La leçon de Bill Gates aux entrepreneurs français

Alice Antheaume

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Bill Gates le 29 janvier 2008 à Paris
Bill Gates le 29 janvier 2008 à Paris — B. TESSIER / REUTERS

Au siège du Medef, dans le 7ème arrondissement de Paris, le dispositif est proche de celui déployé pour les visites de Tom Cruise: gardes du corps au regard sombre, attachées de presse qui courent dans tous les sens... Pourtant, l’hôte de marque, ce mercredi, c’est Bill Gates, le boss de Microsoft. Reçu par Laurence Parisot, la patronne du Medef, en veste de tailleur rose, sur la musique de George Michael, le cofondateur de l’entreprise américaine a l’air du parfait geek. De son regard enfantin à 52 ans sonnés, il observe, amusé, les slogans projetés dans l’auditorium: ici, «l’entreprise, c’est la vie» ; là, «benchmarker, c’est la santé» ou encore «a computer on every desk and in every home» (un ordinateur sur chaque bureau dans tous les foyers), l’une de ses propres citations étalée sur grand écran.


Bill Gates @MEDEF Episode 3
envoyé par Pappy_Boyington

La tournée

Bill Gates est en tournée: après avoir signé dans la matinée un partenariat numérique avec Paris et avant de donner une conférence aux étudiants de la Sorbonne, il s’adresse à un parterre de chefs d’entreprise français, venus par centaines assister à la conférence du maître qui, trente ans après avoir fondé Microsoft, se félicite d’avoir «1 milliard d’ordinateurs dans le monde qui tournent avec Windows (un système d’exploitation conçu par Microsoft, ndlr)». Pour lui, l’équation est simple: plus l’environnement des employés est numérique, plus l’entreprise croît et la productivité des salariés s’améliore. Car l’archivage d’informations en ligne, les vidéoconférences, l’échange d’emails plutôt que les courriers, la sauvegarde de données confidentielles permet de gagner du temps. Et si la société évolue vers une plus grande numérisation — elle n’est qu’à «1/3 de son aboutissement numérique», selon Bill Gates — le dicton «le temps c’est de l’argent», lui, reste d’actualité.

Quand la majorité de l’assistance paraît transportée par les propos de Bill Gates, quelques rebelles ne manquent pas de noter «ses slides ringards» (c’est-à-dire sa présentation projetée sur écran) et s’amusent de le voir prononcer à plusieurs reprises les mots «Apple», «Google» ou «iPod», grands noms de la concurrence. «Il y a dix ans, seul IBM pouvait se targuer d’être un concurrent sérieux de Microsoft, explique Bill Gates Aujourd’hui, Apple est revenu parmi nos rivaux. Le nombre de concurrents qui vont et viennent montrent le dynamisme de notre secteur.»

Interrogé sur le succès de Google, Bill Gates reconnaît que «c’est un formidable outil. Et ce qu’ils font, la pub sur un moteur de recherche, j’aurais dû y penser…» Aussitôt, le patron américain se ressaisit: «notre seul vrai concurrent, c’est la version antérieure de ce que l’on fait. Office 5 quand on sort Office 6 par exemple.»

Autopromotion

A partir de juillet prochain, Bill Gates ne sera plus qu’à temps partiel à Microsoft. Mais il continue de vendre sans relâche sa marque. Ainsi que celle qui va l’occuper par la suite, la «Bill & Melinda Gates Foundation», la fondation caritative qu’il a fondée avec sa femme à la fin des années 1990. «Les pays qui ont le plus besoin de progrès technologiques sont ceux qui en reçoivent le moins, déplore-t-il en conclusion de son discours. Il faut canaliser l’innovation vers les états les plus pauvres. Il faut avoir cette approche. C’est ce que fait ma fondation.»