VIDÉO. Affaire Jeremstar: Une vidéo postée sur Snapchat peut-elle servir de preuve devant la justice?

JUSTICE Une plainte a été déposée lundi à Nîmes (Gard) pour « viol sur mineur » à l’encontre d’un proche du chroniqueur TV et personnalité des réseaux sociaux Jeremstar, également visé dans cette procédure…

H.S.

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Logo Snapchat sur un téléphone
Logo Snapchat sur un téléphone — Robyn BECK / AFP
  • Jeremstar, ou Jeremy Gisclon, publie régulièrement des extraits de sa vie sur le réseau social Snapchat.
  • Snapchat permet de diffuser des vidéos de façon éphémère. 
  • Il est, depuis un semaine, au coeur d'une polémique et désormais d'investigations policières.

Dans un premier temps, Jeremstar a nié : « Si j’ai longtemps entretenu une relation amicale avec Pascal Cordonna, je tiens à préciser que je n’ai absolument rien à voir avec sa vie intime ». Puis dans un second communiqué publié mardi 23 janvier, le chroniqueur TV a nuancé : « Oui, j’ai assisté à des soirées chez lui. La chose est vraie. Je les ai même retransmises en direct sur mon compte Snapchat ».

Snapchat, au cœur de l’affaire

Depuis une semaine, le jeune homme très populaire sur les réseaux sociaux et particulièrement auprès des adolescents, est au cœur d’une polémique médiatique et judiciaire. L’affaire a démarré avec une avalanche de tweets diffusant notamment une vidéo à caractère sexuel où apparaît Jeremstar et des extraits de conversations privées, relayant des accusations graves de détournement de mineurs contre Pascal Cardonna, un cadre nîmois de France Bleu.

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Utilisateur infatigable de Snapchat, une application de diffusion de vidéos et photos éphémères, Jeremstar est aujourd’hui l’une des personnalités françaises les plus suivies sur ce réseau. Du matin au soir, le chroniqueur documente sa vie au rythme de dizaines de vidéos postées sur son compte. Ainsi, certaines séquences dans lesquelles on voit Jeremstar et Pascal Cardonna ensemble lors de soirées ont été isolées et mises en avant par des internautes pour démontrer le lien d’amitié qui unit les deux hommes. Pour autant, un « snap » peut-il servir de preuve dans le cadre d’une enquête de police et devant une juridiction ?

« La preuve est libre »

Pour l’avocat au barreau de Paris Thierry Vallat, c’est une évidence : « En droit pénal, la preuve est libre, c'est à dire recevable ! Une capture d’écran, une vidéo, une photo, n’importe quel fichier numérique peut servir de preuve. Régulièrement d’ailleurs, ces éléments sont visionnés au tribunal lors des procès ou figurent au dossier d’instruction ».

Même si Snapchat a la particularité de diffuser des contenus pendant quelques secondes seulement avant qu’ils ne « disparaissent », l’avocat spécialiste du numérique ajoute : « Il existe de nombreuses fonctionnalités permettant d’enregistrer ces vidéos. Sur Internet, il ne faut jamais oublier que ce qui est éphémère ne l’est jamais vraiment. Idem pour l’anonymat : sur les réseaux, on ne l’est jamais vraiment ».

Risques de trucage ou de modification

Mais il ne suffit pas d’apporter aux enquêteurs une simple capture d’une vidéo, nuance Magaly Lhotel, avocate associée au cabinet Pixel et spécialiste en droit de la vie privée. « Une vidéo de vidéo peut largement être contestée. Pour qu’une preuve soit solide, il faut qu’elle soit constatée par un officier de police judiciaire ou un huissier. Il faut pouvoir prouver qu’elle n’a pas été modifiée ou truquée. Si un internaute a filmé une vidéo diffusée sur Snapchat par exemple sans être authentifiée, le juge pourrait décider de rejeter cette preuve ».

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Autre possibilité pour les enquêteurs, formuler une demande de communication de contenu au diffuseur, en l’occurence ici Snapchat. Une alternative qui peine toutefois à aboutir poursuit Magaly Lhotel : « C’est tout à fait possible, oui. Mais de façon quasi-systématique, ces entreprises américaines refusent pour des questions de respect de la confidentialité des utilisateurs ».