Grand débat national: «Retard», budget incertain, changement de pilotes... Pourquoi le démarrage est-il aussi poussif?

POLITIQUE Emmanuel Macron a officiellement lancé ce mardi le «grand débat national» qui doit se dérouler partout en France jusqu’au 15 mars…

Laure Cometti et Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron s'interroge sur les modalités du grand débat.
Emmanuel Macron s'interroge sur les modalités du grand débat. — Philippe Wojazer/AP/SIPA
  • Le «grand débat national» a été lancé ce mardi par Emmanuel Macron devant 600 maires normands, dans l'Eure.
  • Nombre de des détails pratiques restaient flous le jour J. 
  • Les maires, que l'exécutif veut associer pleinement, font part d'un manque d'information sur les modalités concrètes de l'organisation et la restitution des ateliers locaux.

Un «grand débat national» en mode diesel. Emmanuel Macron annonçait le 27 novembre la tenue d’une « grande concertation de terrain » pour répondre à la crise des « gilets jaunes ». Un mois et demi plus tard, le chef de l’Etat en a donné ce mardi le coup d’envoi officiel devant 600 maires à Grand Bourgtheroulde dans l’Eure. Les débuts s’annoncent pourtant poussifs car de nombreux détails pratiques restent flous.

« Ça a pris du retard, car ce n’est pas facile à mettre en place : le débat va durer deux mois, avec plusieurs milliers de réunions partout en France, assume François Patriat, chef de file des sénateurs LREM et proche du président. Pour que tout se déroule dans de bonnes conditions, il n’est pas anormal que cela prenne quelques jours de plus. Il n’y a là ni raté, ni rétropédalage ».

« L’exécutif a changé complètement la forme »

Pourtant, le gouvernement avait d’abord confié la préparation des débats à la Commission nationale du débat public (CNDP). Mais après la polémique sur son salaire, la présidente Chantal Jouanno a décidé de renoncer. Pour piloter l’opération, l’exécutif a donc sorti de son chapeau le duo Sébastien Lecornu et Emmanuelle Wargon. « Il a complètement changé la forme. On partait sur l’idée d’un débat fait par les citoyens, là on a l’impression que c’est un débat fait par l’exécutif », regrette la CNDP.

Résultat : le travail préparatoire fait par la commission a été revu et corrigé. « Le site était totalement prêt pour le 15 janvier. Nous proposions qu’il soit ouvert à tous et à toutes les contributions. Or, vu la façon dont la lettre du président amène une trentaine de questions, l’Elysée semble plutôt opter pour des contributions plus fermées », craint l’autorité administrative.

Sans retard pour autant, défend le cabinet du Premier ministre : « Le site sera opérationnel vers 20-21 heures ce mardi soir. On y trouvera les lieux et dates des débats prévus localement, et un kit ». Mais pour contribuer, les Français devront patienter jusqu’à lundi prochain. « Ce délai est voulu. On a choisi de développer plus vite le kit, plutôt que le site », évacue Matignon, qui ajoute, l’air de rien : « certains ont livré des outils qui n’étaient pas bons… », sans plus de précision.

« Un manque de professionnalisme dans l’entourage d’Emmanuel Macron »

Avec la CNDP sur la touche, le gouvernement a décidé de nommer cinq garants pour assurer la neutralité de la concertation. Mais les noms qui devaient être connus lundi ne le seront finalement que vendredi. Pas de quoi rassurer Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux (Hauts-de-France) et secrétaire général de l’Association des maires de France : « On avait demandé à l’Etat de mettre en place des médiateurs neutres. On était d’accord sur la CNDP, maintenant il n’y a plus de CNDP… On nous parle de cinq types garants, mais ça ne suffira pas, ils ne vont pas courir partout en France… »

Les maires, que l’exécutif souhaite associer pleinement au « grand débat national », n’ont pas été beaucoup plus informés sur les modalités pratiques : mise à disposition de salles, animation, restitution des échanges… « Rien n’a été dit sur une éventuelle aide matérielle ou financière. Lorsqu’on organise des débats de ce type dans nos communes, on ne les lance pas avant que tout soit prêt. Il doit y avoir des tensions internes ou un petit manque de professionnalisme dans l’entourage d’Emmanuel Macron pour expliquer ces retards », s’inquiète Philippe Laurent.

Un budget tout aussi flou

« Les élus pourront télécharger le kit [méthodologique] sur internet dès mardi dans la soirée », répond Matignon. Mais auront-ils plus d’informations sur la remontée des revendications ? « Cela se fera probablement en ligne, on veut un système relativement ouvert, où tous les participants pourraient restituer un débat », suggère l’entourage d’Edouard Philippe. « Les coordinateurs pourront s’auto-désigner dans chacune des salles. Après tout, on est pour la démocratie citoyenne », sourit François Patriat.

La question du coût est tout aussi vague. L’enveloppe des quatre millions confiée en décembre à la CNDP sera dépassée, avance Matignon : « Le budget sera doublé, voire triplé ».