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Un institut en plein Paris pour «jouer» à sauver des vies

Un institut en plein Paris pour «jouer» à sauver des vies

REPORTAGEDes robots ultra-réalistes permettent aux personnels de santé de s'entraîner tout au long de leur carrière.
Coralie Lemke

Coralie Lemke

Deux salles de réanimation pour adultes, une salle de réanimation pour nouveau-nés et enfants, une salle d’obstétrique occupée par une femme enceinte et bientôt un bloc opératoire de chirurgie lourde. Vous n’êtes pas dans un service d’hôpital mais à l’Institut Ilumens à Paris.

Dans cet institut de simulation, toutes les chambres sont occupées par des mannequins ultra réalistes, qui saignent, pleurent, toussent ou font des arrêts cardiaques sur demande. Un endroit où étudiants en médecine et professionnels viennent se former et actualiser leurs connaissances grâce au jeu.

« Premiere journee Masterclass #iLumens: les mannequins a l'épreuve des futurs formateurs en simulation pic.twitter.com/bvMDymOu — iLumens (@iLumens) 23 Avril 2012 »

Aujourd’hui, une équipe d’infirmières sont venues retravailler leurs réflexes. Originaires de Paris, de Rouen ou du Val d’Oise, elles encadrent également elles-mêmes des cours de simulation avec les étudiants infirmiers de leurs Instituts de français de soins infirmiers (IFSI) respectifs. « Vous allez voir, on va bien s’amuser », lance le docteur Fico Bekka, réanimateur à l’hôpital Cochin à Paris, qui encadre la formation.

Les constantes vitales chutent

Le ton est léger et bienveillant. Sophie, formatrice en soins infirmiers à l’hôpital Bichat à Paris, se lance la première. Elle entre dans une salle de simulation, avec pour mission de préparer la patiente avant une fibroscopie, un examen qui permet d’observer les voies digestives ou urinaires.

Derrière la vitre teintée, l'informaticien et une infirmière paramètrent le mannequin. - C. LEMKE

De l’autre côté d’une vitre teintée, l’équipe a décidé de faire faire une crise d’hypoglycémie au mannequin. Sur le moniteur, les constantes vitales de la patiente chutent. Au micro, Annabelle, une autre infirmière, fait parler la patiente. « Je me sens faible, j’ai la tête qui tourne… » Sophie réagit immédiatement. Elle appelle un médecin en urgence et lui demande si elle peut « faire un dextro » pour mesurer la glycémie de la malade. Bingo, Sophie a eu tout juste dans son parcours. Elle part immédiatement en salle de conférence avec les autres participantes pour débriefer sa performance.

Les autres infirmières ont assisté à la simulation grâce à une caméra et des micros. Assises en cercle, elles écoutent les premières impressions de Sophie. « Je me suis complètement prise au jeu. J’avais l’impression de parler à une vraie patiente et j’ai ressenti une montée de stress comme dans la vraie vie », raconte Sophie. Après 13 ans de pratique et sept ans d’enseignement, elle est pourtant rôdée. « Ce jeu de rôle permet d’apprendre en tout sérénité car on sait très bien que le patient n’a aucun risque de mourir. »

Dans la salle de conférence, les autres participantes suivent la scène sur grand écran. - C. LEMKE

Un nouveau-né réanimé sur le champ

« Jamais la première fois sur le patient », ordonne un rapport de la Haute autorité de santé (HAS) publié en janvier 2012. C’est dans la continuité de ce décret que s’inscrit le jeu de simulation en médecine.

L’expérience n’est pas purement ludique. Le personnel de santé doit surtout savoir faire face aux situations urgentes du quotidien. « Dans un service d’obstétrique, l’état de santé d’un nouveau né peut basculer en dix secondes. Vous imaginez bien que le réanimateur n’a pas le temps d’appeler son étudiant, lui montrer que le bébé est bleu et lui parler des solutions pour le réanimer », explique Antoine Tesnière, le directeur de l’institut.

C’est ainsi que tout, ou presque, peut-être simulé chez Ilumens. Les échographies, les coloscopies, les touchers vaginaux et même les accouchements. De quoi apprendre de ses erreurs, avant d’affronter les vraies urgences avec sérieux.