Les dix questions qui se posent avant la première traversée de la Manche en flyboard

RECORD Ce jeudi 25 juillet, Franky Zapata, inventeur de ce drôle d’engin volant, va tenter une grande première mondiale

Francois Launay

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Franky Zapata s'entraîne avant sa tentative de traversée de la Manche en flyboard jeudi 25 juillet
Franky Zapata s'entraîne avant sa tentative de traversée de la Manche en flyboard jeudi 25 juillet — Michel Spingler/AP/SIPA
  • Franky Zapata va tenter ce jeudi 25 juillet la première traversée de la Manche en flyboard.
  • Ce drôle d’engin volant qu’il a inventé devrait lui permettre de rallier la France en l’Angleterre en moins de 20 minutes.
  • Une prouesse technologique que 20 Minutes décrypte pour vous

L’effervescence des grands jours a clairement envahi le petit aérodrome de Saint-Inglevert (Pas-de-Calais). C’est ici, à deux pas des plages de la côte d’Opale, que Franky Zapata effectue les derniers réglages avant sa tentative de la première traversée de la Manche en flyboard.

Conférence de presse en français et en anglais, vols d’essais, ajustements techniques, le Marseillais de 40 ans, créateur de ce drôle d’objet volant, se prépare à entrer dans l’histoire. Aidé d’une équipe de 14 personnes, dont sa femme et son fils de dix ans, cet ancien champion du monde de jet-ski espère réussir son rêve.

Jeudi 25 juillet aux alentours de sept heures du matin, il décollera de Sangatte pour rallier la ville anglaise de Douvres située de l’autre côté de la Manche. Mais comment va-t-il s’y prendre pour réussir son exploit. 20 Minutes tente de répondre aux questions que beaucoup de monde se pose.

Comment le flyboard fonctionne ?

Posé sur une machine équipée de cinq mini-turbos réacteurs, Franky Zapata a une télécommande sans fil pour faire démarrer et contrôler la puissance de son flyboard (1.500 chevaux) qu’il enfourche via des chaussures spéciales. Pour avancer ou reculer, aller à droite ou à gauche, l’ancien champion de jet ski, qui a un GPS à bord pour se guider, joue sur l’inclination de son corps. Sur son dos, il porte un sac rempli de 35 litres de kérosène et relié au flyboard par deux tuyaux. « Le carburant est du kérosène jet comme celui qu’on trouve dans les hélicoptères », explique Stéphane Denis, le directeur artistique du projet.

Franky Zapata est l'inventeur du flyboard avec lequel il tentera la traversée de la Manche
Franky Zapata est l'inventeur du flyboard avec lequel il tentera la traversée de la Manche - Michel Spingler/AP/SIPA

Combien de temps doit durer la traversée ?

Franky Zapata espère boucler les 36 kilomètres qui séparent Sangatte de Douvres en moins de 20 minutes. Mais il ne traversera pas la Manche d’une traite. « Cela l’aurait obligé à porter 70 litres de kérosène (l’autonomie nécessaire pour ce type de distance) sur le dos soit le poids d’une personne. C’est trop lourd pour la machine. Il est donc obligé de ravitailler », poursuit Stéphane Denis.

C'est dans ce sac à dos que se trouve le kérosène qui alimente le flyboard
C'est dans ce sac à dos que se trouve le kérosène qui alimente le flyboard - Michel Spingler/AP/SIPA

Pourquoi Franky Zapata doit-il ravitailler en mer et non dans les airs comme prévu ?

A mi-chemin soit après 18 kilomètres de traversée, l’inventeur devra se poser sur un bateau d’une longueur de dix mètres pour changer de sac à dos et repartir avec 35 litres de kérosène plein le dos, le tout en moins de deux minutes. Ce n’était pas du tout le plan initial. Mais l’avis défavorable sur cette tentative, rendu il y a quelques jours par la préfecture maritime, a obligé le Marseillais à revoir ses plans.

« Le plan initial était de se ravitailler deux fois en vol, à l’aide d’un bateau positionné en mer. Pour nous, c’était plus pratique car nous n’avions pas à nous poser sur le bateau, ce qui nous enlevait des contraintes, notamment celle de la possibilité d’une mer déformée. Malheureusement, au départ, nous avons eu un avis défavorable de la préfecture maritime qui nous a interdit de nous ravitailler dans les eaux françaises, donc il a fallu changer tous les plans et développer à la dernière minute des sacs à dos de kérosène plus gros. Finalement, il n’y aura donc qu’un ravitaillement, côté anglais, à 18km des côtes françaises, je vais me poser sur un bateau et changer de sac à dos », regrette Franky Zapata qui va devoir faire attention à la houle pour réussir au mieux son atterrissage.

