4 ans de prison pour un blogueur égyptien
INTERNET – «Karim Amer» a été condamné pour «mépris de la religion» et atteinte au président Moubarrak...Au Caire, Stéphanie Floray
C’est une première dans l’histoire de la blogosphère égyptienne. Abdel Souleimane, 22 ans, connu sur son blog sous le pseudonyme «Karim Amer» a été condamné jeudi 22 février à trois ans de prison pour «mépris de la religion» et un an pour «atteinte au président». Le blogueur alexandrin, en détention provisoire, était jugé pour des propos publiés sur son site Internet.
Selon Amnesty International qui réclame sa libération immédiate, il risquait jusqu'à neuf ans de prison. Une première dans un pays où les sanctions à l’égard des journalistes sont fréquentes, mais où l’Internet constitue un espace d’expression pour l’opposition. Jusqu’à présent, il y avait eu des arrestations, des intimidations, mais pas de traduction en justice.
Blasphème
Dans son dernier message du 28 octobre, Karim Amer s'en prend à l'université Al-Azhar, siège des plus hautes autorités de l'islam sunnite. C’est là qu’il a étudié le droit avant d’être expulsé en mars 2006 pour «blasphème envers l’islam». Dans des messages précédents, il qualifiait le mois du ramadan de «mois de l’hypocrisie», critiquait la politique du président et conseillait quelques sites très controversés comme le blog d’une lesbienne égyptienne, celui des athées arabes, ou encore un site de solidarité envers les caricaturistes danois du Prophète Mahomet.
Les propos de Karim Amer sont virulents. Mais pour la communauté des blogueurs, là n’est pas la question. «Le gouvernement joue sur le sentiment religieux de la population. Il se pose en défenseur de l’Islam», analyse Wael Abbas, un autre blogueur. Depuis l’arrestation de Karim, les commentaires de soutien ne cessent d’affluer sur son blog, souvent signés par ceux-là mêmes qui critiquaient auparavant ses positions.
Aucune base juridique
L’un de ses plus ardents défenseurs n’est autre que Malek, un blogueur religieux pratiquant. «Le problème est que ce procès ne s'appuie sur aucune base juridique. Il n'y a pas un article dans la loi qui prévoit l'arrestation d'un blogueur à cause de ses écrits», dénonce-t-il, craignant les répercussions qu’une condamnation aurait sur la liberté d’expression. «Le régime a choisi de s’en prendre à Karim comme bouc émissaire car il est détesté. S’il était condamné cela constituerait un précédent. Une accusation telle que «diffamation à l’égard du président» pourrait être utilisée contre tous les blogueurs actifs, quelles que soient leurs opinions religieuses, à commencer par moi», s’inquiète-t-il.
En octobre 2005, Karim Amer avait été arrêté une première fois et maintenu en détention pendant douze jours pour avoir évoqué sur son blog les émeutes interconfessionnelles opposant coptes et musulmans à Alexandrie. Arrêté une seconde fois, il est maintenu en détention depuis le 7 novembre 2006. Le jour même où l’association Reporters sans Frontières a décidé d’intégrer l'Egypte dans sa liste des 13 pays «Ennemis d’Internet».



















