Uber: La voiture autonome a vu la piétonne mais le freinage d'urgence était désactivé

ENQUETE Le régulateur américain des transports a publié un rapport préliminaire sur l'accident qui a coûté la vie à une femme, le 18 mars dernier...

P.B. avec AFP

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Extrait du rapport du régulateur américain des transports sur l'accident mortel impliquant une voiture autonome d'Uber du 18 mars 2018.
Extrait du rapport du régulateur américain des transports sur l'accident mortel impliquant une voiture autonome d'Uber du 18 mars 2018. — NTSB

Les instruments à bord de la voiture autonome d’Uber ont détecté un objet inconnu six secondes avant la collision. Ils l’ont ensuite identifié comme un véhicule, puis comme un vélo. A 1,3 seconde avant le choc, le système a déterminé qu’un freinage d’urgence était nécessaire. Problème : en mode autonome, Uber désactive le freinage d’urgence installé sur les SUV de Volvo afin d’éviter « une conduite erratique ». Et la piétonne, qui traversait en dehors des clous dans une zone non-éclairée, a été tuée, percutée à 62 km/h.

C’est ce qu’explique le régulateur américain des transports (NTSB), dans un rapport préliminaire publié jeudi. Ce dernier ne se prononce pas sur la responsabilité d’Uber, de l’opérateur du véhicule ou de la piétonne, qui sera déterminée dans le rapport définitif.

Le freinage désactivé pour éviter une conduite « erratique »

Le freinage d’urgence automatique est pourtant disponible sur cette gamme de SUV fabriqués par Volvo. Mais Uber les modifie et désactive cette fonction en mode autonome afin de « réduire de potentiels comportements erratiques du véhicule" – sans doute pour éviter les freinages intempestifs en cas de faux positifs. Le conducteur ou l’opérateur de la voiture, celui qui est derrière le volant, doit donc intervenir et reprendre le contrôle, sauf que le système n’est pas conçu pour l’alerter, affirme encore le NTSB.

En l’espèce, la conductrice "a repris le contrôle moins d’une seconde avant le choc et n’a commencé à freiner que moins d’une seconde après l’accident", conclut le régulateur américain. "L’opératrice du véhicule a déclaré, dans un entretien avec le NTSB, qu’elle surveillait l’interface de conduite autonome du véhicule et que si ses téléphones personnel et professionnel étaient dans la voiture, elle ne les a utilisés qu’après l’accident", peut-on encore lire dans le communiqué.

Tests suspendus

A la suite de cet accident survenu le 18 mars sur une route de l’Arizona, Uber a suspendu tous ses tests de voiture autonome sur route dans tous les Etats-Unis ainsi qu’à Toronto, au Canada, mais espère les reprendre bientôt. Le service de réservation de voitures avec chauffeur a toutefois décidé d’arrêter ses opérations dans l’Arizona, selon une source proche du dossier.

Uber a également recruté un ancien patron du NTSB pour l’aider à maîtriser les arcanes de l’administration en termes d’exigences en matière de sécurité. Outre le freinage d’urgence, le rapport du NTSB note par ailleurs que la piétonne tuée, une sans-domicile, était habillée en noir, "ne regardait pas en direction du véhicule jusqu’au moment de l’accident et traversait la route à une section qui n’était pas directement éclairée". Le vélo qu’elle poussait n’avait pas de réflecteurs et des tests toxicologiques de la victime se sont révélés "positifs" à la méthamphétamine et à la marijuana. Uber a trouvé un accord à l’amiable avec sa famille pour éviter des poursuites judiciaires.