Accident mortel d’un Uber: Quels obstacles la voiture autonome doit-elle encore surmonter?

SECURITE Un véhicule autonome d’Uber a été impliqué dans un accident mortel aux Etats-Unis lundi…

L.B.

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Un des véhicules autonomes d'Uber a été impliqué lundi dans un accident mortel avec une piétonne à Tempe (Arizona)
Un des véhicules autonomes d'Uber a été impliqué lundi dans un accident mortel avec une piétonne à Tempe (Arizona) — Chris Carlson/AP/SIPA
  • Le véhicule était en mode autonome lors de la collision avec un opérateur derrière le volant.
  • Uber et d’autres constructeurs et opérateurs automobiles américains testent des véhicules sans conducteurs dans plusieurs villes américaines.

Il va falloir attendre encore un peu avant de voir des robots taxis dans nos villes. Un véhicule autonome d’Uber a été impliqué dans un accident mortel aux Etats-Unis ce lundi. Selon Uber, « le véhicule était en mode autonome lors de la collision, avec un opérateur derrière le volant » lorsqu’il a heurté « une femme qui traversait en dehors des clous ». Cette dernière a été hospitalisée avant de décéder. L’entreprise a décidé de suspendre son programme de circulation de voitures sans conducteur.

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Cet accident risque de porter un gros coup à la réputation de cette technologie alors que ses défenseurs estiment, précisément, que la voiture autonome serait plus fiable que les humains. Au-delà du problème de sécurité, la voiture autonome a plusieurs obstacles à surmonter. Les véhicules sans chauffeur sont-ils vraiment ce que l’on souhaite pour notre futur ? On fait le point avec Laurent Meillaud, expert des technologies automobiles, sur les derniers verrous à lever avant de voir cette technologie se démocratiser.

La question de la sécurité

Ce n’est pas un accident qui va tout remettre en question. Il pourrait refroidir les ardeurs d’Uber, mais il ne prouve pas que les voitures autonomes sont dangereuses. Pour Laurent Meillaud, cette technologie « reste plus fiable qu’un humain. Ce n’est pas parce qu’il y a eu un accident que ce sera la fin de la voiture autonome ».

Aujourd’hui, sur un plan commercial, on trouve des systèmes de niveau 2, une aide à la conduite, le niveau 3 arrive [le conducteur délègue la conduite dans des situations pré-définies]. « Tous les systèmes à ce jour nécessitent de garder les mains sur le volant », explique l’expert des technologies automobiles pour qui le risque zéro n’existe pas. « Il s’agirait d’un constructeur automobile, ça aurait été différent, mais on parle d’une société de la Silicon Valley qui n’a pas vraiment de légitimité sur le marché de la voiture autonome, elle a juste débauché des ingénieurs qu’elle paye très cher ».

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Des petits problèmes techniques à résoudre

La voiture autonome n’est pas encore au point. Ne rêvons pas, les robots-taxi ne vont pas tout de suite remplacer les chauffeurs Uber. « Il reste encore beaucoup de travail : affiner les capteurs pour qu’il y ait de la redondance derrière, un peu comme dans l’aéronautique », explique Laurent Meillaud. Les constructeurs ont prévu de le faire à partir de 2020 quand ils sortiront leurs modèles de série. Pour l’instant, Uber, Google et les autres font du bricolage : « ils mettent des capteurs sur un toit ». L’architecture électronique doit aussi changer pour que l’information circule très vite quand un danger a été détecté. Avec la 5G, les alertes sur l’environnement seront beaucoup plus rapides.

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Le frein psychologique

Pour certains, laisser la voiture conduire à leur place ne va pas être facile. Le verrou psychologique est peut-être le plus difficile à lever. « Tant qu’on n’a pas essayé, on ne sait pas de quoi on parle. Devant une voiture autonome, il y a deux types de réactions : ceux qui se cramponnent au volant parce qu’ils ont une trouille bleue et ceux qui essayent et se rendent compte que la voiture réagit bien », observe l’expert. Les premiers ne monteront probablement jamais dans ces voitures. Mais, à long terme, tout l’intérêt de cette technologie, c’est de prendre des taxis qui coûtent trois fois rien. Ça devrait faire changer d’avis plus d’un détracteur.