Référendum sur le Brexit: Pourquoi la publication des données Twitter et Facebook sur l'ingérence russe est très attendue

BREXIT Les réseaux Twitter et Facebook se sont engagés à fournir au président du comité parlementaire britannique sur le numérique les données visant à prouver une éventuelle ingérence Russe lors de la campagne sur le Brexit…

Helene Sergent

— 

Twitter a supprimé de nombreux comptes "automatiques" jugés pro-russes.

Twitter a supprimé de nombreux comptes "automatiques" jugés pro-russes. — ISOPIX/SIPA

  • Une commission parlementaire britannique a demandé à Facebook et Twitter de fournir leurs données concernant une éventuelle ingérence russe lors du vote sur le Brexit.
  • Selon le Times, des comptes Twitter russes auraient posté plus de 45.000 messages en 48 heures lors du vote pour le référendum britannique.

«Nous savons ce que vous faites. Et vous ne réussirez pas ». Le 14 novembre dernier, la Première ministre britannique, Theresa May, a adressé à ses homologues russes un message ferme. Quelques semaines plus tôt, le Times publiait une étude réalisée par des chercheurs de l'univeristé de Californie. Selon eux, 156.252 comptes Twitter basés en Russie ont évoqué le Brexit les jours précédant le référendum sur le Brexit. Ces comptes, des robots (ou « bot ») pour la plupart auraient relayé près de 45.000 messages en faveur d’une sortie de l’Union Européenne en 48 heures.

>> A lire aussi : Royaume-Uni: Theresa May dénonce les «actes hostiles» de la Russie

Une commission parlementaire saisie

Si le résultat final du vote - la sortie de la Grande Bretagne de l'UE - ne peut être attribué à cette seule campagne menée sur Facebook et Twitter, les chercheurs s'interrogent. « Les réseaux sociaux peuvent avoir un effet sur l’opinion publique. Les bots (ou « robots ») peuvent diffuser et amplifier les fausses informations (…) les utilisateurs de ces réseaux sont de plus en plus enclins à croire et même à s’emparer de ces fausses informations (…) et dans le même temps ces utilisateurs semblent se distancier des sources d’information fiables qui contredisent leurs opinions », conclue l’étude de Berkeley.

>> A lire aussi : Twitter révèle que la Russie a financé des tweets pendant l'élection américaine

Mi-octobre, une commission parlementaire chargée du numérique au Royaume-Uni s’est penchée sur la question, sommant les deux géants du Web de lui fournir tous les éléments dont ils disposent sur ces comptes russes et sur les éventuelles publicités pro-Brexit achetées et diffusées sur Facebook.

Le 28 novembre, Buzzfeed a publié la réponse apportée par les responsables de ces sites. Facebook comme Twitter se sont engagés à mener des investigations en interne et à transmettre leurs données aux élus « mi-décembre ».

Une influence difficile à mesurer

« On a du mal à estimer le véritable impact de ces tentatives d’ingérence. Le précédent américain pendant l'élection de Donald Trump et les différentes auditions devant le Congrès ont permis de mieux comprendre le schéma utilisé par la Russie lors d’échéances électorales », analyse Tristan Mendes France, enseignant au Celsa et spécialiste des nouveaux usages numériques.

« Les acteurs et leurs fronts sont nombreux : hacking des télécommunications, diffusion massive de fausses informations, achat de publicités orientées, le tout relayé par des médias pro-Kremlin, eux-mêmes repris par des médias traditionnels britanniques et notamment les tabloïds », poursuit-il.

Pour Ben Nimmo, chercheur spécialiste de l’influence russe en ligne contacté par 20 Minutes, la publication des données par Facebook et Twitter est fondamentale : « Tant que nous n’avons pas ces informations solides, c’est très difficile de mesurer l’impact de la Russie sur l’opinion publique britannique. Toutefois, on sait par exemple que les contenus créés par des "usines à trolls" en Russie ont pu atteindre 100 millions d'internautes aux Etats-Unis. Si les données fournies par les deux sites sont similaires à l’échelle britannique, il va falloir que le gouvernement s’interroge sur sa capacité de résilience face à ce type d’ingérence ».

Une marge de manœuvre limitée

Interrogé par la BBC, le président de la commission parlementaire britannique Damian Collins a estimé que les Anglais avaient « le droit de savoir » comment ces sites avaient pu servir de plateforme de propagande lors du référendum : « Le public britannique a le droit de comprendre l’ampleur et la portée de la campagne de désinformation menée par la Russie au Royaume-Uni ».

>> A lire aussi : Un bug informatique a empêché de nombreux Britanniques de s’inscrire pour voter sur le Brexit

Une demande légitime mais des pouvoirs limités nuance Emmanuelle Saulnier-Cassia, professeure de droit public à l’université de Versailles et auteure d’une thèse sur les Parlements français et britannique. « Si l’influence russe est avérée ces prochains jours par Facebook et Twitter, la commission parlementaire ne pourra pas faire grand-chose. Elle peut produire un rapport, présenter une résolution ou interpeller Theresa May à la Chambre des Communes. Elle peut aussi exiger une enquête des services de renseignement britanniques mais ils s’y sont refusés jusqu’ici », développe-t-elle.

Si l’action des pouvoirs publics semble limitée, la société civile dispose, elle, de plus en plus d’outils pour lutter contre toute forme de propagande en ligne tempère Tristan Mendes France : « Il faut accentuer la sensibilisation et l’éducation sur le sujet. Y compris des élus. Mais notre fragilité découle aussi de ce qui fait la valeur de nos démocraties. Contrairement aux pays qui nous attaquent, nous sommes des espaces ouverts et c’est cette ouverture qui nous rend plus fragiles. En Russie, une campagne comme celle orchestrée pendant le Brexit serait impossible à mettre en œuvre tant le pouvoir contrôle ce qui se fait et se dit sur les réseaux sociaux ».