cruauté envers des équidés sur l’ensemble du territoire », la Fédération française d’équitation (FFE) s’est constituée partie civile aux côtés des propriétaires concernés. « Notre détermination à lutter contre toute forme de maltraitance envers les équidés est totale », a indiqué la FFE qui entend « combattre ces actes de barbarie » en mobilisant l’ensemble des acteurs de la filière cheval en France. Les propriétaires de chevaux ont eux aussi décidé de s’organiser pour faire face à cette série d’attaques mystérieuses. Une page Facebook intitulée « Justice pour nos chevaux » a été créée en juin dernier par la propriétaire d’une jument sauvagement mutilée.

« Recenser les mutilations et identifier de nouveaux cas »

Ce groupe privé, suivi par près de 5.500 membres, « vise à regrouper les propriétaires victimes et inviter le milieu équin à la vigilance », explique Pauline Sarrazin, qui administre cette page. « L’objectif, c’est que les personnes qui ont perdu un cheval ou un âne dans des circonstances similaires puissent entrer en contact. Il faut coincer ceux qui assassinent nos chevaux », ajoute la jeune femme de 23 ans, dont la jument a été tuée le 6 juin en pleine journée. Selon elle, certaines affaires ont pu passer à travers les mailles du filet. « Des propriétaires ont pu penser que leur animal était décédé de mort naturelle, et qu’il avait ensuite été dévoré par des corbeaux ». C’est la thèse que les policiers ont d’abord retenu pour expliquer la mort de sa jument, âgée de 16 ans.

Lady a été retrouvée morte dans un champ situé à Martin-Eglise, près de Dieppe (Seine-Maritime). « Son oreille droite avait été prélevée. Le tour de son œil avait été tranché et son museau sectionné ». Pour la propriétaire, très affectée par cette découverte macabre, aucun doute que cette mutilation abominable est l’œuvre d’un humain. Depuis ce jour-là, Pauline Sarrazin s’investit pour identifier de nouveaux cas et recenser les mutilations. Elle affirme qu’il y en aurait en réalité beaucoup plus sur le territoire français. « Le problème, c’est que ce n’est jamais le même type d’équidé visé et jamais la même façon de tuer. Le seul lien, c’est l’oreille coupée », explique-t-elle.

Un challenge lancé sur Internet ou un rituel satanique ?

Face à la succession de ces actes de cruauté – une vingtaine pour l’instant recensés en France –, les enquêteurs se posent de nombreuses questions. « Est-ce un challenge lancé sur Internet ? Un défi ? La pulsion d’un individu ? Toutes les pistes sont envisagées », estimait fin juin Bruno Wallart, commandant de la compagnie de gendarmerie de Riom (Puy-de-Dôme). Pour lui, le seul point commun de ces affaires, c’est « la mort de ces chevaux de façon surprenante et la mutilation ». Une note du Service central du renseignement territorial (SRCT), qui tente de faire le point sur toutes ces énigmes, avance d’autres pistes. « Des questions se posent sur leurs auteurs et leurs réelles intentions : superstition, fétichisme, rituel satanique, sectaire ou autre », indique le document daté du 30 juin.

Au vu de la dispersion des attaques, difficile en tout cas d’imaginer un tueur en série. Mais pour Pauline Sarrazin, qui travaille en milieu hospitalier, une chose est sûre. « La découpe des organes était "chirurgicale". Celui ou ceux qui font cela savent ce qu’ils font et savent très bien le faire ». « Ce sont des gens qui connaissent les animaux. Pour pouvoir les approcher et les atteindre vitalement et rapidement, ce qui doit être le cas, il faut connaître la façon d’aborder ces animaux », a également déclaré Serge Lecomte, président de la Fédération française d’équitation (FFE).

Des faits similaires en Europe

Plusieurs enquêtes ont été ouvertes pour tenter de faire la lumière sur ces affaires. D’après la gendarmerie, au moins 11 enquêtes sont en cours depuis février, dans différents départements pour des « actes de barbarie ». Des appels à témoins ont été lancés localement, et une veille Internet pour détecter des discussions sur les réseaux sociaux ou sur des forums a été activée. Les enquêteurs ont également envoyé des demandes d’information en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Belgique, où des affaires similaires ont eu lieu par le passé.

Des faits semblables ont en effet alimenté la rubrique faits divers des journaux belges, britanniques et allemands ces dernières années. En Angleterre, une trentaine d’attaques en 1992 et 1993 sont restées inexpliquées. A chaque fois, face à l’incompréhension, les enquêteurs ont soulevé l’hypothèse du rituel sataniste. Le phénomène, porte même un nom, la « cattle mutilation » (mutilation de bétail), et se définit par la découverte d’animaux morts dans des circonstances anormales, la plupart du temps mutilés avec une précision chirurgicale.