Vidéo porno, sites parodiques... Le site officiel du grand débat national victime de «typosquatting»

POLITIQUE L’Elysée n’a, semble-t-il, pas pris le soin de verrouiller les noms de domaine ressemblants avant de lancer le site officiel…

Hakima Bounemoura

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Capture d'écran du site officiel du Grand débat national.
Capture d'écran du site officiel du Grand débat national. — Capture d'écran
  • Le site du grand débat national fait déjà l’objet de détournements et de parodies.
  • Plusieurs internautes ont acheté des noms de domaine à l’orthographe proche de celle du site officiel.
  • Ce type d’arnaque est bien connu des experts en sécurité informatique et porte le nom de typosquatting.
  • L’Elysée n’a, semble-t-il, pas pris le soin de verrouiller les noms de domaine ressemblants avant de lancer le site officiel.

Il a été mis en ligne mardi soir, mais il fait déjà l’objet de détournements et parodies. Le site internet du grand débat national lancé par Emmanuel Macron pour répondre à la crise des « gilets jaunes » est déjà victime de cybersquattage. En jouant sur des variantes orthographiques ou des noms de domaine très ressemblants, certains ont senti le bon filon et tentent aujourd’hui de s’attirer une partie du trafic généré par cette plateforme censée recueillir les doléances des Français jusqu’au 21 mars.

L’Elysée a semble-t-il agi avec précipitation et n’a pas pris le soin de verrouiller les noms de domaine ressemblants avant de lancer le site officiel, qui a été créé le 20 décembre 2018. Une petite erreur de frappe peut ainsi vous renvoyer vers une plateforme d’un tout autre genre : « granddébat.fr » (avec un accent), « grandebat.fr » voire « grandebatnational.fr » (à chaque fois avec un « d » en moins)…

Une arnaque bien connue des experts en sécurité informatique

Ce type d’arnaque est bien connu des experts en sécurité informatique et porte le nom de typosquatting ou typosquattage. Il s’agit d’une forme de cybersquattage se fondant principalement sur les fautes de frappe et d’orthographe commises par l’internaute au moment de saisir une adresse web dans un navigateur.

Ce procédé malveillant se propage depuis environ une dizaine d’années. Plusieurs grands groupes français disent en avoir déjà été victimes, notamment Air France, le groupe Vinci en 2016, ou encore plus récemment Google, Yahoo, ou YouTube. « On a assisté à un record de plaintes pour cybersquattage en 2017 auprès de l’OMPI [Organisation mondiale de la propriété intellectuelle] », explique Francis Gurry, le directeur général de la structure. « En portant atteinte aux marques dans le système des noms de domaine, le cybersquattage nuit au commerce légitime et porte préjudice aux consommateurs », ajoute-t-il.

« Appelle Manu et envoie tes doléances »

Sur le site parodique « grandebat.fr », le chef de l’Etat s’adresse ainsi aux Français, expliquant que « las des conseils avisés des brillantes personnes qui m’entourent, l’heure est venue de donner la parole à ceux qui ne sont rien, ces Gaulois réfractaires qui nous coûtent un pognon de dingue », le tout signé : « Votre dévoué Jupiter ».

Capture d'écran du site parodique Grandebat.fr.
Capture d'écran du site parodique Grandebat.fr. - Capture d'écran

Quand au site « grandebatnational.fr », repéré par Le Figaro, il invite l’internaute à appeler directement le standard de l’Elysée pour déposer ses doléances. Le site « www.grandébat.fr » renvoie, lui, vers un site pornographique. « Appelle Manu et envoie tes doléances au….», est-il écrit sur la page d’accueil.

Capture d'écran du site Le Grand Ebat national.
Capture d'écran du site Le Grand Ebat national. - Capture d'écran Twitter

Des omissions dans les mentions légales

Le site NextInpact note par ailleurs plusieurs omissions en matière de mentions légales sur le site mis en ligne par le gouvernement, notamment à propos de l’adresse mail à renseigner pour être averti du lancement des contributions.

Officiellement lancé mardi par Emmanuel Macron depuis Grand Bourgtheroulde dans l’Eure, le grand débat national doit durer jusqu’à la mi-mars. Il s’articule autour de quatre sujets : la transition écologique, la fiscalité et les dépenses publiques, la démocratie et la citoyenneté, et l’organisation des services publics.