Pourquoi Activision a-t-il racheté le père de «Candy Crush»?

Clio Weickert

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Illustration du jeu Candy Crush
Illustration du jeu Candy Crush — RICHARD B. LEVINE/NEWSCOM/SIPA

Des millions de bonbons et des milliards de dollars. Ce mardi, Activision, l’éditeur américain du jeu vidéo « Call of Duty », a annoncé avoir déboursé 5.9 milliards de dollars pour engloutir King Digital Entertainment, le papa de « Candy Crush ». Une somme gargantuesque de la part d’un des géants mondiaux du jeu vidéo, qui acquiert alors l’un des rois du jeu pour mobile. Mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

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Un rachat surprise… mais pas si surprenant

Ce mardi, la nouvelle a fait son petit effet dans le monde des gamers. Activision Blizzard, l’éditeur de « Call of Duty », « Warcraft », « Diablo » ou encore « Destiny », rachète King Digital Entertainment, l’éditeur de « Candy Crush ». Une annonce quelque peu étonnante selon Oscar Lemaire, journaliste pour Gamekult. com : « c’est une surprise car on avait le sentiment que King avait l’ambition de rester indépendant. C’est l’une des plus grosses sociétés du jeu sur mobile et l’une des rares qui soit rentrée en Bourse et qui n’ait pas eu de problème après ça. Zynga l’avait tenter, et depuis ça ne va pas très bien ».

Une surprise d’un côté, mais un investissement compréhensible de l’autre. « Activision, l’un des plus gros éditeurs mondiaux de jeu vidéo, était implanté dans pleins de domaines différents, mais sur le mobile il était pas mal à la traîne », explique le journaliste, « ils ont dû se dire qu’il fallait prendre le train en marche tant qu’il était encore temps, et la solution de facilité était d’acheter un éditeur de jeu mobile haut placé, et disponible ». Et King est un joueur de taille. Numéro 2 après Supercell (« Clash of Clans ») selon un classement appannie.com, la société compte près de 1400 employés, et environ 300 millions de joueurs.

Un secteur du jeu pour mobile porteur… mais incertain

« Candy Crush », le jeu emblématique de King, est devenu un véritable phénomène et un succès mondial. Il surfe depuis 2012 sur le principe du « free-to-play », c’est-à-dire que le joueur n’a pas besoin de payer pour s’amuser. Du moins au début de l’aventure, puisqu’il est très vite incité à mettre la main au porte-monnaie pour avancer plus vite ou se sortir de niveaux difficiles. Comme l’explique Oscar Lemaire, 2 % des utilisateurs payent pour jouer, en moyenne 20 euros chacun par mois. En rachetant l’un des leaders du jeu pour mobile, Activision y voit alors l’occasion de se positionner « comme un leader mondial dans le divertissement interactif, à travers le mobile, les consoles et les PCs, et positionner l’entreprise pour sa croissance future ».

S’il s’agit d’une plus value non négligeable pour Activision, ce rachat représente une prise de risque certaine. Car le problème de ce secteur du jeu pour mobile, c’est son manque de visibilité à long terme. « Ce sont des jeux dont on ne peut pas vraiment faire de suites », explique le journaliste de Gamekult.com. « D’un côté il y a l’avantage qu’ils soient exploités sur la longueur, mais quand la mode sera passée on ne sait pas s’il y aura quelque chose derrière ». Un avenir donc incertain, qui ne semble pas pour autant effrayer Activision. « Activision est lui aussi assez coutumier de ce genre d’opérations qui se traînent, comme « Guitar Hero » par exemple. Mais au-delà de cette incertitude et ce manque de visibilité, l’éditeur américain songe peut-être aussi aux 300 millions de joueurs de King qu’il va pouvoir désormais viser directement ».