Ingérence de la Russie dans le Brexit: Le ton monte entre les députés britanniques et Facebook et Twitter

RÉSEAUX SOCIAUX Une commission de la chambre des Communes a lancé une enquête sur une éventuelle ingérence russe sur les réseaux sociaux lors du référendum sur la sortie de l'UE…

H.S.
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Twitter a répondu aux élus anglais le 13 décembre dernier.
Twitter a répondu aux élus anglais le 13 décembre dernier. — ISOPIX/SIPA
  • Fin novembre, le président de la commission en charge de l’enquête sur l’ingérence russe avait demandé à Facebook et Twitter de transmettre aux élus leurs données.
  • Facebook comme Twitter s’étaient engagés à mener des investigations en interne et à publier leurs données aux élus « mi-décembre »
  • La réponse fournie par les deux réseaux sociaux a été jugée décevante.

La réponse est pour le moins décevante. Mercredi dernier, le président d’une commission parlementaire britannique, Damian Collins, a accusé le géant américain Facebook d’avoir négligé une demande d’informations qui lui a été faite sur une possible ingérence russe dans le vote sur le Brexit.

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Un mois plus tôt, le Times publiait une étude réalisée par des chercheurs de l’université de Californie. Selon eux, 156.252 comptes Twitter basés en Russie ont évoqué le Brexit les jours précédant le référendum sur ce sujet. Ces comptes, des robots (ou « bot ») pour la plupart auraient relayé près de 45.000 messages en faveur d’une sortie de l’Union Européenne en 48 heures. Des éléments suffisants pour que la commission chargée du numérique, de la culture, des médias et du sport (DCMS) de la chambre des Communes lance une enquête.

Trois publicités identifiées

Ces derniers mois, les élus britanniques ont sollicité Facebook et Twitter en leur demandant de leur fournir toutes leurs données internes sur d’éventuelles « ingérences » russes, à la suite notamment des révélations liées à l’Internet Research Agency. Cette société de Saint-Pétersbourg, liée au renseignement russe, est accusée d’avoir publié des milliers de messages pour influencer l’élection présidentielle américaine de 2016.

Dans une lettre adressée à la commission électorale britannique, Facebook affirme n’avoir trouvé que trois publicités financées par cette société et ayant touché une audience britannique, pour une valeur légèrement inférieure à un dollar.

Facebook précise que ces annonces visaient aussi une « audience américaine », et qu’elles n’ont donné lieu côté britannique qu’à « 200 impressions [affichages sur un écran] », pendant quatre jours en mai 2016. Facebook, qui assure avoir enquêté « très sérieusement », ajoute que ces messages avaient trait à l’immigration, et non au référendum sur l’UE. Insuffisant toutefois pour le président de la DCMS, Damian Collins.

« Il semblerait qu’aucun travail n’ait été fait par Facebook pour rechercher d’autres faux comptes et pages qui pourraient être liés à des agences soutenues par la Russie et qui étaient actifs lors du référendum sur l’UE, comme je l’ai demandé », a-t-il déclaré. « J’ai rencontré Facebook et je leur ai demandé de nouveau une réponse complète », a-t-il dit.

Des résultats « insuffisants »

Twitter, comme Facebook, a également adressé une lettre de réponse à Damian Collins jugée « totalement insuffisante » par l’élu. Les investigations menées au sein du réseau n’auraient permis d’identifier qu’un seul compte diffusant des contenus sponsorisés pros Brexit. Or, aucun compte de « particulier » n’aurait été analysé malgré les sollicitations de la commission.

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Damian Collins a décidé, dans la foulée, d’adresser un courrier au PDG de Twitter, Jack Dorsey. « C’est étrange que nous recevions davantage de données sur les activités menées sur votre site pendant le vote de la part de journalistes ou d’universitaires », s’est étonné l’élu dans sa lettre.

Mardi 19 décembre, le Financial Times publiait les résultats d'une étude menée par l’université d’Oxford. Selon les chercheurs, seule une centaine de comptes liés à la Russie auraient été particulièrement actifs lors des deux semaines précédents le référendum, publiant près de 16.000 messages en faveur du Brexit. L’étude ne dit pas en revanche l’impact qu’ont pu avoir ces tweets ni combien d’internautes britanniques y ont eu accès. Pour l’heure, ni Facebook ni Twitter n’auraient répondu aux nouvelles sollicitations des élus de la commission.