Fin du «roaming»: L’UFC-Que Choisir «compte sur la concurrence pour éviter l’augmentation des prix des forfaits»

INTERVIEW Le Parlement européen veut la fin du «roaming» dès 2015, ces frais exorbitants que vous payez pour appeler ou surfer sur le Web à l’étranger. «20 Minutes» fait le point sur ce dossier avec Antoine Autier de l’UFC-Que Choisir…

Anaëlle Grondin

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Une personne consulte son smartphone
Une personne consulte son smartphone — Jean-Sebastien Evrard AFP

A partir du 15 décembre 2015, vous ne devriez plus vous soucier de votre facture téléphonique lorsque vous vous utiliserez votre mobile à l’étranger pour rechercher l’itinéraire vers votre hôtel ou donner de vos nouvelles à vos amis. Mardi, la Commission Industrie du Parlement européen a voté un texte proposant d'éliminer les frais de «roaming». Décryptage avec Antoine Autier, chargé de mission technologie de l'information et de la communication pour l’association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir.

Même si l’Union européenne a fixé des plafonds à ne pas dépasser en 2007, comment expliquer qu’il soit encore si cher d’utiliser son mobile à l’étranger?

Pour pouvoir proposer les appels, SMS et data en itinérance, les opérateurs passent des accords entre eux. Par exemple, un opérateur français va passer un accord avec un opérateur allemand pour permettre à ses clients d’utiliser son réseau en Allemagne. Et vice-versa pour les Allemands qui viennent en France. Ce sont des contrats privés. Mais originellement, les coûts de «roaming», c’est une stratégie des opérateurs pour accroitre leurs revenus: il n’y avait pas de justification économique, les marges réalisées étaient très supérieures aux coûts réels pour eux.

L’UFC-Que choisir plaide pour la fin de ces coûts de « roaming » depuis un moment maintenant…

Depuis quelques années, il y a une réduction tous les ans des plafonds pour les appels, SMS et data. Mais les opérateurs veulent repousser au maximum la fin du «roaming». On accueille favorablement ce vote des eurodéputés mardi en ce sens. Mais il y a deux bémols.  Rien n’est acté encore. Les gouvernements devront valider la mesure. Deuxième point qui attire notre attention, la Commission Industrie parle de la fin des frais de «roaming» sauf «cas exceptionnel». Qu’est ce qu’elle entend par là? Nous veillerons à ce que ce soit clair.

Quels genres d'exceptions pourraient être envisagées selon vous?

Ils pourraient être de deux types: un volume sur l’année (les consommateurs ne peuvent pas utiliser le «roaming» sans frais pour des appels qui dépassent un nombre de minutes définis), ou bien une limitation dans le temps (on ne pourra pas utiliser le «roaming» sans frais pendant plus d’un mois par an).

Que pensez-vous d’encadrements comme ceux-ci? 

L’UFC-Que Choisir n’est pas contre ce type d’encadrements. Car il ne s’agit pas non plus de fragiliser les opérateurs français. Sans encadrement comme ceux-ci, rien n’empêcherait un Français d’acheter un forfait au Luxembourg pour appeler, envoyer des SMS et utiliser la data en France toute l’année.

Les opérateurs vont perdre une source de revenus importante. N’y a-t-il pas un risque de voir les forfaits mobiles augmenter avec l’argument «vous pourrez aussi appeler à l’étranger sans coût supplémentaire»? 

Peu d’utilisateurs utilisent le roaming. Tous les Français ne vont pas à l’étranger. Economiquement ce ne serait pas justifié pour les opérateurs. Nous comptons sur la concurrence pour éviter l’augmentation des prix. L’opérateur qui augmenterait ses prix se retrouverait en difficultés par rapport à ses concurrents.