Ironie de l’histoire, la préfecture maritime a changé d’avis et finalement rendu un avis favorable mardi. Trop tard pour aller rechercher dans le Sud tout le système de ravitaillement.

A quelle hauteur le flyboard va-t-il voler au-dessus de la Manche ?

Pour cette première traversée, Franky Zapata et son flyboard voleront entre 15 et 20 mètres au-dessus de la mer, l’altitude à laquelle il évolue habituellement et qui lui permet de voir les bateaux. Même si l’avis défavorable rendu dans un premier temps par la préfecture maritime a failli changer tous ses plans. « On aurait dû voler à minimum 70 mètres de hauteur. C’était une complexité supplémentaire qui, heureusement, vient de tomber », se réjouit Franky Zapata.

A quelle vitesse va-t-il voler ?

S’il est capable de pousser son flyboard jusqu’à 200 km/h pour s’amuser, Franky Zapata ne prendra aucun risque ce jeudi. « Je volerai à 140km/h de moyenne ».

Pourquoi le vent et la chaleur peuvent-ils être des trouble-fêtes ?

Si la tentative est tentée entre six et neuf heures du matin ce jeudi, c’est avant tout pour éviter les grosses chaleurs annoncées dans le Nord. « Plus il fait chaud, plus il consomme et plus c’est dur physiquement. Plus il fait frais, mieux c’est pour lui », explique son directeur artistique. La force du vent est aussi capitale. Un vent de face ralentira sa traversée et pourrait l’empêcher de rejoindre le point de ravitaillement. Normalement, un vent de dos est prévu pour ce jeudi matin. Mais des rafales peuvent venir tout changer

Où va atterrir le flyboard ?

Si tout se passe bien, Franky Zapata atterrira de l’autre côté de la Manche dans la ville anglaise de Douvres. Si le lieu exact est gardé secret, on sait qu’il se posera sur une falaise située à 30 mètres de hauteur. « C’est un lieu magnifique qui ressemble au village des Hobbits », sourit un membre de son équipe.

Quels sont les risques encourus ?

Le principal risque reste évidemment celui d’un crash en pleine mer. Mais, même si le risque zéro n’existe pas, Franky Zapata, qui évalue à 70 % ses chances de réussite, a tout testé depuis des années pour éviter le pire. « Il a fait un travail inimaginable sur la sécurité. Il a prévu chaque panne. Il provoque des pannes sur la machine pour voir comment elle va réagir. Ce n’est pas un fou qui met une grenade entre ses pieds et qui se propulse. Il a réfléchi à tout plein de fois et teste son flyboard lui-même. Les erreurs techniques sont très très faibles », rassure Stéphane Denis.

Franky Zapata à l'entraînement
Franky Zapata à l'entraînement - AFP

Comment Franky Zapata s’est-il préparé pour cette traversée ?

Ancien champion du monde de jet ski, le Marseillais a suivi une préparation physique de très haut niveau pour réussir cette traversée très exigeante. « C’est un effort d’une vingtaine de minutes qui correspond à ce j’ai fait dans ma vie à savoir des courses de jet-ski. Sauf que là, ça brûle beaucoup au niveau des cuisses. Ça ressemble à une longue descente à skis. Si vous voulez ressentir l’effort, vous vous mettez en chaise contre le mur avec cinquante kilos sur le dos et vous restez un quart d’heure comme ça », sourit Franky Zapata.

Sauf que le quadragénaire ne s’est pas du tout marré pendant sa préparation. Un gros accident de ski en février dernier a bien failli tout remettre en cause. « J’ai fait cinq jours de réanimation, j’ai eu une vingtaine de fractures, quinze côtes cassées, trois fractures du bassin. Tout le côté gauche du corps était quasiment broyé. J’ai eu du mal à m’en remettre. Du coup, ça fait quatre mois que je fais trois entraînements par jour pour rattraper le retard. Et là, je suis prêt », assure « Robocop » Zapata.

La date du 25 juillet a-t-elle été choisie au hasard pour tenter la traversée ?

Non. Si Franky Zapata s’élancera jeudi 25 juillet de Sangatte pour traverser la Manche, c’est pour faire un clin d’œil à Louis Blériot​ qui avait été le premier à réussir à rallier la France et l’Angleterre en avion le 25 juillet 1909. Cent dix ans plus tard, le quadragénaire espère bien rejoindre la liste des illustres pionniers avec son flyboard du XXIe siècle.