Surveillance de masse, vie intime, la NSA et la CIA à nu… Que dévoile le livre d’Edward Snowden?

REVELATION Le livre autobiographique du plus célèbre lanceur d’alerte sort dans les librairies françaises jeudi 19 septembre. Nous avons entièrement lu « Mémoires vives », voici ce que vous pourrez y découvrir.

Marie De Fournas

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"Mémoires vives" est le premier livre autobiographique d'Edward Snowden.
"Mémoires vives" est le premier livre autobiographique d'Edward Snowden. — M.F / 20 Minutes
  • La première partie de « Mémoires vives », est consacrée à sa vie personnelle, notamment son enfance pas toujours évidente.
  • La seconde partie relate son arrivée dans l’univers des renseignements et ses années passées au sein de la NSA et de la CIA. Les lecteurs y découvriront les techniques employées par les agences pour collecter les données personnelles de presque n’importe quel individu dans le monde.
  • Dans la dernière partie, Edward Snowden revient sur la manière dont il a informé et transmis les documents aux journalistes sans se faire prendre, puis sa fuite.

Six ans après avoir révélé au monde un système de surveillance de masse orchestré par les agences de surveillance américaine et couvert par le gouvernement américain, Edward Snowden publie son autobiographie.

Dans « Mémoires vives », dont la sortie en France est prévue ce jeudi, le lanceur d’alerte évoque comment lui, un petit garçon passionné d’ordinateur, est devenu dès l’âge de 22 ans un employé de la CIA et NSA, mais surtout pourquoi en découvrant petit à petit les rouages, les mensonges et les techniques de surveillance de masse de ces agences, il a fini par trahir son gouvernement et ses employeurs au nom de ses idéaux.

Super Mario Bros a été « la leçon la plus importante » de sa vie

La première partie de Mémoires vives, qui représente environ un quart du bouquin, est consacrée à la vie personnelle de celui qui se fait appeler Ed. Dès les premières lignes, il explique ainsi de quelle façon, à l’âge de 6 ans, il a piraté toutes les horloges de sa maison pour aller se coucher plus tard ou encore pourquoi il doit au jeu Super Mario Bros « la leçon la plus importante » de sa vie. Les lecteurs découvrent aussi sa jeunesse difficile : traité « d’attardé à l’école », pas vraiment de succès avec les filles, le divorce de ses parents, sa dépression… Le tout entrecoupé de détails généalogiques sur sa famille en remontant jusqu’aux Pères fondateurs. En bref, une première partie purement autobiographique qui ne passionnera pas forcément les foules, mais qui en dit beaucoup sur le caractère du jeune homme, et explique en partie ce qui l’a poussé à tout risquer par la suite.

« Les extraterrestres n’ont jamais pris contact avec les services secrets américains »

La deuxième partie du livre aborde le vif du sujet : l’arrivée à l’âge de 22 ans d’Edward dans l’univers des renseignements. L’occasion de découvrir les coulisses de la CIA et de la NSA. L’auteur évoque le « budget noir », une enveloppe secrète que les agences de renseignements, limitées en nombre de fonctionnaires, utilisent pour employer des contractuels venus du privé, comme ce fut le cas pour Edward Snowden. Malgré des fiches de paie affichant Dell, Comso ou Booz, il assure avoir toujours travaillé dans les locaux de la CIA et de la NSA. Dans les révélations plus légères, on découvre que la CIA possède son propre Internet, Facebook ou Wikipédia et qu’après vérification, « l’homme a bien marché sur la lune », et « les extraterrestres n’ont jamais pris contact avec les services secrets américains ».

Edward Sowden assure également qu’aujourd’hui les ambassades n’existent que pour servir de couverture à des activités d’espionnage aux services diplomatiques. Lorsqu’il était à Genève, en Suisse, un de ses chefs lui aurait ainsi demandé si « en théorie, le quartier général pouvait envoyer une clef USB infectée qui permettrait à quelqu’un de pirater les ordinateurs des délégués aux Nations unies, dont l’immeuble se trouvait tout près, sans risquer de se faire pincer ». Le lanceur d’alerte raconte également comment les officiers de la CIA s’y prennent pour recruter des informateurs étrangers et n’hésitent pas à piéger certaines de leurs cibles.

« Vous accédiez à ses e-mails, son historique de navigation, son historique de recherche… »

Il faut attendre le milieu de l’autobiographie pour arriver à ce qui poussera principalement le public à acheter ce livre : comment les agences ont orchestré la surveillance de masse. Edward Snowden décrit ce jour où par erreur un rapport ultra-confidentiel s’est retrouvé sur son bureau. Une version non classifiée d’un décret présidentiel autorisant la NSA à procéder à « une collecte de grande ampleur des communications Internet ». Une opération appelée « Stellarwind » (vent solaire) qui permettrait « à tout moment de fouiller dans les communications passées de tous (…), de surveiller toute personne ayant un ordinateur ou un portable, de connaître son identité, sa localisation géographique ainsi que son activité ».

La suite expose l’enquête de l’employé pour comprendre de quelle façon la NSA allait s’y prendre. On découvre l’outil TURBULENCE : Lorsqu’un internaute tape une requête dans l’URL d’un navigateur, celle-ci passe automatiquement par les serveurs de l’agence qui décident si la navigation est suspecte ou non. Si tel est le cas, l’outil envoie un « logiciel malveillant », que l’utilisateur attrape à l’ouverture du site recherché. « Une fois que les programmes sont sur votre ordinateur, la NSA n’a plus seulement accès à vos métadonnées mais également à toutes vos données. »

Plus effrayant encore, Edward Snowden décrit XKEYSCORE. Proche de la science-fiction, cette interface permet « de taper l’adresse, le numéro de téléphone ou l’adresse IP d’à peu près n’importe qui et de plonger dans l’histoire récente de son activité en ligne (…) vous accédiez à ses e-mails, son historique de navigation, son historique de recherche, ses posts sur les réseaux sociaux, etc. »

Comme dans un film d’espion

Après toutes ses découvertes, Edward Snowden explique sans filtre être d’abord passé par une période de déni, avant que la culpabilité et le sentiment que la constitution américaine avait été violée, ne prennent le dessus et le poussent à dévoiler la vérité à ses concitoyens. La troisième et dernier partie est consacrée à la manière dont il a informé et transmis les documents aux journalistes sans se faire prendre, puis à sa fuite. Des cartes micro-SD cachées dans des rubik’s cube, un départ sans un mot à sa compagne, sa fuite vers Hong-Kong, des jours passés seul dans la chambre d’hôtel sans sortir de peur que des mouchards soient installés, sa compagne suivie h24 par les renseignements américains et des tentatives de corruptions russes… La fin de Mémoires vives a tout d’un roman d’espionnage.

Appel au soulèvement

Tout au long de cette autobiographie Edward Snowden s’adresse directement aux lecteurs. Aux moins expérimentés pour leur expliquer pourquoi sauvegarder des informations sur un cloud revient souvent à céder ses droits à l’entreprise qui le détient, ou encore comment les documents supprimés d’un ordinateur ne le sont en fait jamais réellement. Aux plus initiés comment crypter de façon efficace leurs communications. Il invite enfin chacun à se soulever. « Si nous n’agissons pas maintenant pour réclamer nos données, nos enfants n’en auront peut-être pas la possibilité », prévient Snowden.