Des couverts réalisés à partir de douilles de balles... Action contre la faim lance sa campagne choc #StopHungerCrime

HUMANITAIRE L’association humanitaire dénonce, dans une campagne publicitaire délibérémment «provocante», l’instrumentalisation de la faim comme arme de guerre…

Hakima Bounemoura

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Un homme tenant des douilles vides près de l'aéroport de Ndjili à Kinshasa.
Un homme tenant des douilles vides près de l'aéroport de Ndjili à Kinshasa. — Gwenn Dubourthoumieu AFP
  • Action Contre la Faim dénonce l’instrumentalisation de la faim comme arme de guerre à travers une nouvelle campagne baptisée #StopHungerCrime.
  • L’association humanitaire a confectionné 200 paires de couverts de table à partir de douilles de balles non utilisées, récupérées dans des zones de guerre.
  • « Une campagne publicitaire bien réalisée est pensée pour capter l’attention et sensibiliser, voire choquer l’interlocuteur », explique un publicitaire.

Joli coup de com' ou campagne de pub « choquante » ? Action Contre la Faim a lancé ce lundi  sa nouvelle campagne internationale baptisée #StopHungerCrime. L’association humanitaire a confectionné 200 paires de couverts de table à partir de douilles de balles non utilisées, récupérées en zone de guerre, pour dénoncer l’utilisation de la faim comme arme de guerre. Elle incite les internautes à se mobiliser en se mettant en scène avec des couverts et en postant le maximum de messages sur les réseaux.

« Nous voulons initier un mouvement solidaire massif sur les réseaux sociaux en encourageant les publics à poster, selfies, vidéos et photos sur lesquels ils brandissent symboliquement les deux couverts croisés en signe de protestation contre l’utilisation de la faim comme arme de guerre. Plus le nombre de posts sera important, plus la cause sera visible et entendue dans le débat international », explique l’ONG, qui a choisi le chef pâtissier Christophe Michalak comme ambassadeur pour incarner ce combat.

« Une campagne publicitaire bien réalisée est pensée pour capter l’attention et sensibiliser, voire choquer l’interlocuteur »

Cette nouvelle campagne choc d’Action contre la faim se veut ouvertement « provocante ». « L’idée de l’agence de publicité Herezie [à l’origine de la campagne] était de confronter les gens aux situations de désespoir que vivent les populations. Au-delà des images, il fallait véritablement toucher les gens, avec quelque chose de palpable », précise  l’association humanitaire.

« Une campagne publicitaire bien réalisée est pensée pour capter l’attention et sensibiliser, voire choquer l’interlocuteur. Il y a toujours un arbitrage à faire entre la provocation et l’adhésion, entre la notoriété et l’attractivité. Pour exister, Action contre la faim doit se démarquer des autres ONG par ce genre de campagnes chocs », explique de son côté Marcel Botton, spécialiste des marques. « L’arrivée des nouvelles technologies a par ailleurs complètement bouleversé les codes de communication traditionnels. Les associations ou ONG ont bien compris le potentiel que les réseaux sociaux pouvaient représenter », ajoute l’expert.

La campagne a officiellement été lancée ce lundi, mais plusieurs personnalités ont d’ores et déjà répondu présentes en s’engageant sur Twitter.

Ce n’est pas la première fois qu’une association ou ONG entreprend une campagne de communication choc pour frapper les esprits. Pour alerter l’Union européenne sur les conséquences de sa politique étrangère, Sea Watch avait diffusé en 2016  la photo d’un bébé mort noyé. La même année, Médecins du Monde avait également dû renoncer à une campagne choc dénonçant le prix des médicaments pour lutter contre des maladies comme l’hépatite C, le mélanome ou la leucémie. La campagne avait tout simplement été retoquée par l’Autorité professionnelle de régulation de la publicité (ARPP).