Viol collectif en direct sur Facebook: Que risquent ceux qui regardent?

FAITS DIVERS Un viol collectif diffusé en direct sur l’application Facebook Live a été regardé par une quarantaine de personnes aux Etats-Unis...  

Thibaut Chevillard

— 

Eddie Johnson, le chef de la police de Chicago, lors d'une conférence de presse, dimanche 2 avril 2017.
Eddie Johnson, le chef de la police de Chicago, lors d'une conférence de presse, dimanche 2 avril 2017. — Michael Tercha/AP/SIPA

Ils l’ont regardé souffrir mais n’ont rien fait pour arrêter son calvaire. La vidéo du viol d’une jeune fille de 15 ans, à Chicago, a été diffusée en direct sur Facebook la semaine dernière. Les images avaient attiré jusqu’à 40 spectateurs en même temps. Pourtant, aucun n’a pris la peine de contacter la police. La vidéo du crime a été retirée, après que les forces de l’ordre ont demandé à Facebook de le faire. « Cela me dégoûte que des gens puissent regarder ces vidéos et ne décrochent pas le téléphone pour appeler les services d’urgence », soupire Eddie Johnson, le chef de la police de Chicago, dimanche.

>> A lire aussi : Émotion à Chicago après la diffusion d'un viol collectif sur Facebook

En France, que risquent des internautes qui auraient, eux aussi, assisté en direct sur Facebook à la commission d’un crime ? « Si la vidéo est explicite, s’il est bien précisé que c’est en direct et si les personnes la regardent durant un laps de temps suffisamment long, le parquet peut engager des poursuites pour non-assistance à personnes en danger », explique à 20 Minutes  Mélodie Kudar, avocate pénaliste au barreau de Versailles. Ces internautes risquent une peine de cinq ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende, prévue par le Code pénal.

«Complicité», «non-dénonciation de crime»...

« Le parquet peut aussi les poursuivre pour complicité si, par exemple, ils commentent ou échangent avec l’auteur du crime de manière à l’encourager ou à lui donner des instructions », poursuit l'avocate. Elle souligne qu’ils peuvent également faire l’objet d’une enquête pour non-dénonciation de crime s’ils étaient en mesure de « prévenir » les autorités ou si l’auteur est susceptible « de commettre de nouveaux crimes qui pourraient être empêchés », comme le prévoit la loi. Dans ce cas, ils risquent trois ans de prison et 45.000 euros d’amende.

« La non-assistance à personne en danger étant davantage punie, le parquet privilégiera sans doute cette qualification », estime Mélodie Kudar, soulignant que la décision reste entre les mains du procureur. Reste à savoir, note-t-elle, si Facebook communiquera aux autorités les adresses IP des internautes ayant regardé la vidéo. De son côté, la firme de Mark Zuckerberg a indiqué à Mashable prendre « très au sérieux la question des vidéos montrant les agressions sexuelles parce qu'en étant partagées, celles-ci glorifient la violence ».

Un guide publié par Facebook

Le réseau social a aussi publié plusieurs règles à destination des « autorités judiciaires et de police » qui « souhaitent faire la demande de données enregistrées sur Facebook ». « Dans les cas de risque imminent pour un enfant ou de risque de mort ou d’atteinte sérieuse à l’intégrité physique d’une personne, et lorsque le cas en question oblige à la divulgation d’informations sans délai, un représentant des autorités de police peut soumettre une demande par le biais du Système de demande en ligne destiné aux forces de l’ordre », explique le site américain. Il souligne également que « tout utilisateur ayant connaissance d’une situation d’urgence doit contacter immédiatement et directement les autorités locales compétentes ». Au cas où il n'aurait pas pensé à le faire lui-même....