Devant l'Apple Store d'Opéra: «C'est fun d'attendre!»
HIGH-TECH•Reportage dans le plus grand Apple Store parisien...Annabelle Laurent
11h devant l’Apple Store d’Opéra. Sur les traces de leurs courageux prédécesseurs ayant passé la nuit sur place, des centaines de fans attendent désormais calmement sous le soleil de passer les portes du magasin (ou paradis, selon le point de vue). Devant les grilles qui jalonnent leur parcours, quelques salariés en t-shirt bleu s’assurent du bon déroulement de la vente la plus importante de l’année. Aucun manifestant, aucune pancarte de grève à l’horizon.
«Ce matin, ils étaient une vingtaine devant le magasin, ils criaient ‘’Apple, tes chômeurs sont dans la rue’’» raconte Tamir, 20 ans, arrivé sur les lieux à 7h. Tenir l’iPhone sacré dans sa main n’a l’air de lui faire ni chaud ni froid, tout simplement parce qu’il n’est pas pour lui. «C’est pour mon patron… un haut-gradé, un PDG du Moyen Orient» explique t-il. Les manifestants seraient partis vers 9h, selon un agent de sécurité. Mais ces manifestants –ils étaient une quarantaine selon l’AFP- étaient d’anciens revendeurs de produits Apple, licenciés en juillet dernier. Aucun lien direct avec la grève qui devait se tenir ce vendredi matin à l’appel du syndicat SUD… Minoritaire chez Apple, le syndicat n’a pas été suivi par la CFTC, syndicat majoritaire. L’appel à la grève n’a donc pas perturbé le lancement des festivités à 8h précises.
«Oh, ça sent les questions»
A l’intérieur du magasin, pour ceux qui en douteraient, pas d’évanouissement ni d’hystérie collective, tout semble parfaitement organisé et surtout, le personnel nombreux ne trahit pas l'absence des grévistes. Les salariés en t-shirt bleu sont partout, prêts à répondre aux desiderata des clients dont certains retournent l’iPhone 5 dans tous les sens en posant mille questions, comme s’il était encore l’heure de douter.
Notre carnet et notre stylo font d’emblée reculer les vendeurs: «Oh, ça sent les questions… N’essayez pas, on ne répond à rien» lance l’un d’entre eux. Silence donc sur toutes les revendications bien réelles et la négociation impossible avec la direction sur les salaires et les horaires de travail.
Parlent bien plus volontiers les fans d’Apple dont c’est le grand jour. Un iPad et un Macbook sous les bras, Dylan et Brandon (NDLR: les prénoms n’ont pas été modifiés) auscultent l’iPhone 5 avec envie. Eux n’ont pas fait la queue, ils viennent «pour voir». Car pour repartir avec le fameux smartphone, impossible d’improviser. Un bon de précommande doit être présenté à une vendeuse qui pioche ensuite une boîte dans une impressionnante pile étalée sur une table au fond, recouverte d’une nappe blanche comme celle d’un cocktail de gala. Yuan, une chinoise de 30 ans, en a acheté deux. Parmi ses amis qui l’accompagnent, aucun n’a résisté. Tous brandissent fièrement leur paquet, en expliquant avoir attendu plus de quatre heures. «On est des grands fans!»
«Ca me rappelle les keynotes d’Apple»
Les Français sont évidemment davantage au courant de l’appel à la grève. Au milieu de la queue, on interrompt Stéphane, 43 ans, en pleine conversation avec trois autres personnes dont on apprend ensuite qu’il ne les connaissait pas.
La potentialité d’une grève l’a-t-il inquiété? «C’est un syndicat minoritaire qui a lancé l’appel… Donc je n’avais aucune inquiétude. Mais les salariés de l’Apple Store ont raison de se battre pour leurs conditions de travail. S’ils avaient perturbé l’ouverture, j’aurais compris» affirme ce fan «de la première heure» qui vient pour des amis. Lui a déjà reçu son iPhone 5 ce matin, en précommande. Un peu plus loin, Pascal, 50 ans, qui avait entendu parler de la grève à la radio la veille, a le même discours. «C’est normal qu’ils revendiquent leurs droits. J’espère qu’ils obtiendront ce qu’ils demandent» lance t-il.
On ne sait pas quelle aurait été leur humeur si la grève avait réellement perturbé la sortie, mais l’heure est en tout cas à l’enthousiasme. L’attente n’est pas trop longue? «Non c’est fun! Je retrouve l’ambiance des keynotes de Steve Jobs…» assure Stéphane. «Mais je ne suis pas venu cette nuit, je suis fan, mais je suis pas fou!» poursuit-il. Pascal ne peut pas en dire autant. Si cette année il n’attendra «que quatre heures, sans doute», pour l’iPhone 4 l’an dernier, il avait patienté… douze heures.



















